M. LA CHATRE
Monsieur La Cbâtre» j'ai fait remettre à M. Huillery un exemplaire pour "vous de la troisième édition de mon M<mwil du spéculateur.
Vous voulez avoir mon opinion sur XJËfitreà Amélie. Je vais^ vous la résuma en peu de mots, Tétat de mon esprit ne me pentettant pas une correspondance prolongée. Ce que vous avez essayé n'est rien de moins qu'un résumé de principes de la morale, c'est-à-dire ce qu'il y a au monde de plus difficile, et que TÉvangile lui-môme, assisté, de tous les philosophes, a à. peine ébauché.
Ce li'est déjà pas, comme vous voyez, par le courage que vous péêhez, et rien de plus beau que les sentiments qui vous rinspirent ce courage, l'amour des hommes et l'amour de vôtre enfant. Comment s'égarerait-on sous de tels auspices? Cq)endant, je ne puis goûter dans son ensemble votre morale : elle n'est pas la mienne, et ce n'est pas celle que j'enseignerai à mes filles.
Il règne d*abord dans votre épitre un air de rdigiO" tiU dont il me semble que la raison doit être lasse, et
qui est d*autant plus singulier chez vous qu'il se trouve de nombreuses impiétés à Tendroit du christianisme, la plus grandiose et la seule rationnelle des religions. On le christianisme, mon cher monsieur, ou point de religion du tout : c'est ce que j'aurai quelque jour l'hoaneur de vous démontrer.
Un autre défaut de votre morale est de ramper dans le passionalisme et Yajffctiûitéfvûre, chose que ne corrige point du tout la fameuse maxime : Fais aux autres^ etc. Car ce n'est pas tout de faire à autrui comme à nousmêmes; il faut savoir ce que nous devons faire, et pour cela, savoir qui nous sommes, ce que valent nos sentiments, ïios gbûts,^ etc. Il y^ a fprt à dii^e^ sut tciatoela, et, pour me résumer, j^ Vous avtduetai que te ^^âikfetopfi^' ment intégral , bon en lui-môme et Souhaitâhld, me pà* rait eri réalité dans la vie fort secondaire. /
Je goûte enc6temdnsv<^trefA^l»f^^«^'2« 7^911^ que je trouve peu fondée en îai$oh, làal étayée su» l^li^•toire, et contre laquelle je me réserve éem/b prononcer énergiquement* ' • '
Je ne vous parlerai pas de yo^ inclinationscaiTiàwif-rmstet : elles sont entrées dans vètreeàprR par (la* porté de la sympathie qui est une de vos qualités; elles n'eu sortiront que par une plus haute intelligénde de la dignité humaine qui vous reste à acquérir^ Groyez-^moli cher monsieur La Châtre , il en coûte moins^ fi^f&îf^ amour ou charité que de fiiirejiistiee ; ^t t'est la justice qui est le dernier mot et la plus grande parole de lu moi'ale.i'- • ■■'■•. . c ■ r- -. -^ ■. i^:' '^
Sur le mariaffe, je Y&qs blâme sineèiemeiit ^'mi çèorier à votre fille, surtout si jeune; je vous blâme do le iiiii^ présenter tomme le m^plw^uUraiàsilatéddié komaitie ; fe vous blftiâei de lui donner à ce sujet des cdnfieilB ^ttl
DE P;-J; PROUDBON. If 3
tendent à Tindépendance de la femme et, par là, à Tavilissement du mari.
Pour moi, même dans la vie de la femme, le mariage esiy. comme le développement intégral, un objet secon- -daire qui n'atteint pas à là hauteur de sa destinée.
Enfin, je ne puis que sourire de vos eonsoUUions cahtre la mart^ et si vous n'avez pas mieux à offrir à Tesprit de yptre ^Ue, le mieux est de laisser ce soin au prètré. Il y a longtemps que je n'en suis plus là. ïl faut mépriser la mort, môme avec la pensée du néant : voilà le problème.
Vous voyez, mon cher compère, passez-moi ce mot à raison de la circoqstaneie, aous sommes tous deux papas, et j*ainie votre QUe comme les mieni^^s; vou3 voyez, dis-je, co^mbien il es^t possible que dwx hommes s'estimeni; et sWectionnenl sans que pour cela ils soient d'accord sur les principes, qui cependant sont les mêmes dans }eurs ccaurst Mais ils ne les démêlent pas de même : en cela ils se divisent.
Pardon ' maintenant de m^ critiq^es. Je ne vous eusse dit mot s'il n^y allait d'un tiers intéressé. Mais je ne puis laisser passer sans protestation les leçons du père quand il; y va du salut de la fUle, et je crois en mon âme et| conscience que la nourriture spirituelle que vous donnez à celte chère enfant est mjalsaine. , Â vous quand même. i
P.-J. Proudhon.
114 •OfiRESMNDANGË
ParU, 21 août 1856.