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LES FRERES DE L INSTRUCTION CHRETIENNE, EN FRANCE

Si l'Eglise pleure avec toute raison sur la prévarication de l'abbé François-Xavier de Lamennais, elle se réjouit à la vue des vertus sacerdotales qui rendent l'abbé Jean-Marie de Lamennais recommandable dans la Bretagne et dans la France entière. Cet ecclésiastique, un des plus distingués de cette nation et par ses connaissances, et par sa piélé, et par son zèle pour le salut des âmes , est le fondateur de la Congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne. Etablie, il y a plus de trente ans, avec des résultats inexprimables pour l'éducation chrétienne du peuple, la congrégation de l'Instruction Chrétienne est répandue dans toute la vaste province de la Bretagne. Sur la demande de Monseigneur l'archevêque d'Auch, elle a été établie dans cet archidiocèse, et aujourd'hui elle s'étend jusqu'en Angleterre, outre plus de quatrevingts frères dispersés dans les colonies françaises, où ils sont occupés à l'instruction chrétienne des enfants du peuple.

l,e but (le cette congrégation est d'apprendre aux enfants leurs devoirs religieux, surtout aux enfants des familles pauvres, plus dans les campagnes que dans les villes. 11 y a un supérieur général. Parmi les supérieurs particuliers se trouve même le curé de la paroisse respective où demeure quelque membre de la congrégation.

On ne remarque dans les règles aucun chapitre qui traite spécialement des vœux. Le titre de voeu est donné à Tobéissance. On recommande Famour de la chasteté et de la pauvreté religieuse. Toute propriété est interdite, sans le consentement du supérieur. L'article Admissio7i au noviciat et temps de sa durée renferme ce qui suit : « Quand B le supérieur le juge convenable, on peut être admis à faire le voeu d'un )ian, puis de trois ans, de cinq ans, et enfin, après le temps et les » épreuves suffisantes on prononce le vœu perpétuel. » D'après cela, ri semble qu'il n'y a qu'un seul vœu, celui d'obéissance , lequel est fait dans l'acte de la profession.

Les règles se divisent en cinq titres, suivis de plusieurs instructions. Après une notice touchant l'origine et l'accroissement de la congrégation, le titre premier traite de la charité dont les supérieurs doivent être animés, et de l'esprit d'obéissance et dhumilité que les subordonnés doivent posséder. Dans le second titre, on explique les égards mutuels que les frères doivent observer, et l'on établit comme fondement de l'institut le précepte du divin Sauveur : Ut diligatis invicem. Le litre troisième parle des devoirs des frères envers les parents de leurs élèves , le quatrième expose les devoirs envers les élèves eux-mêmes , et l'on explique quels sont les enseignements à donner, ainsi que les pratiques à observer. Le titre cinquième contient les instructions particulières aux frères. On leur donne des règles de conduite, de zèle, de ferveur pour toutes les situations, soit dans le travail, soit dans le repos, dans le voyage et dans l'établissement, sur le sol natal ou sur le sol étranger, dans l'état de santé ou dans l'état d'infirmité, eutin jusques dans le moment de la mort. On voit éclater dans tout cet article le zèle, la piété , la charité et la sagesse du très-respectable fondateur.

Viennent ensuite plusieurs aiitres instructions qui servent de couronne aux cinq articles ci-dessus. 1° Règlement sur l'emploi de la journée, les heures d'école, la table et tout ce qui concerne une vievéritablement ecclésiastique. 2» Conditions auxquelles on obtient un Frère de I Instruction chrétienne dans les paroisses. 3° Admission au noviciat, et it'inps de sa durée. On admet depuis l'âge de 16 ans jusqu'à 23. Le postulant est tenu de demeurer trois mois dans la maison de la congrégaiion, et ce n'est qu'après ces trois mois qu'il a entrée au noviciat, où il a le temps de faire l'épreuve de sa vocation et de ses forces. Le noviciat est plus ou moins long, jamais moindre d'un an. Lorsque le

hivù-e est jugé par son supérieur , apte à émettre sa profession et à se consacrer à l'éducatien des enfants, il est libre de s'éprouver plus longtemps en faisant le vœu pour une année seulement, ensuite pour trois, pour cinq ans, et enfin en émettant un vœu perpétuel. -4" Instruction sur la vocation. 5° Instruction pour les frères qui seront envoyés aux colonies. 6° Instruction pour les frères directeurs des maisons et des écoles. 7" Instruction pour les frères placés dans les paroisses. 8" Avis et instructions touchant divers objets.

Ces avis sont divisés en d8 paragraphes. Ils concernent la fidélité aux règles, Tintention dans les actions, le lever, l'oraison, la messe, la confession, communion, lecture spirituelle, rosaire, examen particulier, visite au Très-Saint Sacrement, indulgences partielles et plénières, l'application à l'étude et à l'instruction des enfants, le repas, la récréaïion , le silence et le repos. Ces instructions, règlements et avis sont remplis de piété, de prudence et de discrétion. Rien ne manque pouiformer solidement dans ces bonnes âmes une vie vraiment religieuse et apostolique. Si les maîtres des enfants pauvres sont formés si parfaitement, quels fruits n'est-on pas en droit d'attendre pour la gloire de Dieu, jiour le salut des âmes, et pour le bonheur des peuples !

Les règles se terminent par le cérémonial tant pour la prise d'habit que pour la profession des Frères , et par le testament du pieux fondateur. La Congrégation sera gouvernée par un supérieur général , aidé d'un conseil composé de quatre membres. Le supérieur général et les conseillers seront nommés par les frères qui auront fait le vœu perpétuel d'obéissance. Leur charge sera de cinq ans, et ils pourront être réélus indéfiniment. Si le supérieur général vient à mourir pendant la durée de sa charge, il sera remplacé provisoirement par le premier assistant. Les élections seront présidées par le premier chapelain de la maisonmère , lequel dressera procès-verbal, et l'enverra pour l'approbation à Monseigneur l'évëque de Vannes, chef-lieu de la congrégation. Tel est le gouvernement régulier de l'institut. Toutefois, des dispositions spéciales règlent la nomination du premier supérieur-général, ainsi que la durée de sa charge.

Bien que la congrégation ait commencé en Bretagne vers l'année 1815, elle peut se regarder comme n'ayant été fondée qu'en J817. Les préliminaires des règles portent que les statuts furent approuvés par une ordonnance royale en date du I''"' mai 1822. Ce décret manque au dossier. L'institut compte aujourd'hui en Bretagne près de deux cents écoles. Ses bienfaits n'ont pas été circonscrits aux confins de la France; car les colonies qui lui ont été confiées pour l'instruction primaire de la jeunesse, dès l'année 1837, en expérimentent les effets salutaires. Le nombre des frères s'est accru au point qu'ils sont environ six cents, dont trois cents sont liés par le vœu perpétuel.

Les services que rend l'institut lui ont mérité la pleine approbation d insignes prélats de la France , c'est-à-dire , de l'archevêque d'Aucli , et des évéques de Vannes, de Saint-Brieux, de Qnimper, de Nantes , de Rennes. Eu outre, l'épiscopat anglais tout entier a fait appel au pieux fondateur, le priant, ou bien de recevoir au noviciat huit jeunes anglais qui pussent se rendre aptes à transporter en Angleterre un bienfait aussi salutaire, ou bien d'envoyer à Londres quelques frères pour l'érection d'une maison , à l'effet d'instruire les jeunes indigènes dans l'esprit i\e celte excellente institution : « Nous vous regardons comme notre seconde «Providence dans l'œuvre de la régénération de nos pauvres. Nous » voulons vous prendre pour notre modèle dans cette difficile entreprise , » et avec votre concours nous ne désespérerons pas d'arriver au but. «Ainsi vous aurez assuré le salut d'une grande portion de la jeunesse dans 0 les deux Brelagnes , et de cette façon vous aurez rendu à l'Angleterrô » l'apostolat qu'elle exerça avec tant de fruit. »

Le très-pieux fondateur, octogénaire, a piésenlé à N. S. Père le Pape une prière conçue dans les termes qui suivent : u Une seule chose nm 0 reste maintenant à désirer , mais je la désire du fond du cœur , et lu » demande instamment à Votre Sainteté, c'est qu'elle daigne bénir l'in- » stitut des Frères de l'Instruction Chrétienne , en approuvant de la «manière qu'elle jugera la plus convenable ses règles et ses constitu- » lions. Cette grâce insigne serait pour notre petite Congrégation un gag« «précieux de durée et d'accroissement. Et moi, désormais sans inquié- » tude pour son avenir, je mourrais conlent , si j'avais la consolation de » la voir affermie par la paternelle bénédiction du Vicaire de Jésus- » Christ. »

Monseigneur le Nonce apostolique de Paris, tout en accompagnant des paroles les plus flatteuses pour l'instilut la demande ci-dessus ainsi que les règles, explique clairement le désir du digne fondateur. Il demande que le Saint-Siège daigne pour le moins, avec un rescrit pontifical, louer et encourager l'institut. La dépêche de Monseigneur le Nonce porte que si Sa Sainteté daignait favoriser les vœux de ce respectable vieillard, ce serait pour lui une consolation inexprimable, et un précieux trésor qu'il croirait laisser à son institut.

Le consulteur de la S. C. a émis l'avis le plus favorable. Après avoir relaté tout ce qu'il y a de prudence et de perfection dans les règles, il dit qu'avec des moyens aussi excellents, il est moralement impossible de n« pas avoir un frère qui ne soit, selon l'intention du vénérable fondateur, détaché entièrement des choses de la terre , doué de l'esprit d'obéissance , d'humilité , et d'abnégation. Après avoir analysé les titres qni forment les constitutions , ainsi que les instructions , règlements et avis que le pieux instituteur adresse à ses frères dans leurs diverses situa-

lions; après avoir examiné son testament, qui est un abrégé de ses statuts et de ses ferventes recommandations , le consulteur confesse que rien ne manque pour former dans les frères une vie vraiment religieuse et apostolique. Il se répand en éloges et en espérances au sujet de cet institut , fondé par seule affection de piété envers Dieu, et d'amour pour les âmes. Attendu la sagesse qui reluit dans les règlements, et la pieté qu'on inspire envers Dieu, ainsi que le zèle dont ces frères ne peuvent manquer d'être animés pour l'instruction chrétienne , ce qui constitue les vrais caractères spéciaux de l'institut ; considérant les effets salutaires qu'il a déjà produits parmi les populations , ce qui est attesté non-seulement par la satisfaction et la consolation, mais encore par le désir très-prononcé qu'éprouvent tant d'évèques au sujet de sa conservation ; prenant en considération l'appel de l'épiscopat anglais qui veut se servir de lui comme d'un modèle dans l'œuvre de la sanctification des âmes ; confiant et laissant à la bonté de Dieu, à la prudence très-sage de l'Eglise, à l'expérience du temps, l'approbation formelle des constiîulions ; le consulteur est d'avis que N. S. P. le Pape peut librement, par lettre en forme de bref , prononcer une parole de louange , non-seulement au pieux fondateur, mais aussi à l'institut des Frères qu'il a engendrés. Cette simple louange, avec laquelle l'Eglise a coutume d'encourager les pieuses institutions, produit les eftets les plus consolants. Les Frères seront portés de plus en plus à opérer leur salut et le salut d'autrui par l'accomplissement des promesses faites à Dieu. L'institut se propagera plus facilement, et le respectable fondateur verra, sans inquiétude, approcher le moment de son trépas. On reconnaîtra une fois de plus que ni le sang ni la chair ne dirigent l'Eglise dans ses éloges, ou dans sa désapprobation , mais c'est la vertu , et la vertu seule , qu'elle encourage et récompense. Elle loue et elle bénit les vertus et les œuvres saintes de l'abbé Jean-Marie de Lamennais , comme d'un autre Jacob ; elle réprouve et elle condamne les erreurs de l'abbé François-Xavier de Lamennais, comme d'un autre Esaù. Elle prie pour tous les deux, pour la plus grande sanctification de l'un et pour le retour de l'autre.

Lorsque le Saint-Siège juge qu'on ne peut pas procéder à l'approbation d'un institut , ou bien parce qu'il n'est pas propagé suffisamment à raison du temps, des lieux et des personnes, ou bien parce que les constitutions ne sont pas sanctionnées par l'expérience ; alors il a coutume de l'encourager, soit en applaudissant au zèle de l'instituteur, soit en louant le but de l'institut , ou bien en louant l'institut lui-même. Quelquefois , le Saint-Siège prononce cette louange par des leltres in

forma brevis. Dans le cas actuel , le consulteur opine pour ce dernier mode.

Bien qu'il ne soit pas question aujourd'hui d'approuver l'insiilul et ses constitutions, ce ne sera pas inutile d'observer que cette aggrégation de Frères qu'on désigne depuis trente ans sous le nom de Congrégation dix Frères de l'Instruction Chrétienne, bien que sainte et louable en elle-même et dans ses oeuvres , ne pourra pourtant , à parler canoniquement , être rangée parmi les instituts religieux que lorsque ses membres professeront , non-seulement le vœu d'obéissance , mais les trois vœux ordinaires de chasteté , de pauvreté et d'obéissance. Si la constitution Ascendente Domino de Grégoire XIII a tranché toutes les anciennes controverses en définissant que les vœux simples suffisent pour constituer un véritable institut religieux, toutefois une maxime incontestable est que les trois vœux de pauvreté , de chasteté et d'obéissance sont une condition intrinsèque et essentielle pour un état religieux. « Ad essenliam cujuslibet regularis religionis requiruntur tria subslantialia vota nempe obedientiae , paupertatis et caslitatis ; adeo ut sine illis religio aliqiia proprie dicta nullalenus consistere possit. S. Thom. 1. quaest. 188, art. 1 et communis. Dicta tria vota sunt de essentia religionis ex jure divine , adeo ut nec Papa possit dispensare in sensu composite, qued aliquis sii et maneat proprie religiosus, et tamcn non sit adslrictus tribus allegatis

votis et ratio est quia status religiosus secundam suam substantiam

seu essentiam non ab aliquo puro homine, sed immédiate a Christo Domino fuit institutus. Christus enim ipse homines ad tria illa consiîia evangelica est cohortatus , et ad vota de illis facienda , ut colligitur de obedieniia quae fit per abncgationem sui , et suae propriœ voluntatis ex Matth. IG, ibi : Qui vult venire post me abneget semetipsitm, etc., de paupertate ex Matth. 12, ibi : Vade et vende quœ habes, etc. De castitale Matth. 19, ibi : iS?tH( eunuchi qui seipsos ca&trnverunt propter regnum cœlorum , etc. ; adeoque dici débet esse de jure divino non pr.ec ij)iente sed consulente, ut docent comniuniter doctores (Ferraris , vejb. Votum , art. 2). B Or, bien que la pauvreté religieuse soit recommandée vivement aux frères de l'Instruction Chrétienne , pourtant ils n'émettent que le vœu d'obéissance, comme on le voit par les règles et par le cérémonial de la profession; l'essentiel manque donc pour un véritable institiM religieux.

Nous avons parlé , dans le dernier numéro, des religieuses du Saint Cœur de Marie , à Gap. Il s'agissait d'une simple louaage à donner à l'institut. La décision a été laudandum esse institution <wm professioiie vntonim simpli^'ium sub obediendti ordinarii loci.

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