XVIII. — M. Secrétan à M. Benouvier
Les Bergières, 26 janv. 1870.
Cher ami,
J'ai reçu avec bien du plaisir, avec bien de la gratitude votre lettre affectueuse du 12 courant. Je vous envoie aussi mes meilleurs vœux de bonne année, ainsi qu'à M"*'' Renouvier et à vos amis. Depuis cet automne je ne vous quitte plus par la pensée. Je suis sûr que vous avez presque aussi froid que nous autres, mais j'espère pour vous plus de soleil. Ici, par un ciel couvert, une assez forte bise et 5 ou 6 degrés sous 0 on ne pense plus qu'à se souffler sur les doigts. J'ai interrompu mes bains froids trouvant le temps assez tonique sans cela et je suis sûr que ma baignoire n'est qu'un glaçon. Au reste la santé est aussi bonne que possible à notre âge. Seulement, depuis le nouvel an, je suis pris d'une immense paresse. Je compte sur vous pour me réveiller, car enfin le Carnaval et le Carême vont vous rappeler à Paris, vous jugerez bien la nouvelle France constitutionnelle digne d'un coup d'oeil et alors vous ne pouvez pas éviter le détour des Bergières, vous ne chercherez pas même à l'éviter, vous serez piètrement logé, mais loyalement promené, vous vivrez d'œufs et de lait, mets pacifiques et adoucissants et vous nous forez à tous un immense plaisir. Si j'ai dit du mal du Comtat ou de quoi que ce soit dans le Comtat, je le rétracte et je vous en fais mes excuses, afin qu'il n'y ait pas de points noirs à l'horizon, point de froid dans le revoir.
J'ai terminé ma revision du 2® volume* mais je n'ai pas fait, pas commencé la préface où je voudrais marquer quelle est en 1870 ma position vis-à-vis de ce produit de 1844-1845. Je suis arrêté par la difficulté de trouver à Lausanne le même caractère que celui du 1" volume imprimé à Neufchàtcl.
Je comprends bien ce que vous entendez par : les rapports de la nature et du péché et les échelonnements de la création. J'ai tenté