‹ Correspondance de Renouvier et SecrétanChapitre 90 sur 96 · LXXIII. — M. Secrétan à M. Renouvier · texte numérisé non relu

LXXIII. — M. Secrétan à M. Renouvier

Villa Paleyres, le 2 mai 1889.

Cher ami, Ce n'est pas sans émotion que j'ai quitté cette Verdette où vous m'avez accueilli comme un hôte et comme un ami de tous les jours,

où j'ai déjà vu tant de transformations et où malgré l'attraction d'un prochain Jubilé, mon espoir de revenir est assez faible. Ce n'est pas que nous n'eussions l'air l'un et l'autre de pouvoir aller encore un moment, mais plus l'on va, moins l'on va, la faculté de locomotion s'émousse, l'empire des habitudes devient plus impérieux. Enfin il faut être content du présent, heureux du souvenir sans trop demander au lendemain! De tout ceci ne prenez que mon remerciement, qui pour venir bien tard n'est pas moins sincère. Cependant cette sincérité pourrait être suspectée, car depuis que je songe à vous écrire dans le sentiment de ce devoir, il m'est arrivé quelque chose qui me porte aie faire dans mon intérêt. Ce sont les épreuves d'un petit in-douze d'Études sociales qui paraîtra ici dans quelques s emaines. Comme les articles recueillis dans ce volume ne sont guère qu'un développement des idées énoncées dans le prologue et dans l'épilogue du précédent, la Civilisation et la Croyance, il serait facile si la Critique accorde quelques lignes à celui-ci, qui rentre bien en plein dans son ressort, d'yjoindre ces applications. La. Bibliothèque Universelle en a parlé il y a un mois et le Journal des Débats il y a six jours. Il est vrai que la rédaction avait gardé l'article « sur le marbre » à peu près un an.

Le mouvement imprimé par MM. Charles Robert, Gide, de Boyve, Gouth, etc., dans le sens de la coopération, etc., m'intéresse extrêmement. Je vois dans ces réorganisations de gré à gré le seul préservatif possible contre les tentatives du socialisme autoritaire dont les fins, les moyens, les instruments me semblent également odieux. Quelque banales que soient les idées sur lesquelles roule ce mouvement, il y a énormément à faire pour faire pénétrer ces vérités élémentaires dans la conscience publique, énormément ensuite pour les faire passer de la conscience dans la pratique. C'est à cette tâche que j'ai consacré mes dernières années, j'ai besoin d'être éclairé, redressé et encouragé. Je m'adresse à vous comme à un foyer de toutes les sympathies humaines.

Je vous remercie et je remercie M. Autemps pour les deux magnifiques photographies et je serais heureux d'apprendre à l'occasion comment a réussi celle de votre dévoué et reconnaissant ami.

Ch. Secrétan.

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