‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 72 sur 96 · LVI. — M. Secrétan à M. Renouvier · texte numérisé non relu

LVI. — M. Secrétan à M. Renouvier

Lausanne, le 16 février 1877.

J'ai pensé à vous bien souvent depuis Genève avec joie, avec humiliation, avec regret, regret de n'être pas allé passer quelques jours à Aix ainsi qu'au fond je le pouvais. Je suis toujours possédé du désir de conférer avec vous et de vous lire le cours de Métaphysique que j'ai tiré de Ritter et le cours du Droit Naturel que j'ai tiré de chez vous en l'accommodant à ma pensée. Au nouvel-an, j'ai failli tomber sur la Verdette, ça été de ma part un projet arrêté pendant plusieurs semaines, maisjusqu'au dernier momentj'ai différé de vous demander la permission, la veille de l'an ou l'avant-veille je vous ai écrit une carte et de nouvelles réflexions, un travail de manœuvre à faire pour la Bibliothèque Universelle me l'ont fait jeter au feu. Maintenant la tentation se renouvelle et je viens vous demander à temps si vous serez à la Verdette, pendant la dernière semaine de mars, et si vous serez d'humeur à m'accorder, non pas l'hospitalité seulement, mais votre temps, votre temps de travail, votre meilleur temps, car vraiment la simple lecture de mes notes abrégées prendrait bien trois jours pleins, qu'il faudrait, pour dominer la fatigue et l'ennui répartir sur cinq ou six. Mais comme cinq ou six sont le plus long temps dont je dispose ce serait toujours une tâche et une distraction des travaux ordinaires.

Il faut vous dire que la Faculté protestante de Montauban m'a demandé d'aller faire des Conférences à ses élèves. L'affaire s'est arrangée pour la deuxième semaine d'avril 8-15; avec la permission de mes supérieurs d'ici. Cela allonge mes vacances de Pâques lesquelles commencent le 25 mars; je veux partir dèsle premier jour des vacances, mais voir un peu de pays à l'aller et au retour ce qui est ma principale distraction. Si j'allais à vous, je passerais cette fois par Gap, et ne pouvant pas m'arrêter après mes lectures puisque

le temps en est pris sur mes propres leçons d'ici, je voudrais entre Avignon et Montauban pousser jusqu'aux Pyrénées aussi avant que le permettront les chemins de fer. Dites-moi donc s'il vous est agréable de m'accorder ces cinq ou six jours et surtout dites-le-moi franchement dans l'esprit de votre propre morale juridique; ce sera aussi la vraie manière de vous conformer à, l'évangélique, parce que je me sais indiscret de nature et que pourtant le soupçon de l'avoir été me remplirait d'amertume. Soyez sincère d'autant plus librement que même si vous m'accordiez la faveur requise, il n'est pas sûr que je puisse en profiter. J'ai une négociation en train à Paris pour des impressions et il n'est pas sûr que je ne sois pas obligé de passer par Paris. Cependant je ne le crois pas.

Quant à mes conférences sur le surnaturel et sur l'avenir religieux probable, il sera inutile de nous en occuper ensemble, la distance apparente qui nous sépare étant trop grande et le temps trop court pour rien changer. Elles paraîtront selon toute apparence dans la Bibliothèque Universelle qui, je crois, vous arrive.

Je suis assez bien cet hiver, qui n'est pas un hiver chez nous, mais un printemps de soleil et de pluie.

Je vous ai ainsi beaucoup occupé de moi, je vous ai à peu près tout dit, et maintenant dites-moi aussi un peu comment vous allez et ce que vous faites. Si je ne vous vois pas ce printemps comme je l'espère, ce sera pour l'automne.

Adieu, je suis toujours plus à vous.

Ch. Secrétan.

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