LIV. — M. Renouvier à M. Secrétan
La Verdette, 18/3 76.
Cher ami.
Vous avez dans le n» de jeudi dernier de la Critique philosophique ma réponse à votre article du Chrétien Évangèlique. Je n'ai eu que du plaisir à entrer en polémique réglée avec vous. Les polémiques se font toujours un peu plus serrées devant le public, et je suis bien sûr que nous ne finirons pas par nous piquer au jeu plus vivement qu'il ne faut, il y aura donc profit pour tout le monde. Sans doute il m'aurait été plus agréable en un sens de faire partir le débat des termes de votre dernière lettre, car nous nous trouvons là notablement plus rapprochés. Mais nous y arriverons peut-être après votre réplique, et il était indispensable de commencer en se plaçant dans la rigueur des doctrines adverses, telles à peu près que les entendent les deux publics, le chrétien et le non chrétien.
Dois-je toujours espérer votre visite, et qui serait prochaine, si je vous ai bien lu? Elle me causerait un vif plaisir. Je mentirais si je vous disais que nous avons un laid mois de mars, pour vous mieux
attirer. On en vit rarement un plus beau dans le Comtat — jusqu'ici. Mais je ne puis croire qu'il vous le faille tout à fait abominable, et puis enfin, il peut se gâter. Ce sont choses qui se voient. Laissezmoi donc espérer. En tout cas écrivez-moi, cher ami, s'il n'y a rien dans mon article qui vous ait déplu. Ce serait bien contre mon intention.
A vous bien cordialement.