‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 42 sur 96 · XXXIII. — M. Renouvierà M. Secrétan · texte numérisé non relu

XXXIII. — M. Renouvierà M. Secrétan

Verdette 23/2,73.

Mon cher ami,

J'ai lu quelques volumes de vous et vous avez lu quelques volumes de moi pauvre, et nous continuons — que dis-je? nous commençons à débattre toutes sortes de hautes questions entre nous, luttant contre la double difficulté de comprendre et de parler : hélas! hélas I attendons un peu. Attendons le jour de la grande lumière, le jour où nous verrons sinon face à face au moins avec de moindres nébulosités. Jusque-là, le criticisme dont le propre est de n'user de la foi qu à petite dose, le criticisme se figure prendre une attitude assez raisonnable. Ce qui ne l'empêche pas de sympathiser plus volontiers avec les croyants (libéraux) qu'avec les positivistes.

Ce qui n'empêche pas non plus que j'attends pour les lire avec

toute l'attention voulue vos leçons sur la conscience morale; et j'en parlerai dans la Critique philosophique.

Je ne renonce pas non plus à éclaircir autant qu'il est en moi la question du rapport, ou participatio)i {siyle platonicien) de la justice à l'amour, ou vice versa J'aborderai ce sujet sitôt que je serai sorti d'une filière d'articles où je me trouve engagé. Et je le ferai sans polémique, convaincu, comme plus que jamais je le suis, que les polémiques servent peu.

Assurément je serai à la Verdette pendant la semaine des vacances de Pâques et nous serions tous bien heureux que vous pussiez et voulussiez nous y faire visiter. Vous pourriez y rencontrer l'ami L. que vous connaissez bien, ou de nom, ou de mieux que cela, et qui est un des sympathiques soutiens de la Critique philosophique, qui est même son parrain. Cet hétérodoxe est un homme infiniment large d'esprit que les orthodoxes n'auraient nulle raison de fuir.

Mon voisin et vieil ami Bouchet tient très particulièrement à être rappelé à votre souvenir. Il paraîtrait, quand il me parle de vous, que vous avez échangé dans une excursion de touriste, lui et vous, quelques profondes paroles maçonniques. Vous êtes frères par quelque bon endroit.

M. Rey dont vous me demandez nouvelles a failli nous quitter pour la Calédonie : on la retenu et je m'en félicite.

Vous saurez, pour votre édification à mon endroit, que j'ai employé mon influence, avec succès, pour faire faire à Paris un mariage protestant de deux catholiques de naissance et d'état civil. C'est à la rue Ghauchal que la bénédiction nuptiale a été donnée. Les conjoints se félicitent et les assistants ont été édifiés.

Adieu, cher ami, je vous serre affectueusement la main.

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