XVII. — M. Renouvier à M. Secrétan
La Verdetle, 12/1 70.
Cher ami,
Comment vous expliquer ce long silence? Il faudrait que je puisse d'abord me l'expliquer à moi-même 1 Est-ce désir et pressentiment d'une longue et très longue lettre sur nos éternelles questions à reprendre, et sur vos articles de la Revue chrétienne que j'ai reçus et relus — puis recul de procrastination en présence de tant de pattes de mouche à écrire? Au moins devais -je en attendant me mettre en règle et mériter d'obtenir des nouvelles de votre santé qui n'était qu'à moitié remise au moment de la dernière lettre que vous m'avez écrite! c'est ce que je fais aujourd'hui en joignant ici tous les vœux imaginables que je fais et que celte époque de l'année m'autorise à vous transmettre bien naïvement pour toutes les satisfactions d'esprit et de cœur qui vous sont dues, et pour la conservation de ce qui vous est cher. Ma femme et l'ami Bouchet se joignent à moi pour cette lettre toute de dires d'amitié et bons souvenirs.
Que je vous dise pourtant que j'ai été heureux d'apprendre que vous vous étiez mis à l'œuvre de la correction du 2» volume de la Philosophie de la Liberté. Vous savez combien je l'ai trouvé intéressant. Je conçois et j'aime que vous le corrigiez peu, car il est ce qu'il est. Mais ce que je voudrais bien c'est qu'il y eût réponse dedans, si possible, aux questions que lui-même suggère dans ce qu'il dit ou fait entendre au sujet des rapports de la nature et du péché et des échelonnements de la création. Vous m'entendez bien! Mais je préciserai pour peu que vous le désiriez.
Je n'ai pas eu en général à me plaindre pour ma santé depuis le mois d'octobre. Je voudrais bien pouvoir modifier votre jugement sur l'air du Comtat et sur les effets des figues et raisins concentrés\ Les autres raisons que vous admettez vous-même pour expliquer la grave indisposition (grave en tant qu'ainsi prolongée) qui vous a accompagné pendant votre séjour ici sont bien suffisantes, et vous
n'avez nul besoin d'accuser la Provence et ses fruits, dont on peut après tout s'abstenir.
Adieu, cher ami, je vous serre bien aflFectueusement les mains.