‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 71 sur 96 · LV. — M. Secrétan à M. Renouvier · texte numérisé non relu

LV. — M. Secrétan à M. Renouvier

Grandchamp-sur-Areuse, 24 juillet 1876.

Mon cher ami, Je vous ai écrit ce printemps que j'étais malade et que s'il venait du mieux, je vous en aviserais. Ce mieux est venu quoiqu'il me semble avancer bien lentement, proportionnellement à la gravité de l'attaque. Je ne puis pas encore écrire, ma main obéit mal et les idées ne se rassemblent pas fortement, mais je puis déjà fixer mon attention sur une lecture sérieuse. Ainsi je lève le ban mis sur la correspondance dans ma dernière carte et si vous vous sentez encore porté à m'écrire, j'en serai infiniment reconnaissant. J'ai toujours lu la Critique, sauf les deux derniers numéros qui m'attendent au logis. Vous aurez vu, j'espère, que j'ai passé condamnation au sujet de la contradiction que j'avais reprochée au commencement absolu dans le Chrétien Évangélique. J'ai fourré cela dans une note à ma conférence sur Darwin dans la Bibliothèque Universelle parce que je n'ai pas de terrain à moi. Quant à ma nouvelle critique sur le point de dépari de votre Logique, je serais bien aise d'en avoir votre sentiment soit dans le privé, soit en lettre moulée. Elle me paraît puiser subsidiairement une certaine force dans le fait que le Cardinal de Cusa (pour ne pas remonter aux Indous et à Platon), Giordano Bruno, Kant, Fichte, Hegel et ses disciples contemporains en grand nombre ont contesté le principium contradictionis, ce qui montre au moins qu'on peut être tenté de le contester. En somme vos bases, le principium contradictionis et le nombre infini me semblent trop étroites pour supporter l'édifice d'une philosophie ou d'une explication plausible de tous les faits connus, et j'ai le sentiment qu'en effet il y a des faits que vous négligez parce qu'ils sont réfractaires

OU que vous n'y avez pas pris garde. Mais ce n'est qu'un sentiment et je ne m'engagerais point à prouver.

Je pense aller faire une courte cure d'eau froide quelque part et aller à la montagne pour tâcher de me raccommoder d'ici à la rentrée des classes vers le 20 octobre.

Adieu, gardez-moi votre bonne amitié et croyez à toute la mienne.

Ch. Secrétan.

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