II. Calendrier général
Nous aurons peu de remarques à faire sur le calendrier général. Il se trouve renfermé entièrement dans VOnlo que nous examinons , sauf quelques changements qui consistent principalement dans l'érection de quelques fêtes à un rit supérieur, ainsi que nous le dirons plus loin.
Le calendrier général renferme 1" dix-sept fêtes du rit double de première fiasse. Elles se subdivisent de la manière suivante : il y a treize fêtes de N. S. qui sont l'Epiphanie , les trois derniers jours de la Semaine Sainte, le jour de Pâques et les deux jours suivants, l'Ascension, la Pentecôte et les deux jours suivants , la solennité de la Fête-Dieu , la lête de Noël. — Les autres fêtes du rit double de première classe sont la Nativité de S. Jean-Baptiste, les SS. Apôtres Pierre et Paul, l'Assomption de la Ste. Vierge et la Toussaint.
Il renferme 2" inncjt-cinq fêtes du rit double de seconde classe, savoir: La fête de la Trinité , la Circoncision , le Saint Nom de Jésus et l'Invention de la Croix.. — Quatre fêtes de la Sainte Vierge : la Purification , rAnaoneiaîion , la Natavité et la Conception. — ■ La fête de S. Joseph et celle de son Patronage le troisième dimanche après Pâques. Un décret du 10 septembre 1847 a étendu à toute l'Eglise cette fête du Patronage de S. Joseph. — Onze fêles des Apôtres et Evangélistes. — S. Laurent, la dédicace de S. Michel Archange, S. Etienne, premier martyr, les SS. Innocents.
3» Seize fêtes sont accompagnées d'une octave : l'Epiphanie, Pâques , l'Ascension, Pentecôte, la Fête-Dieu, la Nativité de S. Jean-Baptiste, la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, S. Laurent, l'Assomption, la Nativité de la Ste. Vierge, Noël, S. Etienne, premier martyr, S. Jean Evangéîisîe, les SS. Innocents.
Le calendrier universel renferme 4" vingt-une fêtes du rit doublemajeur. La Transfiguration de N. S. et l'Exaltation de la Croix. Neuf fêtes delà Ste. Vierge, la Transfixion le vendredi après le dimanche de la Passion , la Visitation , la Commémoration de la B. V. du Mont-Carmel , la dédicace de Sic. Marie-des-Nciges , le Saint Nom de Marie, une seconde fête des douleurs de la Ste. Vierge le troisième dimanche de septembre et étendue à l'Eglise universelle par Pie VII, Ste. Marie-dela-Merei, la solennité du Rosaire, la Présentation. Les autres fêtes du rit double-majeur sont la Chaire Romaine de S. Pierre, la conversion de S. Paul, la chaire de S. Pierre à Antioche, S. Jean ante portant
Intitiam, S. Barnabe, apôtre, Ste. Anne le 26 juiUef, S. l'iene-anxliens, S. Joachim le dimanche dans Toctave de TAssomption, la décollation de S. Jean-Baptiste.
îl y a dans le calendrier général 5" ceyit treize fêtes du rit doublt^niiaeur. Qu'il nous suffise d'obsener que la fête de S. Antonin , le
10 mai , a été élevée au rit double-mineur pour l'Eglise entière. Une autre remarque concerne la fête des SS. martyrs Vincent et Anaslase, le 22 janvier. Un Ordo publié à Lyon porte que la fête des SS. Vincent et Anastase a été élevée au rit double-mineur par un décret de 1845. Cela n'est pas exact. Il est vrai qu'un décret sur cette fête a été rendu en 1843, mais il n'est que pour la ville de Rome et pour son district. La fête des SS. Martyrs Vincent et Anastase conserve le rit semi-double dans le calendrier général.
Les fêtes du rit double-mineur se subdivisent de la manière suivante.
11 y a treize octaves. Onze fêtes de martyrs , la Commémoration de S. Paul. Seize fêtes de docteurs; l'Eglise reconnaît dix-sept docteurs; S. Hilaire n'a que le rit semi-double. Cinquante-une fêtes de confesseurs; S. Alphonse de Liguori et S. Louis de Gonzague sont les dernières fêtes de confesseurs mises dans le calendrier général. Dix-huit fêtes de Saintes, Vierges , Martyres et Saintes Veuves. La fête des SS. Anges Gardiens, La dédicace de la Basilique de S. Sauveur et celle de S. Pierre.
6° Les fêtes du rit semi-double se subdivisent ainsi qu'il suit. Vingtquatre martyrs. Dix-sept confesseurs. Sept fêtes de Martyres, Vierges et Stes. Veuves.
IlL Remarques sur le Propre de B.ome.
La Basilique de S. Jean-de-Latran étant la mère et la tête de toutes les Eglises, c'est à juste titre que sa dédicace a été prescrite à l'église universelle. Benoît XIIÏ ayant consacré solennellement cette basili([Uf^ on 1726, ordonna de célébrer la fête de celte dédicace le 9 novembre de chaque année. 11 ordonna de plus que celte même fête, en tant que fête de la dédicace de la cathédrale de Rome, fut célébrée sous le rii double de première classe avec octave par le clergé séculier de Rome et de son district (décret Urbis et Orhis du 14 septembre 1726). Les réguliers doivent la célébrer sous le lit double de seconde classe sans octave, conformément au décret de la S. C. qui veut que les réguliers célèbrent la dédicace de la cathédrale sous le rit double de seconde classe sans octave; ce qui s'applique aux réguliers des deux sexes, à ceux qui sont exempts comme à ceux qui sont soumis à l'ordinaire (décret du premier avril 1062).
- ôl -
En 1831 , la Transfiguration fut élevée au rit double de première classe avec octave pour le cierge séculier de Rome, et au rit double de seconde classe sans octave pour les réguliers. Selon les rubriques générales du bréviaire romain (tit. 7. de octav. n. I) et selon les décrets de la S. C. dfs Rites (Aquen. 2 septembre 1741), il est convenable que la fête du titulaire, celle surtout du titulaire de la cathédrale, soit célébrée par le clergé séculier de la ville sous le rit double de première classe avec octave, et par les réguliers dans le rit double de seconde classe sans octave , conformément à la bulle d'Urbain VllI sur l'observation des fêtes. Or, la basilique de S. Jean-de-Latran ayant la coutume de faire la fête de la Transfiguration comme titulaire, le cardinal-vicaire demanda à Sa Sainteté que le clergé séculier de Rome pût célébrer cette fête avec le rit des titulaires. L'induit fut accordé, mais seulement pour le clergé de la ville. Les règles liturgiques ne permettent pas d'étendre au-dehors de la ville la fête du titulaire de la cathédrale avec le même rit de première classe.
Le même décret de 1831 concéda au clergé séculier de Rome les offices des mystères et des instruments de la Passion de N. S. Ces offices étaient déjà récités par le clergé de quelques basiliques à l'instar de l'induit accordé aux clercs réguliers Passionistes. Ils sont du rit doublemajeur. Quant à la fête du Sacré-Cœur de Jésus, on sait qu'elle n'appartient pas au calendrier général. Elle fut accordée à la ville de Rome dans le dernier siècle, sans que nous ayons pu vérifier l'époque de la concession. Elle se fait le vendredi après l'octave du Corpus Chrisii, avec le rit double-majeur. L'office du Très-Saint Rédempteur qui se fait le 23 oct. sous le même rit, fut concédé par un décret du 8 mai 1850. Pie VIII l'accorda au clergé séculier de Rome et aux réguliers de l'un et de l'autre sexe qui usent du calendrier romain.
Quant aux fêtes de la Ste. Vierge contenues dans la Propre de Rome, nous dirons seulement qu'en 1723 Benoît XIII rendit de précepte pour Rome et pour l'Etat la fête de la Desponsation qu'on fait le 23 janv., le Patronage de la Ste. Vierge, la translation de la maison de Loretle, VExpectatio partus le 18 décembre. On fait aussi à Rome le 9 juillet une fête des Prodiges de la Ste. Vierge. Elle fiit autorisée par Pie VI. Notre- Dame Auxiliatrice fut établie par Pie VII, à son retour de la Captivité. 11 la mit le 2-i mai, anniversaire de sa rentrée à Rome. La Maternité et la Pureté de la Ste. Vierge, qu'on fait le second et le troisième dimanche du mois d'octobre, sont de concession de Grégoire XVI. Toutes ces fêtes de la Ste. Vierge ont le rit double-majeur. Celles des Archanges S. Gabriel et S. Raphaël sont dues à l'induit de Benoît XIII.
Le 17 juillet 1831, le cardinal-vicaire D. Placide Zurla demanda pour le clergé de Rome les fêtes des Souverains Pontifes Romains pour
les faire dans les jours du martyrologe comme la basiilque de S. Jeande-Latraa, et dans le rit double déjà accordé au clergé des basiliques v.t des églises suburbicaires. Les oflices des Saints Papes forment une des parties les plus notables du propre de Rome. Les fêtes des Souverains Pontifes martyrisés dans les trois premiers siècles sont célébrées dans le rit double-mineur. On a de ])lus les offices propres d'un grand nombre de Papes. S. Félix H, S. Sirice. Au cinquième siècle, S. Innocent 1, S. Célestin , S. Sixte III, S. Zozime, S. Boniface I", S. Hilaire; S. Simplicius, S. Félix III , S. Gélase. Au sixième siècle, S. Symmaque, S. Hormisdas, S. Agapet, S. Félix IV. Dans le septième, S. Boniface IV, S. Deusdedit, S. Eugène P"", S. Vitalien, S. Agathon, S. Sergius l". Au huitième siècle, S. Grégoire II, S. Grégoire III, S. Benoît li, S. Zacharie , S. Paul l". Dans le neuvième siècle, S. Léon lil, S. Pascal I", S. Léon IV. Au onzième siècle, S. Léon IX. S. Grégoire VII est dans le calendrier général. Au treizième siècle, \c B. Grégoire X. Dans le quatorzième siècle, le B. Benoît XI, prédécesseur de Clément V. S. Pie V, du seizième siècle , appartient au calendrier général, et l'on peut croire que l'Eglise aura à rendre son culte à un des Pontifes de ces derniers temps. Il y a une fête général de tous les Saints Pontifes Romains qu'on fait ie dimanche après l'octave de S. Pierre. L'office est un des plus remarquables du Propre de Rome. Tous ces offices des Saints Papes ont été demandés par plusieurs diocèses des Etats-Unis d'Amérique , et se font aujourd'hui dans ces contrées lointaines.
Il y a quelques autres offices propres au clergé de Rome. Ce sont Sfe. Hyacinthe Mariscotti, Ste. Marguerite de Cortone, S. Isidore, laboureur, S. Jean Xépomucène, Ste. Angèle Méiici, S. Ferdinand, roi, S. Gallican, martyr, S. Guillaume, abbé, S. Irénée , Ste. Véronique Juliani, S. Eniygdius, S. Roch, Ste. Philomène, S. Grégoire, patriarche d'Arménie, Ste. Galla, S. Stanislas Kotska. Dans ces dernières années, quelques fêtes ont été élevées au rit double-mineur pour Rome et son district : les SS. martyrs Vincent et Anastase, S. Polycarpe, S. Igiiact^ d'Antioche, S. Thomas de Cantorbérv.
DISSERTATION SIR L\ CELEBRATION DES MESSES PRIVEES LE JEIDI SAINT ET LE SAMEDI SAINT.
Le Jeudi Saint n'a jamais été rangé parmi les jours que les autcuis sacrés nomment aliturgici, et qui ne comportent pas la célébration du Saint Sacrifice. La nature des mystères honorés en ce jour, le souvenir
dtî rinstltulion de rEucharistic, semblent exiger , au contraire, que ie Sacrifice soit célébré. La discipline primitive prescrivait trois messes en ce jour; la première, pour la réconciliation des pénitents; la seconde, pour la confection des saintes huiles; la troisième, en l'honneur de rinstitution eucharistique. Un rit qui remonte aussi à la plus haute antiquité est celui de la communion du clergé, à la messe du Jeudi Saint. De même que N. S. instituant TEucharistie et conférant le sacerdoce aux Apôtres dans la dernière cène, participa aux saints mystères et les distribua aux Apôtres, ainsi il fut convenable que le prêtre ayant pris l'Eucharistie la distribuât au clergé. On voit ici la raison dogmatique de ce rit solennel , observé dans l'Eglise avec fidélité. Elle donne l'explication du silence de la tradition sur les messes basses du Jeudi Saint. Pendant un grand nombre de siècles , la communion fut générale , tant pour le clergé que pour les fidèles et elle fut de précepte. La même raison justifie l'insistance de l'Eglise romaine à maintenir la discipline traditionnelle , à prohiber les messes privées du Jeudi Saint, lorsque Toubli du principe traditionnel les a fait introduire dans quelques contrées. Mais, d'un autre côté, la nature du Jeudi Saint étant réellement liturgique, on comprend que la prohibition ait été moins rigoureuse que le Samedi Saint , et que les messes privées aient été autorisées dans quelques cas que nous spécifierons plus loin.
Le Samedi Saint fut, de tout temps, compté parmi les jours aJiturgici. Le repos du Christ dans le sépulcre, la retraite et la tristesse des Apôtres à cause de sa mort, servirent de haute instruction à l'Eglise. De mémo que le Vendredi Saint , la raison de la mort du Christ l'éloigna de la célébration du Sacrifice, de même le Samedi Saint elle persévéra dans sa solitude et sa tristesse, et elle n'autorisa la célébration des mystères qu'à une heure avancée de la nuit. Sans aucun doute , cette vénérable discipline remonte aux temps primitifs , puisque le commencement du cinquième siècle nous offre le texte de S. Innocent I" qui rend un plein
témoignage de la tradition. « Le Samedi paraît se trouver entre
» la tristesse et l'allégresse de ce temps ; car il conste que , pendant ces i deux jours, les Apôtres furent dans la tristesse et qu'ils se cachèrent par » crainte des Juifs. Il n'est pas douteux qu'ils jeûnèrent ces deux jours ; » l'Eglise l'a entendu de telle sorte que sa tradition est de ne pas célébrer » les Sacrements pendant ces deux jours de la grande semaine (Epist. ad » Décent. Episcop. cap. 4, num. 7). » Ce passage de la lettre de S. Innocent a été inséré dans le corps du droit. Il forme un document d'une
haute importance dans la question qui nous occupe. Sahbalho prœler-
niittere non dehemus quod inter tristiiiam et lœtitiamtemporis illius videtur inclmiim. Nam utique constat Aposlolos biduo isto et in tnœrore fuisse et propler metum mdœorum se occuhavisse.,Quod utique non duhiim est in
tanlnm eos jejunasse biduo mcmorato ut traditio Ecclesiœ habeat isto bidiio (niajoris hebdomadae) Sacramenta penitus non celebrari (cap. 13. dist. 3. De Consecr.). Le jour du Samedi Saint fut donc regardé comme excluant la célébration du S. Sacrifice, qui ne fut autorisé qu'à une heure avancée de la nuit. On ne rencontre pas de monument historique qui empêche d'affirmer que les messes privées furent inconnues, tant à cause de la nature de ce jour qu'à cause de la circonstance du temps qui ne permettait pas la célébration des messes privées, puisque la fonction solennelle n'était terminée que vers le milieu de la nuit.
On peut croire que le premier changement, la première anticipation de la messe solennelle du Samedi Saint , eurent lieu vers le neuvième siècle. Les preuves historiques datent du moins de cette époque. Ou lit dans VOrdo Romanus rédigé dans le siècle de Charlemagne : Dès qu« la première étoile est aperçue dans le ciel, on donne le signal , on commence
le chant de la Litanie à peine terminée , le prêtre dit : Gloria in excelsis.
Raban Maur, qui mourut en 835, atteste aussi que de son temps la messe solennelle était célébrée à l'expiration du jour : Hac autem die inclinante ad vesperam statuta celebratio noctis Dominicœ in ecclesia incipitur. (Inst. cleric. lib. 2. cap. 38.) Hugues de S. Victor donne une des raisons de cette anticipation ; il attribue à la débilité des modernes qui supportaient avec peine la longueur du jeûne : Antiqui jam transacto die sabhatld officium hoc celebrabant , sed modernorum débilitas ad cpulas festinans tempus prœvenit constitutum (de Spec. iliss. observât, lib. 3. cap. 21). Cette discipline s'observait encore dans le treizième siècle, ainsi qu'on peut le conclure d'un texte de Saint Thomas noté par Cavantus ('part. -4. lit. 10. n. 43). Nonobstant le témoignage d'un écrivain du onzième siècle , Micrologus , cité à l'envi par les théologiens qui ont plus tard enseigné l'affirmative dans la question des messes basses du Samedi Saint , nous croyons que ces messes privées restèrent inconnues tant que la fonction solennelle ne fut célébrée qu'à l'entrée de la nuit. En effet, l'anticipation était encore trop peu notable pour faire perdre de vue la nature non liturgique du Samedi Saint. D'ailleurs, la messe solennelle, se commençant à l'entrée de la nuit, ne pouvait se terminer qu'à une heure qui ne permettait pas la célébration des messes privées. En outre, le jeûne prolongé qu'on aurait été obligé d'observer, était un obstacle à la célébration de ces messes. Nous croyons aussi qu'on aurait évoquer en preuve l'insertion du texte de S. Innocent I" dans la compilation de Gratien. Le fait de cette insertion sans restriction ni réserves dans le recueil des lois canoniques , semble indiquer que la tradition de ne point célébrer les mystères dans les deux derniers jours de la grande semaine se conservait dans sa pureté au douzième siècle , e! que l'anticipation de la messe solennelle ne fut pas considérée comme l'abrogation do cotte ancienne discipline.