‹ Correspondance de RomeChapitre 80 sur 97 · DOCUMENTS POUR SERVIR A UNE QUESTION LITURGIQUE · texte numérisé non relu

DOCUMENTS POUR SERVIR A UNE QUESTION LITURGIQUE

Il existe un manuscrit du Sacramentaire de saint Gélase qui a fail l'admiration de tous les temps. Mabillon en fait l'histoire. Il raconte comment il appartint autrefois à la bibliothèque du célèbre monastère de Fleuri. Il passa ensuite à la maison de Poitiers. 11 était à Paris à l'époque du P. Morin , qui en parle assez longuement dans son traité de la pénitence. C'est le plus ancien manuscrit que le savant diplomate ait jamais vu. Il est écrit en lettres grandes et unciales. 11 a plus de nriif cents ans d'antiquité. Il porte en lui-même la preuve qu'il a été cojiié en France même. On le trouve divisé en trois livres. Tout porte à croire"

(I) Voir ci-dessus, page 446.

qu ii est antérieur au septième siècle. 11 contient l'ordre liturgi(jue usité avant S. Grégoire-le-Crand (Morio. de Pœnit. , lib. cap. I).

La reine Christine de Suède acheta le manuscrit et le transporta à Home. Le cardinal Bona s'associe à l'admiration de Morin et de Ma!)illon. Il cite plusieurs fois le manuscrit dans son traité De rébus Ulur(jicis. Il pense avec Morin que c'est vraiment le Sacramentaire de saint Gélase , tel qu'il fut suivi avant la réforme opérée par saint Grégoirc-le-Crand qui l'abrégea et réunit les trois livres en un seul {De rébus lilurg. lih. 2, cap. 4).

Le cardinal Thomasius a recueilli les preuves que contient le manuscrit au sujet de sa propre antiquité, i" Le mot filioque manque au symbole; on sait pourtant que l'addition eut lieu au septième siècle , pour ce qui concerne la France et rAllemagne. Ce n'est qu'au neuvième siècle que Rome l'adopta. 2" On n'y trouve pas les messes pour la cinquième férié de carême, instituées par Grégoire II au commencement du huitième siècle. 3" La fête de la dédicace de Sainte-Marie-des-Martyrs et celle de la Toussaint n'y sont pas mentionnées. Elles furent pourtant établies par Boniface IV dans les premières années du septième siècle. 4° Il y a peu de nataliccs de Saints; ce qui , au jugement de Ménard , est un indice palpable d'antiquité. 5" Il n'y a que les martyrs qui aient des natalices propres. Les saints qui n'ont pas versé leur sang pour la foi, sont appelés, non martyrs, mais confesseurs. Ainsi le Pape Marcel. A ces causes et pour plusieurs autres raisons , Thomasius croit avec le P. Morin que le manuscrit est antérieur à l'an 700.

La reine Christine consentit de bon gré à la publication du manuscrit. L'édition fut surveillée par le cardinal Thomasius , qui l'enrichit d'une préface et de quelques notes. Le manuscrit passa ensuite à la bibliothèque Vaticanc. D'autres éditions ont été faites plus tard. L'une est celle de Muralori , dans sa Velus liturgm romana (edit. Yenet. 1748). L'autre se trouve dans les œuvres complètes du cardinal Thomasius, imprimées à Rome en 1751 , avec les notes de François Vezzosi , professeur d'histoire ecclésiastique à l'archigymnase romain. Le manuscrit en question est dans la bibliothèque Vaticane-Alexandrine , sous le numéro 516.

Le Sacramentaire de saint Gélase est le plus ancien recueil de la tradition de l'Eglise romaine en fait de liturgie. Nous ne parlons pas dii Sacramentaire de saint Léon, lequel est incomplet. Les fragments qui nous en restent et qui ont été publiés par Blanchini, renferment pourtant quelques passages qui méritent d'être recueillis pour la solution de notre question. Lorsque nous disons le Sacramentaire de saint Gélase, on ne. doit pas croire que ce Pape en soit entièrement l'auteur. L'Eglise eut , dès le commencement, des formules qu'elle employa dans la prière et dans le sacrifice. Les actes des martyrs elles traités des Pères nous lin-

i!i>]utMît.Ces f.);nii:lci furenldans la siiile des îcmps rélablies, ampliîir'r* nu abrégées par les Souverains Ponlifes. On reconnaît la niaiude S. Léou dans jilusicuis endroits du Sacranientaire en question. 11 est des prière-* (|ui, au jugement du P. Morin , ne sont pas postérieures à l'époque de saint Sylvestre; d'autres sont évidemment antérieures à l'empire d^ Clonstantin. Les vies des Papes mentionnent saint Gélase comme le prinfipal auteur de ees prières liturgiques . Fecit etiam sacruiuenlorum prœfaliones et orationes cauto sermone. Les additions de saint Gélase firent que le recueil liturgique fut appelé Codex Gelasianns. Vn siècle plus tard, saint Grégoire-le-Grand , l'abrégeant, en fit le Sacramentaire qui porte son nom : Sed et Gelasianum Codicem de tnissarum solemniis, multa suhtra-

hens , pauca coiwertens , nonnnUa adjiciens in unius lihri volumine

courctavit (Joann. diac. Xita Greyor. lib. i2. cap. 17). Ce qui nous fait entendre que le code Gélasien était dislingué en plusieurs livres, conuiic il se trouve en effet dans le célèbre manuscrit mentionné plus haut.

Or, voyons ce que contient au sujet de l'expression du nom du roi ipm de l'empereur au canon de la messe cet insigne manuscrit, fait avant Ici." de Charlemagne, transcrit en France, et à une époque oii les mérite.- de> ruis chrétiens ne pouvaient que provoquer la reconnaissance de TEglis»'. Le Canon actionis se trouve dans le troisième livre du Sacramentaire. Le nom du Pape est exprimé ; celui de lévéque l'est aussi. Mais oa ne trouve pas un seul mot pour l'empereur ou pour le roi. Voici le texte qu'on peut vérifier. Le Te igilur est entièrement le même qu'aujourd'hui : « Una i cum famulo tuo Papa nostro Illo et anlistite nostro Illo episcopo. Me-* f mento. Domine, famulorum famularumque luaruni et omnium circunn t adstanîium. » (Thomasius , tome 6, édit. 1751 , pages 17:2 et 173;. Lc^. mots et ojnnibus orthodoxis atque cdtholicœ et apostolicœ fidei cidtoribuK manquent au manuscrit , comme ils manquent dans les anciens par(heniins. Notez que l'auteur de la troisième édition du Sacramentaire, lequel indique avec l'allention la plus scrupuleuse les variantes des autres manuscrits, n'en indique aucune pour le passage en question. Nous ne nous hâtons pas de tirer des conclusions prématurées.

Nous avons vu plus haut que le manuscrit a été fait en France, qu'il a éîé conservé en France pendant près de mille ans, et qu'il a dû servir dans les fonctions liturgiques. On comprend que des interpolations aient eu lieu lors de l'empire de Charlemagne. La liturgie du Yendjcdi Saint ( onlicnt des prières faites nommément pour le Pape et pour l'évèque. Kile renferme aussi des prières pour l'emjjereur et pour le roi. Voici eu quelle manière elles ont été formulées ; Qui rcgnis omnibus CPterna potestnle (îoiuiv.aris , respire propitius ad Romanmn , sù'e Francorum beniijn7is imperium , lit gentes quœ in sua feritate confidunt, dextera tuœ polentiœ comlïimantur. Ce qui concerne les Francs et leur empire paraît .assez

t;\aircmcni être une addition faite après coup; car le manuscrit n'étaiU |)as postérieur aux premières années du huitième siècle , est par conséquent bien antérieur à l'ère carlovingienne. Notez qu'il n'est ici question que du Vendredi Saint; qu'il s'agit d'une prière publique, il est vrai^ mais totalement en dehors du canon; que cette prière concerne l'empire et non un roi ou un empereur désigné nommément.

Voici une interpolation d'une nature plus grave. La page 202 du troi-. sième livre du même code Gélasien contient une messe pro regibus. L'expression du nom royal se trouve indiquée en quatre endroits différents, dans les deux collectes, dans la secrète et même infra aclionem , ce qui est exprimé dans les termes suivants : Hanc igitur oblalionem famuli lui, illius quam tibi ministerio officii sacerdotalis offerimus pro eo qiiod in ipsum

potestatem imperii conferre dignatus es , etc Ceci est évidemment un

fiçuit de la terre de France. Mais l'interpolateur qu'on ne peut pas soupçonner d'avoir manqué de hardiesse , n'a pas eu l'idée , même dans des prières adressées d'une manière toute spéciale pour le roi , d'insérer son nom à côté du nom du Souverain Pontife et de Tévêque diocésain. Son respect pour la tradition a fait que cette partie du canon est sortie intacte de ses mains. C'est là tout ce que nous avons pu observer dans le code Gélasien.

En parlant ci-dessus du Sacramentaire de saint Léon, nous avons dif qu'il ne nous était parvenu que d'une manière fort incomplète. Nous n'c,i^, possédons que des fragments qui sont de nature à faire regretter ce qui est^ perdu. On y trouve assez fréquemment des prières pour les chefs de^ l'Etat , mais le nom de ces chefs n'est jamais exprimé. Nulle part le code, n'indique que ce nom doive être exprimé. On lit dans la messe 25: , Protège Romani nomit.is ubiqiie rectorcs. La messe 34 porte : RomaniSf auxiliiire priucipibus. Au mois daoùt, on lit dans la messe iô: Romani notninis dcfcnde rectores. Ce qui n'a aucun rapport avec l'expression du. nom du roi au ( arion de la messe, telle qu'on l'a entendu plus lard. Cette, nomination de l'empereur ou du roi dans la liturgie est beaucoup plus rare qu'on n'est porté à le croire assez ordinairement. Nous aurons l'occasion de le constater , lorsque le moment sera venu , selon l'ordre de notre plan, d'examiner les liturgies des Giecs.

Le Sacramentaire de saint Grégoire est, nous l'avons vu, un abrégé de relui de saint Gélase ; c'est la réunion en un seul volume des trois livres du travail de saint Gélase. On possède une infinité de manusciits à ce sujet, et une assez grande diversité d'éditions. Le cardinal Thomasius préfère l'édition de Pamélius à celle de Ménard. Postérieurement à

Thuinasiiis, Muratori a publié une nouvelle édition du Sacrainentaiie d<J ^aint Grégoire faite d'après un manuscrit très-authentique et très-ancien conservé dans la bibliothèque Vaticane. Elle se trouve au tome deuxième de l'ouvrage intitulé : Liturgia romana velus (edit. 1748).

Le manuscrit publié par Muratori remonte au neuvième siècle. Si nous examinons le Canon actionis qui s'y trouve, nous reconnaîtrons qu'il ne fait aucune mention du nom du roi. C'est là un fait très-digne de remai([ue , après celui que nous avons noté ci-dessus au sujet du code Gélasion. Tout porte à croire que tel est le texte authentique de saint Grégoire, et les objections qu'on peut tirer du nombre assez notable de manuscrits qui contiennent le nom du roi après celui de l'évêque et du Pape, ces objections, disons-nous, sont loin d'être insolubles. Voyea l'édition publiée à Rome par Ange Kocho.

Nous n'ignorons pas que le Sacramentaire édité par Ménard renferme au canon les mots el pro rege nostro N. Nous savons aussi qu'une sorte d'opinion reçue assez ordinairement est que Ménard a épuisé dans ses savantes remarques tout ce qu'on peut dire au sujet du Sacramentaire de saint Grégoire. 11 serait pourtant à souhaiter que le savant critique eût passé moins légèrement sur la très-grave question de l'expression du nom du roi au canon. Quoi de plus trivial et déplus futile que d'invoquer le texte de saint Paul'? Ce texte a-l-il le moindre rapport avec la nomiualiou du roi au canon ? TertuUien fait foi qu'on sacrifie pour le salut de l'empereur, soit ; cela signifie-t-il (ju'on ne manque jamais de prononce^' son nom dans les SS. mystères? Nous avons prouvé dans notre premierarticle que ce n'est pas chose possible que l'Eglise ail attribué à des empereurs idolâtres ce signe de la communion ecclésiastique. Le texte de saint Ambroise est-il plus concluant ? Nous ne voyons pas comment la pratique où était l'Eglise d'adresser des prières pour le peuple, pour les"^ lois , pour les amis et pour les ennemis , exige absolument de réserver l'intercession quotidienne pour le roi alors que les oraisons liturgiques sont contractées ; de conserver la récitation du nom du roi alors que ks diptyques ne sont plus en usage. Nous comprenons encore moins que le lexte très-vague de saint .\mbroise exige qu'on prie nommément pour tel personnage , et qu'on place son nom dans la portion la plus sacrée des prières liturgiques , à côté des noms ecclésiastiques du Souverain Pontife et de l'évêque diocésain. Nous ne voyons pas tant de choses dans ce texte très-simple de saint Ambroise : Oratione petitur pro populo, pro regibus, pro ccteris.

Au lieu de nous citer des autorités qui ne vont pas ad rem , uoui aurions aimé que Ménard nous indiquât les manuscrits où la chose esr' contenue; qu'il nous fit connaître exactement l'antiquité de ces manuscrits, ainsi que les conjectures plus ou moins fondées qu'on peut former'

au sujet de l'interpolation assez récente des textes. Ménard n'ignorait pas que plusieurs églises occidentales ont cru pouvoir opérer des changements et des additions au texte authentique et primitif de saint Grégoire. Les éditeurs des œuvres complètes Tétahlissent suffisamment dans leur préface au Sacramentaire. Ménaid ajoute : Oralio pro rcgibus , impcratoribus et principibus exiui in omnibus Ulurr/iis juxta anîiquutn morem. En examinant attentivement les liturgies grecques , nous aurons Toccasion de constater que si des prières pour les chefs du gouvernement se trouvent dans les liturgies , le mode antique est fort éloigné de celui qui a été usurpé dans quelques liturgies assez récentes. Nous ramènerons à leur valeur historique ces propositions générales qui ont le privilège de répandre l'obscurité dans les questions.

Martène est plus intéressant en ce qu'il indique un nombre assez considérable de manuscrits qui ne contiennent au canon que le nom du Pape et celui de l'évêque. Il rapporte le texte de saint Maxime, duquel il conste qu'on faisait mémoire des empereurs de la même manière qu'on le pratiquait à l'égard des laïques, et seulement après qu'on avait men- (ionné tout l'ordre ecclésiastique. C'est un usage relatif à l'emploi des diptyques , et qui n'a pas de rapport avec l'expression spéciale du nom de l'évêque et dn Pape. Nous sommes de l'avis de Martène lorsqu'il dit qu'on a toujours prié pour les princes dans les SS. mystères, en vertu de la tradition constante de l'Eglise. Mais Martène se trompe , s'il veut donner à entendre que partout et en tout temps on l'a fait chaque jour par la nomination expresse du prince dans le canon des mystères. La vérité est que la chose est assez récente et que la pratique en question n'a existé que sur une échelle assez restreinte. Est-ce à dire que l'Eglise a perdu de vue la recommandation de l'Apôîre ? La liturgie de saint Grégoire contient en plusieurs endroits des prières pour les princes. Voyez l'antiphonaire , le lectionnaire , le capitulaire des évangiles , pages 258, 286, 517, 416, 513, 523, tome cinquième des œuvres de Thoraasius. Le passage de saint Paul ne signifie pas du tout qu'on doive prier chaque jour pour les princes , encore moins qu'on soit tenu d'exprimer au canon le nom des chefs qui ont les rênes du gouvernement dans les diverses parties du monde où l'Eglise catholique est établie.

Bien des questions restent à traiter. La liturgie gallicane avant l'ère de Charlemagne nous fournira un sujet de recherches pleines dintérét. Cette liturgie est formée de trois livres qui ont été publiés par Mabillon et par Thomasius. Nous aurons ensuite à recueillir ce qui est contenu dans les Conciles des sixième, septième, huitième, neuvième et dixième siècles. Les liturgies orientales nous feront connaître la pratique des Grecs et leurs perplexités à l'époque de la conquête mahométaue.

La partie la plus difficile de notre travail est relative aux quelques

siècles qui ont précédé la réforme Je saiut Pie V. On ne manque pourtant pas de livres liiurgiques où le nom du roi se lait désirer dans le canon. Au temps d'Eugène lY , le cérémonial du cardinal de Rouen ne contient que le nom du Pape et celui de l'évéquc. Ce cérémonial est extrait de celui de Pierre Amélius. Il se trouve au tome premier du Mnsœinn itaUcum de Mabillou. Depuis la réforme de saint Pie V, les auteurs de saine liturgie n'hésitent pas à dire que Tinserlion du nom du prince au canon ne peut être licite qu'en vertu d'un induit spécial du Saint-Siège. Andi'é Piscara enseigne non esse alicujns principis sœcularis notnen in canone expUcandum , nisi ex spcciali Scdis Aposlolicœ gralia (Piscar. Caslald. Prax. cœrem. Napol. IGio, lib. 2, sect. 8. cap. 6. num. 5). Quarti dit également non esse UcUnm addere nonien régis, ut aliqui fitciunt , post nonien episcopi (Quajst. j)roœmial. sect. 4. punct. 2). Nous aurons ro,cçasion de rapporter les auteurs qui se prononcent dans le même sens.

N» 48. — 4 Décembre IS^.a

Sommaire. — Eludes sur la S. C. du Concile. Sources principales de su juridiction et de sa procédure. — Séance du 21 novembre 1850. Quelques décisions rendues dans cette séance. — De V inamovibilité rfes desservants inhabiles pour cause d'infirmité ou de vieillesse. Troisième article. Des maisons de retraite, — L'hôtel des invalides pour le clergé. — Chronique religieuse. yr

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