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DE LA COMMUNION LE VENDREDI SAINT ET LE SAMEDI SAINT

Dans notre travail sur les messes basses du Samedi Saint, nous avons vu qu'au témoignage du Pape S. Innocent 1" , la tradition de l'Eglise était de ne pas célébrer les Sacrements dans les deux derniers jours de la Semaine Sainte. Traditio Ecclesiœ hahet isto biduo Sacramenta penitus non celehrari. La prohibition concernant la célébration du Sacrifice s'étendit-elle à la communion des fidèles ? Les documents historiques manquent pour établir d'une manière indubitable la discipline des premiers siècles sur ce point. Le passage de S. Innocent ne démontre pas

évidemment que la iradilioa de l'Eglise s'opposât à l'administratiou de l'Eucharislie aux fidèles. Célébrer n'est pas administrer. Si l'on considère pourtant que , selon la discipline des premiers temps , il existait une corrélation entre la célébration du Sacrifice et l'administration de l'Eucharistie ; si l'on réfléchit que les mêmes raisons dogmatiques , qui avaient porté l'Eglise à s'abstenir du Sacrifice dans ces deux jours de la grande semaine , militaient avec une égale force contre la communion des fidèles , on est amené à penser que la communion du Vendredi Saint ne fut pas en usage dans les premiers siècles.

Si un fait du cinquième siècle pouvait être suffisamment établi par le témoignage d'un auteur de beaucoup postérieur , il faudrait dire que le même Pape S. Innocent P'' ordonna que le Jeudi Saint on réservât le corps du Seigneur pour les infirmes et pour ceux qui sont dans la nécessité de communier. Innocentius Papa statuit hac die (Cœmc Domini) corpus Christi stib specie panis reservari , ut infirmi et religiosi quibus est nécessitas communicandi , habeant ipsnm (Durand. Ration, lib. 6). Sans nous arrêter à expliquer le mot religiosi qui a exercé le génie des commentateurs , nous pourrions conclure , sur la foi de l'auteur que nous venons de citer , qu'au cinquième siècle , du moins dans l'Eglise romaine , la communion ne se donnait qu'aux chrétiens qui avaient quelque nécessité de la recevoir, ! iro Ja/rMiv. 'uro|^ ol «

Le livre de Eccles. offic. écrit dans le neuvième siècle , indique qu'à cette époque la communion ne se refusait pas à ceux qui la demandaient : « Le pain céleste , c'est-à-dire le Corps du Seigneur , est )) réservé depuis le Jeudi Saint jusqu'au Vendredi Saint. Il est des «personnes , ainsi que dit S. Augustin dans sa lettre Ad Januar., qui

» veulent prendre l'Eucharistie tous les jours Le Sacrifice ne se

» célébrant pas le Vendredi Saint , il devient nécessaire que ceux qui «veulent communier aient des hosties consacrées. (Lib. I. cap. 12.) » La communion ne se donnait pourtant pas dans l'église où l'évêque remplissait la fonction de l'adoration solennelle de la Croix. L'auteur que nous venons de citer le dit formellement. Pour lui , il approuve qu'on ne communie pas le Vendredi Saint ; il donne quelques raisons propres à en dissuader : « Les pasteurs de l'église , en s'abstenant de » leur office , représentent ce qui se passa parmi les disciples pendant la «Passion. La veille le Seigneur dit : Non bibum de hoc genimine vitis ,

» donec bibam illud vobisctun novum L'ordre est que nous attendions

» que Notre Seigneur consacre les Sacrements de son Corps et de son » Sang sur la Croix , qu'il les fasse nouveaux par la Résurrection , et » qu'alors nous recevions enfin ce Sacrement salutaire (lib. I. cap. 13). »> On peut ranger à la même époque le livre de Divin, offic. qu'on a eu le tort d'attribuer à Alcuin , mais qui ne fut pas écrit postérieurement au

dixième siècle. L'auteur rend aussi témoignagne que de sou temps la communion ne se refusait pas à ceux qui , ayant coutume de communier tous les jours , voulaient le faire aussi le Vendredi Saint. Il ajoute que cet usage n'existait pas dans l'Eglise romaine. Il donne des raisons pour dissuader de communier le Vendredi Saint. « Les Rituels prescrivent » de réserver le Corps du Seigneur le Jeudi Saint pour communier le » lendemain. Il est des personnes qui veulent communier tous les jours , )) ainsi que le dit S. Augustin Ad Januar. Le Sacrifice ne se célébrant «pas le Vendredi Saint , il faut que ceux qui veulent communier aient » le Sacrifice du jour précédent : ce que pourtant les Romains ne font

» pas le jour de la cène , l'Agneau typique est immolé. Le Sacre-

))ment ancien est consommé. En présentant le calice à ses disciples, «le Seigneur rendit grâce à Dieu de ce que les Sacrements anciens » allaient passer et les Sacrements nouveaux allaient venir. Ces Sacie- » ments nouveaux , nous devons les attendre jusqu'à la Résurrection , 1) car le Seigneur dit : Non hibam de hoc genimine vitis mque in diem » illnni — »

La tradition de l'Eglise romaine passe dans les règles du missel publié par S. Pie V. La rubrique du Jeudi Saint prescrit : « Aujourd'hui le « prêtre consacre deux hosties : il en prend une et réserve l'autre pour y. le jour suivant où Ton ne consacre pas. Il réserve aussi quelques parti- » cules consacrées pour les infirmes, s'il est nécessaire.» C'est donc pour les infirmes et non pour les autres que le missel recommande de réserver quelques particules consacrées. S'il était permis de les réserver pour tous les fidèles , il serait inutile d'avertir le prêtre d'en garder quelques-unes pour les infirmes. Cette recommandation du missel est une forte présomption contre les communions du Vendredi Saint. Plusieurs théologiens en conclurent la prohibition de ces communions , longtemps avant que le Saint-Siège ne rendît une déclaration plus expresse sur ce point.

Suarez ne croyait pas que la rubrique pût s'interpréter comme prohibant la communion du Vendredi Saint. Les quelques lignes qu'il a insérées à cet égard résument tous les arguments qu'on peut invoquer pour l'autoriser : « La prohibition n'est pas prouvée suffisamment. Aussi je crois avec plus de probabilité, qu'en soi, il est licite de communier ce jour-là. La chose étant bonne en soi et la prohibition n'étant pas démontrée, je ne vois pas pourquoi on condamnerait la chose comme mauvaise. Evidemment, le passage de la lettre de S. Innocent ne parle

que du Sacrifice S'il est ordonné de conserver l'Eucharistie pour les

infirmes , ce n'est pas qu'on ne puisse la donner qu'aux infirmes , mais on fait valoir le motif le plus pressant de conserver l'Eucharistie Vous direz que la désuétude a introduit la prohibition. Je

réponds que cela est faux. La simple omission d'un acte est loin de

suffire pour introduire une loi.... v L'opinion de Suarez fut adoptée par un certain nombre de théologiens. Ainsi, Quiuladv. (tract. 4. De Euchar. 6. num. 5) , Salniant. (tom. I. De Sacrifie. Miss. c. 4. p. 1. 5.), Diana (lom. 2. tract. De Comm. pro mort. uuni. 50). Toutefois, ces auteurs rendent témoignage de la désuétude presque générale. La plupart n'autorisent la communion du Vendredi Saint qu'à condition qu'il n'y ait pas de scandale. Comme Suarez, ils se fondent sur ce qu'il n'existe pas de prohibition. A dire le vrai, elle n'était pas évidente, antérieurement aux déclarations du Saint-Siège dont nous avons à parler.

Dans son traité De Offic. paroch. , Barbosa a inséré un décret de la S- C. des Rites du 19 février 1 622 sur la communion du Vendredi Saint : In feria VI Parasceves non est ministranda Eucharistiu nisi infirmis. Ce décret a été mentionné aussi par Gavantus et par la plupart des auteurs sacrés. Toutefois, comme son authenticité est mise en doute par Mérati, qui ne put le retrouver dans les archives de la S. C. des Rites, comme nous l'avons recherché inutilement dans la collection de Gardellini, nous croyons ne pas devoir nous y arrêter , et nous passons à la déclaration rendue sous le pontificat d'Innocent XI.

Le 12 février 1679, la S. C. du Concile rendit le décret suivantj^ revêtu de l'approbation d'Innocent XI : « Etant venu à la connaissance de Sa Sainteté que la communion quotidienne est en usage dans quelques diocèses, au point qu'on ne s'en abstient pas même le Vendredi Saint, Sa Sainteté recommande aux ordinaires de veiller à l'observation des rubriques du missel et de l'usage de l'Eglise romaine relativement

à cette communion du Vendredi Saint Si les curés ou confesseurs,

même réguliers , ou tous autres prêtres agissent autrement , qu'ils sachent qu'ils auront à en rendre compte à Dieu , et à porter un châtiment juste et rigoureux de la part des ordinaires qui pourront procéder même contre les réguliers en vertu des facultés spéciales que nous leur attribuons par ce décret. » On peut remarquer que ce ne fut point là une prohibition nouvelle. Innocent XI déclare seulement que les rubriques du missel et l'usage de l'Eglise romaine prohibent la communion le Vendredi Saint. Les termes du décret montrent qu'il s'agit d'une obligation rigoureuse, sous peine de péché grave : Si secus egerint, sciant Deo Optimo Maximo rationem reddilnros esse. La gravité de l'obligation se démontre aussi par les peines dont les transgresseurs sont menacés : double signe qui, selon les principes du droit, dénote un précepte obligeant suh gravi.

Après le décret d'Innocent XI , nous n'avons pas rencontré d'auteur qui ait cru licite la communion du Vendredi Saint. Tous s'accordent au contraire à reconnaître que la prohibition est rigoureuse. On peut voir à cet égard Lacroix (lib. 6. part. 1. quaest. 93), Cardenas(5 part, tract. 2.

— lo:') — f[ii?est. 66.), Mérati (Décret. Missal. niim. 187.), Cavalioii (loin. i. (iip. 4. décret. 5.), S. Lignori (ViU. 0. tr. 5. cap. 3). L'opinion aiïirma- (ivc, enseignée par les théologiens antérieur» au décret d'Innocent XI , est devenue insoutenable ai)rès ce décret. Nous n'avons pas connaissance que l'usage opposé se soit conservé quehjuc part. Aussi la collection des décrets de la S. C. des Rites ne renferme pas de décision sur la communion du Vendredi Saint.

Kn complément de cette question, nous croyons utile de rappeler la déclaration du 15 mai 1743 sur le rit à observer lorsqu'on porte le viatique aux infirmes les trois derniers joiirs de la Semaine Sainte !\'ou

est reprobandus paroilats qui defert SS. Viaticuin hifirmis feria VI in Parasceve, dunimodo privafe et submissn , quinimo svbmississima voce recitet psalinos consiietos per vias ptiblicas , etiamsi dicat V. Gloria Patri , quin iti (ali circumstautia actio talis nihil hnbet esse cum functionibus Kcdesiœ Inijus diei ; et consideratidum est qnod defertur cnm siola atque pluviaU albi coloris, quando in feria supradicta color paramentorum est niger pro Ecclesiœ functionibus, ideoque si defert privatim pro aliqun uecessitate , non est reprobandus si populum absque benedictione dimittnt , quia in publica eccJesiu non débet recondi. Cavalieri observe que cela s'applique à tout le temps destiné à honorer la Passion, c'est-à-dire depuis la messe du Jeudi Saint jusqu'à celle du Samedi.

Il reste à ajouter quelques mots sur la communion du Samedi. Aussi longtemps que la messe solennelle ne fut célébrée qu'à l'entrée de la nuit, la communion ne fut pas en usage dans le cours de la journée. A défaut de preuves liistori([ues, nous croyons que les mêmes raisons (jui excluaient le Sacrifice, s'opposaient aussi à la communion. Ces raisons liturgiques nous paraissent suffire à prouver la discipline, d'autant plus qu'on ne pourrait pas citer de fait contraire. Mais ce qui est certain, c'est que la communion se donnait à la messe solennelle du Samedi Saint. L'ancien Ordo roniain dit formellement, à l'article de cette messe : Postquam omncs commnnicavcrint , dicitur oralio ad complendntv. C'est la post-comiimnion , dans laquelb', aujourd'hui encore, il est question de ceux qui viennent de recevoir les Sacrements : Quos Sacramentis Paschalibits satiasti. Le fait de la communion des fidèles à la messe solennelle du Samedi Saint est confirmé, de manière à ne pas laisser de doute par les preuves qu'en ont recueillies plusieurs auteurs, comme Benoît XIV (De Festis, lib. I. cap. num. 68), Mérati (De Sabbalh. Sanct. num. 70.), Cavalieri i^tom. 4. cap. 4. décret, 5 et 4. num. 12.). Si donc la messe du Samedi Saint n'a pas de communion , il faut l'attribuer à une autre cause. L'ex|>lic?.tion la plus plausible est que les vêpres, qui sont aussi yratiarum actio se célébrant immédiatement, tiennent lieu de l'action de grâces ou communion des messes ordinaires. La messe du

Samedi Saint manque aussi d'offertoire. On a voulu expliquer celte absence parce que les fidèles ne communiaient pas dans cette messe. Car l'oifertoiie étant la prière récitée pendant que les fidèles offraient à l'autel le pain qui devait être consacré pour la communion, l'absence de cette prière dans la liturgie du Samedi Saint semble indiquer qu'il n'y avait pas d'offrande et par suite pas de communion. Néanmoins, les auteurs sacrés ont admis généralement une autre explication. Ils ont reconnu là un reste de l'antique discipline où l'oblation avait toujours lieu en silence. Cette explication a pour elle le témoignage d'un ancien écrivain : Cum vere credamus Patres Sanctos silentio obtiilisse vel communicasse ; qtiod etiam hactemis in Sahbatho Saucto Paschœ observamus (Walafr. De Rébus eccles. cap. 2:2). Pourquoi ce rit a-t-il été coniervé dans la messe du Samedi Saint ? Plusieurs raisons plausibles en sont données par Durand (lib. 6), Alcuin (De Divin, offic.) , Beleth. (cap. 3), Cavalieri (tom. 4. décret. 7. num. 10). L'absence de l'offertoire est donc un vestige de la discipline primitive, et non une preuve contre la communion des fidèles , qui fut sans aucun doute en usage aussi longtemps q«e la messe solennelle du Samedi Saint se célébra le soir. ; i

L*usage resta-t-il après que l'office eut été transféré dans la matinée? Durand dit que de son temps où la translation avait eu déjà lieu , ni les fidèles , ni même les nouveaux baptisés ne communiaient le Samedi Saint, mais qu'ils attendaient jusqu'au lendemain. L'abstention paraît s'être conservée pendant longtemps et avoir été plus commune. Gavantus se prononce contre la communion du Samedi Saint {De Rubric. miss. tlt. 10. part. 4. num. 58 et 46). Macri la condamne comme un abus (l'oc. eccles. v. Comtnunio). Benoit XIV dit que la désuétude est presque générale , et il ajoute qu'on doit s'en tenir là (De Sacrif. Miss. lib. 3. cap. 18. num. 14). Cavalieri penche pour l'opinion affirmative. Il cite quelques endroits où cette communion est en usage. Il ajoute que , du reste , le non-usage ne nuit pas dans les choses facultatives , et il croit qu'il est licite de communier le Samedi Saint , que l'usage existe ou non (tom. 4. cap. 4. décret. 3. num. 26).

Conclusions. La communion du Samedi Saint est prohibée rigoureusement avant la célébration de la messe solennelle. Pendant et après cette messe , elle est défendue moins strictement que le Vendredi Saint. La S. C. des Rites n'a jamais rendu de décisions à cet égard. Si la plupart des auteurs opinent pour la négative , il en est d'autres qui autorisent la chose. Quant à la pratique de Rome , il est à notre connaissance que dans quelques paroisses la communion ne se refuse pas après la messe solennelle ; ce qui ne se fait pas dans les autres églises ou chapelles. ,uj xist; aifimKJ.

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