‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 16 sur 104 · LE SECRÉTAIRE BAROZZI AU DUC CHARLES-EMMANUEL · texte numérisé non relu

LE SECRÉTAIRE BAROZZI AU DUC CHARLES-EMMANUEL

Ensuite est arrivé Rubens qui m'a remis un paquet contenant plusieurs lettres de Tabbé Scaglia.

J'ai fait connaître à Rubens quelles obligations on devait à Votre Altesse pour le bon accueil qu'on a fait ici à mes efforts pour soutenir les intérêts de son roi. Il Ta reconnu et m'a avoué qu'en Espagne ils en avaient eu les preuves palpables par les lettres que j'ai écrites à l'abbé et que Rubens avait communiquées aux ministres.

Rubens a vu le roi, et lui a largement expliqué le but de sa mission, tant pour une suspension d'armes que pour la conclusion de la paix et d'une ligue étroite entre l'Espagne et l'Angleterre, sans que je puisse reproduire exactement les détails de l'entrevue.

Le roi répondit à Rubens sur le principal point de son discours que

raccord intervenu entre lui et la France n'était qu'une suspension d'armes et 6 juin 1629.

qu'il romprait à l'instant avec elle s'il pouvait s'entendre avec l'Espagne.

Quant à la suspension d'armes entre l'Angleterre et l'Espagne, le roi la rejeta complètement et ordonna à Rubens de ne point en dire un mot à aucun de ses ministres, excepté au grand trésorier, parce que, dit-il, ils envisageraient la proposition comme un artifice de l'Espagne pour tromper l'Angleterre et pour profiter de. cette suspension, afin d'obtenir pour elle-même certains avantages. Que si l'Espagne avait prévenu la France, la chose aurait été possible, mais qu'à l'heure actuelle le siège de Bois-le- Duc y apporterait de grandes difficultés et longueurs.

Quant à la manière et aux pouvoirs de conclure une paix complète et une union entre sa couronne et celle d'Espagne, il exprima le désir que l'Espagne choisisse comme lieu de réunion de la négociation la Flandre et non l'Espagne, contrairement au désir exprimé autrefois par lui.

Quant au Palatinat, le roi n'est pas satisfait que la satisfaction proposée par Rubens au nom de son roi consiste seulement dans les bons offices que l'ambassadeur et d'autres feront, au nom de l'Espagne et de l'empereur, auprès de la Bavière et d'autres protestants.

Rubens répondit au roi que l'on devait se détromper en Angleterre si on s'imaginait que l'Espagne pouvait faire rendre au Palatin ses États immédiatement et que l'Espagne, en s'attribuant ce pouvoir, tromperait l'Angleterre ; qu'il ne fallait attendre ce résultat que de négociations. Il ajouta que dans le temps du plus grand désaccord entre l'Espagne et l'Angleterre il avait fait un exposé approuvé par le roi, où il était dit que Sa Majesté se contenterait de la promesse de l'Espagne de faire les démarches en question, ce que l'Espagne refusa de faire alors, et cet écrit, il en est porteur. Il dit encore que si l'Angleterre pensait que l'Epagne voudrait faire une guerre à l'empereur et à la Bavière et à d'autres pour faire restituer le Palatinat, elle se trompait, l'Espagne étant plus intéressée à être en bons termes avec ces gouvernements qu'avec celui de l'Angleterre.

Ensuite Rubens a dit que l'Espagne avait entre les mains la conclusion d'un traité avec la France et qu'elle l'accepterait si sa mission ne produisait aucun résultat.

Tout cela Rubens m'a dit s'être passé dans l'audience royale ; il l'a rapporté ensuite au grand trésorier qui, selon la volonté du roi, devait être informé de tout ; il lui aurait fait savoir ensuite avec quels autres ministres il aurait encore à parler.

La Sérénissime Infante s'est servie de l'argent que Rubens a apporté pour Soubise, à cause du besoin qu'a fait naître Bois-le-Duc en alléguant qu'elle

6 juin 1629. ne pouvait croire qu'ici on serait assez perfide pour se tourner contre la France trois jours après s'être entendu avec elle. Elle a écrit en Espagne pour que Ton réunisse de nouveau de l'argent pour Soubise, vu que le temps que durera la négociation de Rubens en donnera. le loisir, et surtout parce que Rubens a reçu l'ordre de ne pas s'attirer des difficultés avec Soubise aussi longtemps que les traités ne sont pas conclus.

COMMENTAIRE

Ï^B. lettre de Barozzi est écrite le lendemain de l'arrivée de Rubens à Londres. Débarqué à Londres, le mardi 5 juin, Charles I le reçut le lendemain matin. Dans le courant de la même journée, Rubens doit avoir communiqué à de Barozzi ce qui s'était dit dans l'entrevue du monarque avec l'artiste. La relation qu'en fournit l'agent du duc de Savoie est indubitablement conforme à la vérité. Le roi d'Angleterre insistait pour obtenir un traité de paix et non une suspension d'armes. Il se méfiait, et non sans raison, des dispositions de l'Espagne qui cherchait à traîner les choses en longueur et qui, au moment où elle entrait en pourparlers avec l'Angleterre pour amener un accord entre les deux pays, traitait avec la France pour faire de commun accord la conquête de la Grande-Bretagne. Rubens prit à tâche de détromper Charles I sur le pouvoir que celui-ci reconnaissait à l'Espagne de faire restituer au Palatin ses États, car la grande préoccupation du roi d'Angleterre semble toujours être la malheureuse position faite à son beau-frère et à sa sœur par la guerre contre l'empereur et les princes allemands. La menace de Rubens concernant le traité que l'Espagne conclurait avec la France, si sa démarche ne réussissait pas, n'était pas vaine, comme nous venons de le rapporter.

Bois-le-Duc avait été investi par Frédéric-Henri dans les premiers jours de mai 1629 ; la ville capitula le 17 septembre suivant.

DXCII

,5 juin ,629. LE SECRÉTAIRE SIR JOHN COKE A JACQUES HAN.

Yours of the two and twentieth of your May came to my handes the second of our June which I was glad to receave for that it gave me notice of two of mine sent by your new direction before which I

was fearfull to write but I caused my nevew to write by several wayes is juin 1629.

in hope that if one missed another would speed well. I muste confesse

I am at this time put to extreame straights for money which was not

soe scarce in court this hundred yeares for in truth the King and ail

his followers are in gréa te necessitie therefore I muste beseech you to

use ail the speede you can to helpe me and to beleeve that if ther were

not very great cause I would not presse you in thèse your great

occasions to use money. (i) For the weeke before Withmonday heere came

a gentleman sent by Queene mother of Frannce to see our Queene

after she had miscarried this gentleman talked very highly of his

master's exploits in Italy where he assured us he would finde the King

of Spaine soe much to doe as he should not be able to direct the siège

at Bolduke. Much other braving speeches he used amonge us by which

we collected that the tearmes between Spaine and France are not very

good and therefore our French party presse harde that embassadors may

be speedily sent to settle our peace with Frannce which ail our Scottish

Courtiers and very many English prefer before peace with Spaine and

amonge them none playeth the juggler better than doth your faithfull

servant the Earle of Carlile who doth discover ail he thinkes for Spanies

disadvantage to his frendes in Frannce assuring them' that the Lordes

overheere is ail Spanish insomuch as in truth both the Queene heere

and the French in Frannce are somewhat jealous of him yeat I doubt

not but Ruben will let you know that noe man seemes more glad of

his cominge than Carlile doth. Within a few dayes Sir Thomas Edmondes

sets forward embassadour into Frannce and Monsieur de Château Neuf

comes from Frannce hither for our greate Earle when he considered

the charge of the journey was put into a fever so that he being staid

the great Embassadour that should hâve come from Frannce is also staid.

The Abbott of Scallia doth in his laste letters taxe us for our sudaine

concluding the peace with Frannce who as he writeth doth seeke a

peace with Spaine w""^ wilbe in our power to hinder. But the Duke of

Savoy himselfe hath written a very kind letter to the Tresorer without

(i) A partir d'ici, la lettre, traduite en Espagnol, est répétée dans une dépêche qui fut envoyée par rinfante Isabelle et Pedro de San Juan à Pliilippe IV et qui fut produite dans la séance du Conseil d'État à Madrid le 24 juillet 1629. Elle s'est conservée à l'Archivio General de Simancas, Secretario de Estado, Legayo 2043, fol. 168 à 175.

i5 juin 1629. touching upon that business. Upon our Whitmonday Sir Harry Vane and young Weston returned home from the H âge having left the Kings sister and her husbande well prepared. to a peace with Spaine but the Hollanders are soe high in the instep as they will scarce give eare much less crédit to any speech tendinge to a peace betweene Spaine and us. Sir Thomas Roe is going Embassador to the King he stayes chiefly for want of money and to heare whether it be true that the King of Denmarke hath made his peace with the Emperor according to a flying report we hear heere which doth trouble us much for if it should be true we hâve great cause to feare he will fall upon our English and Scottish shipping that by the Elve shall trade into the northeast partes for satisfaction of the money wee borrowed of him also for the damages he hath suffered for our engaging him in this unfortunate warre which if he shall doe our marchantes muste finde some other waye for their trade which wilbe longe in doing except a peace may be made with the house of Austria or at least with Spain. Upon Tuesday in our Whitson weeke Rubens the painter came to London and was lodged at his familiar frendes house called Jarbier a man well known among you. We understande he is qualifyed a Secretary du conseil privé but what that is wee doe not yeat well understande. The king having notice of Rubens being corne upon Tuesday night ordered that he should come to him at Greenwich wher his Majestie now lyeth before the Wednesday morning wither Ruben came accordingly and was brought to the Kinges Présence who used him graciously and gave him a fair and a full audience. At their parting he willed Rubens that he should goe to London and acquainte the Lorde Tresorer whit that he had sayd to his Majesty. After he came from the King Carlile entertayned him with great affection and as I think invited him to dine with him but I hear Mons : Rubens and Carlile had noe speech of his business for the King had willed him that he should noth speak of it but to the Tresorer to whom Ruben addressed himselfe that afternoon with the same discourse which the King had in the morning and delivered his lordeship a very kinde letter from Olivares from whome alsoe he brought another letter to the Chancellour of the Exchequer Sir Francis Cottington but spake not a worde to him of his business at that time. Upon the next day which was Thursday the Lorde Tresorer went to

Court the King as soone as the Tresorer came sent for the Lord i5 juin 1629,

Steward Pembroke to whom he had before broken the business with

thèse two the Kinge consulted longe but nothing was then resolved on

in particular but that Cottington shoulde be called into the business on

Friday Secretary Carlton feasted Mons : Ruben when he was accompanied

with my lord Tresorer's eldest sone and Sir Harry Vane on the next

day he dined with the Lord Tresorer with whome he had long discourse

after dinner. Upon Sunday our laste of May the Tresorer and Cottington

went to Courte when it was resolved that Mons : Ruben should meete

with them two and Pembroke at the Lorde Tresorer's house at London

whither Mons. Ruben came and spent with them somewhat more than

an hour and was broughte downe to his coach by the Chancellor

Cottington what the passages were at that time I leave to Mons : Rubens

owne relacion to answer to the demandes you make in your laste and

firste I assure you ther is noe exception taken to his person as you may

guesse by his entertainment but it is conceaved that what he brings is

farre shorte of that his letter formerly written to Sir Francis Cottington

promised. What the answere wilbe it is to soone to judge but I doe

finde them that hâve to doe with the business to like better to treat of

a peace than a cessation of armes. You see by the few that negotiate

the business how few frendes you hâve in our Courte and one of three

named is not to be relyed upon. There is noe more welwishers to the

business but Dorset and Arundell who is growen soe froward and

discontented as he carès not to attend any business the only man you

may hope of is Cottington to whome Ruben may adresse himselfe being

a wise and an honest and in very good esteeme with our Kinge.

London our fifte of May (June), I pray you faile not as speedely as

you can to advertise me of the receite of this. I kisse your handes.

Sur le couvert extérieur •*

Au sieur Jaques

Han merchand au

Anvers.

Sur le couvert intérieur :

A Mons " Mons " Damville à Liège.

i5 juin 1629. Dans le haut près du mot « Copia » se trouve écrit par l'honorable George Lamb : « le 5 juin

Communiqué par Noël Sainsbury.

TRADUCTION

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