LVII. — M. Renouvier à M. Secrétan
La Verdelle, 23/4 11.
Cher ami,
Je me hâte un peu de vous répondre, de peur que vous n'attendiez un avis que je ne peux vous donner jusqu'à nouvel ordre. Il y a longtemps que je ne reçois plus la Revue des Deux Mondes et je me demande par qui et quand il me sera possible de me procurer le numéro en question que je serais pourtant bien désireux de connaître.
Quant à l'hospitalité de la Critique philosophique que vous demanderiez le cas échéant, elle va bien de soi si vous aviez à répondre à M. Janet sur des points où nous faisons vous et moi cause commune.
Sur d'autres sujets, naturellement je voudrais voir avant d'insérer, mais je présume bien que vous y mettriez toute discrétion, ou plutôt j'en suis sûr. Pour M. Janet lui-même vous savez que nous n'avons pas à, le ménager dans la Critique philosophique. Il est pour nous ennemi acquis et s'emploie de toute son autorité quoique affaiblie de Victor Cousin II, à empêcher les jeunes universitaires de tenir compte de mes travaux, et même de me nommer. Je le sais.
M. Beurrier, qui n'est encore, lui, que candidat au doctorat m'a consacré dans la Revue llibot un grand article qui sera suivi de deux autres. Je désire que les précautions qu'il a prises çà et là suffisent pour le garantir contre les rancunes des chefs, et que ce travail ne nuise pas à sa carrière, mais je crains fort. Un autre professeur qui désirait me dédier sa thèse dont le sujet m'est emprunté, s'en trouve empêché, et y renonce sur mon conseil.
Je vous félicite de votre excursion réussie et du succès de vos conférences. Vous ne me dites pas si M. Bois vous a parlé de moi? Il est vrai que vous me le peignez très préoccupé.
Je suis certainement aussi heureux d'avoir entendu vos lectures que vous pouvez être content de me les avoir faites. Votre dernière visite me laisse un très doux souvenir et l'espérance qu'elle sera encore suivie de quelques autres. Je vous transmets les amitiés de toutes les Verdettes.
Adieu, cher ami, tenez-moi au courant des santés, de celle du jeune philosophe.
A vous de cœur