‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 68 sur 96 · LII. — M. Benouvier à M. Secrétan · texte numérisé non relu

LII. — M. Benouvier à M. Secrétan

La Verdelte, 1/1 76.

Cher ami,

Je vous remercie du fond du cœur de votre article du Chrétien Évangélique. Il n'est pas seulement aimable et bienveillant au delà de ce que sembleraient permettre de graves dissidences de foi, si votre charité n'en atténuait pas la portée, mais encore je dois dire qu'il pose les questions avec une très rare bonne foi et profondeur. Sur le point vraiment capital, celui de l'origine du mal, je coynprends votre doctrine, et je n'ai de raison de m'y refuser que mon attachement inviolable à la personnalité du péché en tant qu'il entraîne responsabilité. La solidarité de fait, dans les races humaines, n'est à mes yeux qu'une sorte de branche morale du mal physique. Vous m'entendez bien n'est-ce pas? Et le mal physique, 71? ne puis l'expliquer. Mais encore une fois je comprends vos idées. Je ne leur suis pas hostile d'une certaine manière. Je pose seulement ma borne avant d'y arriver. L'autre point concerne la méthode scientifique à suivre en philosophie comme ailleurs. Je ne vous vois aucun intérêt à résister à la méthode des phénomènes, car elle laisse intactes les réalités que nous pouvons concevoir. Je crois que des réflexions prolongées sur cette question, des réflexions sur la vraie nature du savoir, pourraient vous amener au point de vue phénoméniste.

Puisque Je suis, au demeurant, content, je ne vois pas, non plus

que vous, la nécessité de vous répondre dans la Critique philosophique. Je le ferai seulement avec plaisir, si cela vous fait plaisir à vous, en citant les parties les plus nettement libellées de votre article. Dans le cas contraire, je prendrai les occasions, sans vous nommer, d'éclaircir de nouveau ma façon de voir sur les points que vous marquez si bien.

J'ai reçu une aimable lettre de votre fils Henri. Veuillez lui transmettre mes remerciements pour ses propres remerciements. Il ne me donne pas son adresse précise.

Je trouve comme vous que nos étrennes politiques en France sont bonnes. La sagesse politique semble arriver au point où elle apercevra sa récompense. Depuis la funeste année 70, je n'avais pas encore vu la fortune ébaucher le moindre sourire. Mais vraiment la gauche et le centre gauche lui ont fait la cour en tout bien tout honneur et elle paraît devoir se laisser toucher.

Je vous souhaite, cher ami, une heureuse année 76 pour les biens du cœur et pour la santé.

A vous bien cordialement.

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