‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 77 sur 96 · LXI. — M. Secrétan à M. Renouvier · texte numérisé non relu

LXI. — M. Secrétan à M. Renouvier

Villa Paleyres, le 25 août ISTT.

Cher ami, Je me hâte de vous remercier pour l'hospitalité que vous m'avez accordée. Elle m'est extrêmement utile et précieuse et je suis touché de la bienveillance de vos observations. Les deux points de désaccord me paraissent reposer sur des malentendus, dont l'un tient à mon vicieux emploi des pronoms. Je vois dans la notion de l'absolue liberté du principe universel et éternel moins une connaissance que la limite de nos connaissances. Vous regrettez que je revienne sur cet aveu en ajoutant qu'en essayant de préciser cette idée comme si on en avait l'intuition, on éviterait malaisément de se contredire. Quelle idée et quelle intuition? demandez-vous. J'ai voulu dire non pas l'idée et l'intuition qu'on possède simplement, une limite; mais l'idée de l'absolue liberté comme si l'on avait l'intuition de ce qu'est cette absolue liberté ou plutôt cet absolument libre en lui-même avant tout acte. C'est le maintien de la concession principale faite à P. Janet. Quant à la difficulté considérable N" 7, le malentendu me semble venir de vous. Je ne donne pas les attributs moraux à l'absolu avant sa détermination volontaire, je n'en fais pas le Dieu de la foi et de la piété, j'évite même de lui donner le nom

de Dieu. Je crois avec Newton : « Deus est vox relativa = Dominus. » Il y a même un passage à effet quelque part dans la Philosophie de la Liberté si je ne fais erreur grossière où je dis : « La Prière des prières n'est-elle pas : Oh! mon Dieu, je te rends grâces de ce que tu es Dieu » (parce que l'absolu se fait Dieu en créant, en revêtant l'amour). Il va sans dire que je ne songe point à vous demander une rectification, je serais même désolé qu'il en parût une, mais pour l'avenir comprenez que comme vous, je place le Dieu de la religion en deçà du voile de l'absolu mystère. Il y a bien identité dans un sens, autrement je sortirais du monothéisme, mais non identité de concepts et d'attributs. C'est justement ce qui me rend suspect aux théologiens et aux ecclésiastiques lorsqu'ils me disent : suivant vous Dieu = l'absolu, pourrait aussi bien être méchant que bon. — Ma vraie réponse serait : Oui, sans doute 1 autrement il ne serait pas bon, être bon, c'est vouloir être bon pouvant être autre chose. Peutêtre vaut-il mieux ne /)o« préciser, mais quand, au risque d'anthropomorphiser on précise, on ne peut préciser que dans ce sens.

Vous allez recevoir m^s Discours Laïques; je recommande particulièrement à votre attention le morceau de la fin et la page de la fin, qui est un morceau aisément détachable, qui va tout à fait dans le sens de la Critique philosophique et qui forme le programme des Malentendus du siècle \ dont j'ai broché deux Dialogues avec quelque peine à mordre au troisième.

Adieu! nos salutations les plus affectueuses à M. et à M™" Pillon. J'ai coupé mon papier pour ne pas être exposé à me lancer dans un sentiment où la matinée aurait passé doucement pour moi, mais au détriment du Malentendu.

Notre grand Conseil est réuni aux fins d'augmenter les impôts. C'est probablement par un droit sur les successions directes.

Adieu votre

Ch. Secrétan.

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