A M. LE RÉDACTEUR BE LA PRESSE
La publication que vous avez faite dans voire journal d'hier d'une lettre de moi, adressée à une écuyère de rhippodrome m'oblige à vous adresser quelques observations, que vous me devez d'insérer dans votre prochain numéro.
Malgré mon silence et ma retraite, je reçois encore un assez grand nombre de lettres de toutes sortes d'inconnus. Mon habitude est de répondre à toutes, comme je sens et comme je parle. Je suppose toujours qu'il y a dans la personne qui m'écrit une bonne pensée ou une bonne intention. J'ai gagné à ce système de faire quelquefois plaisir à de très-honnêtes gens et, ce qui vaut mieux, j'ai conquis l'amitié de plusieurs.
Qu'après cela il m'arrive d'être dupe d'une mystification, et que de mauvais plaisants se gaudissent de ma réponse, cela rentre dans les înconvénienls d'une pareille correspondance. Je ne demande pas mieux, au surplus, que d'être jugé sur mes lettres secrètes.
Mais que vous, journaliste, vous donniez de la publicité à des communications qui ne sortent pas du caractère privé, qui, pour être tombées dans des
DE P.-J. PROUDHOM. lU
mains indignes, ne cessent pas pour cela de m'appartenir, voilà ce que je ne puis admettre, et dont j*ai le droit, monsieur le Rédacteur, de me plaindre à vousmême. Si je trouvais dans la rue une lettre ouverte ou cachetée, je la jetterais à la boite sans en regarder le contenu. En publiant la mienne, vous vous êtes rendu complice d'une impertinence, et vous avez manqué à rhonnèteté. Rien ne vous excuse, pas même la publication qu'en avait faite avant vous la Gazette de Paris, que je ne connais point.
Ah I monsieur le Rédacteur, n*avez-vous donc rien de plus intéressant à dire à vos lecteurs ? Si la parole est aux pasquins, aux viveurs ou aux hallucinés, fautil que vous leur donniez la réplique? Il y aurait im si bon parti à tirer de ces vingt colonnes que vous êtes autorisé à publier chaque jour I...
En vous remerciant de Tenvoi que vous me faites de la Presse, souffrez-donc, monsieur le Rédacteur, que je fasse mes réserves sur un procédé qui dépasse la limite de ma reconnaissance.
Je vous sahie sincèrement.
P.-J. Proudhon.
116 C(mRfiS|i^NDAMCE
Paris, 14 aoAt fô^.