LXXII. — M. Secrétan à M. Renouvier
Montpellier (Villa Louise), 29 mars 1889. Bien cher ami, Je ne trouve rien de vous ici et je ne me souviens plus précisément de ce que je vous ai écrit de Montauban. Vous comprenez combien il serait cruel pour moi d'avoir traversé le Midi, pour la dernière fois suivant toutes les probabilités humaines, sans vous avoir serré la main et pris intérieurement, silencieusement congé de la Verdette. D'autre part, il est très possible, pour raison de santé ou pour d'autres, qu'il ne vous fût pas agréable de me loger un jour entier maintenant. Une aimable invitation que j'ai reçue dans le voisinage me permettrait d'éviter cette extrémité. Donc, quoique je puisse vous avoir écrit, ne m'attendez pas; si vous me voulez, écrivez-le-moi ici où je serai jusqu'à dimanche soir. Au reçu de votre invitation je vous écrirai par quel train je compte arriver, ou vous pouvez me marquer vous-même comment je dois arriver en me laissant la possibilité de passer deux à trois heures à Nîmes. Si vous ne me prenez pas chez vous, je viendrai tout de même de Sorgues vous serrer la main. Dans l'une des éventualités comme dans l'autre, ma visite sera courte, beaucoup trop courte pour mon désir, car il faut que je rentre bientôt au logis; pour moi les loisirs studieux sont une besogne à peu près incessante, quoique pas trop rude.
Heureux qui travaille.
Adieu. Cu. Secrétan.