Académie de Lausanne, transformée en Unirersité en
que nous devons nous expliquer le monde par l'amour absolu, en vertu de l'idée de perfection constitutive de notre raison, mais que cet amour absolu ne pouvant de nature être qu'un fait, suppose une puissance antécédente laquelle j'appelle absolue liberté = inconnu, soit commencement absolu (éternel). Dieu est le fait. Sur Vamour au point de vue de la philosophie de l'histoire, ou plus simplement de l'histoire, je suis de votre avis plus qu'à trois quarts.
Et je crois qu'on peut le voir dans mes petits livres. Spéculativement, je crois que l'opposition de justice et d'amour ne vaut pas. Il n'y a pas de justice sans amour, vous l'avez dit vous-même, il n'y a pas non plus d'amour vrai sans justice, l'amour sans justice, l'amour sentiment nest pas C amour. L'amour c'est la volonté que l'être soit, l'amour c'est l'affirmation de l'être, l'amour c'est l'Être, l'amour c'est la plénitude débordant, l'amour c'est la Création. Et de même dans les rapports d'homme à homme. Celui que j'aime, je le veux, je le veux homme et par conséquent je le respecte ; je ne m'arrête pas devant lui comme devant une barrière à mon égoïsme. Je m'arrête parce que je la pose — Et réciproquement.
Rien était : pure chicane de mots, pure tentation insidieuse, ou affirmation agressive de ma conviction ; je passe expédient làdessus.
Éternité qui n'est pas l'infini du temps. Je ne prétends pas la comprendre ni réfuter vos arguments; néanmoins l'antithèse fondamentale du temps et de l'esprit me reste manifeste et je constate des contradictions dont il m'est encore moins possible de m'abstraire que de les résoudre. Vous dirai-je toute mon ambition, qui ne se réalisera point? Ce serait de vous faire avouer que mon point de vue serait le bon, s'il était permis à l'esprit humain de se contredire et de raisonner hors de l'expérience possible, en raison d'un but déterminé et légitime. Tout comme je suis prêt à reconnaître la supériorité du vôtre, si l'esprit consent au commencement absolu.
J'ai reçu hier une lettre de M. Lachelier, très intéressante mais qu'il faut étudier, sur notre question de la foi au monde objectif, etc.
Il me semble vous avoir beaucoup emprunté. Je serais tenté de mettre sa lettre dans la mienne, si je ne craignais l'indiscrétion de vous en imposer la lecture.
Voici quelques mois que je ne vous quitte pas un moment, pour
ainsi dire, et j'y trouve un plaisir singulier. Le saurai-je faire partager?
Quoi qu'il en soit, je reste bien tout à vous.
Ch. Secrétan.