‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 18 sur 104 · TRADUCTION, DUDLEY CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD DORCHESTER · texte numérisé non relu

TRADUCTION, DUDLEY CARLETON AU SECRÉTAIRE LORD DORCHESTER

La Haye, — juin 1629.

Très honorable et bien aimé Seigneur.

Joachimi a fait savoir ici que quoique Rubens soit arrivé à Londres, il n'a apporté ni lettres de créance ni le moindre document authentique ou important, et qu'il existe d'autres pièces qui le tiennent en arrêt et le forceront à faire quelque chose de rien. Mais s'il en est ainsi, je m'étonne d'une lettre. que le second de ce mois (i) j'ai reçue de Sir Henry Vane, dans laquelle il me fait savoir que Rubens est arrivé et qu'à son avis il sera de retour ici endéans le mois ou les six semaines au plus tard. J'espère que Votre Seigneurie voudra bien m'éclairer quelque peu touchant ces mystères qui éloignent de nous les ministres du Danemark. Ceux-ci allèguent pour leur raison qu'ils concluent un traité avec l'Empereur, parce que Sa Majesté négocie un traité avec l'Espagne et voudrait également les devancer à faire la paix.

COMMENTAIRE

Joachimi, ambassadeur des Provinces-Unies à Londres en 1 629-1630. Il s'efforçait de contrecarrer de toutes manières Rubens dans le cours des présentes négociations. Le i5 juin 1629, il écrit aux États-Généraux : « A chaque occasion je remontre aux Seigneurs combien il est nuisible pour le bien commun et combien préjudiciable à la réputation du roi d'Angleterre qu'il s'engage dans ce traité avec l'Espagne. (By aile occasien vertoone ick aen de heeren hoe schadelyk dat het is voor de gemeene saecke ende prejudiciabel aen de reputatie van den coningh dat Syne Majesteit haer inlaete in tractaet met Spangien) (2).

(i) — juin.

(2) Lettre de Joachimi aux États Généraux du i5 juin 1629, aux Archives du royaume à La Haye, citée par Gachard, op. cit. p. 126.

ai juin 1629. La paix entre TEspagne et TAngleterre devait avoir comme conséquence nécessaire pour les Provinces-Unies la suppression de tout secours et de toute diversion de la part de TAngleterre. On comprend donc de quel œil inquiet le représentant de la Hollande regardait les allées et venues de Rubens.

Non moins mécontent de cette ingérence du peintre-diplomate se montrait l'ambassadeur de Venise Alvise Contarijii. Dans sa dépêche du 8 juin 1629, il rapporte que Rubens fut bien accueilli par les ministres du roi Charles I et était tenu en grande estime par eux. Le comte de Carlisle, dit-il, donna un banquet en son honneur (vendredi, 8 juin), le jour même où la dépêche fut rédigée. Contarini s'en prend à la personne même de Rubens et le dépeint comme un homme ambitieux et avide qui songe surtout à faire parler de lui . et à obtenir quelque faveur (Il Rubens è huomo ambitioso et avido : onde si puô creder che miri più tosto a far parlar di lui et a qualchè buon présente.) (i) Il représenta au roi que l'arrivée de Rubens à Londres aurait pour conséquence d'affaiblir tous les amis de l'Angleterre par suite des jalousies suscitées entre eux ; que tout ce qui plaisait aux Espagnols devait déplaire aux Anglais, puisque leurs intérêts étaient contraires (Che la venuta di Rubens mirava ad indebolir tutti gli amici di questa corona con le gelosie ; che tutto quello che piaceva a Spagnuoli doveva dispiaccer ail' Inghilterra, essendo contrarii gli interessi.) (2) Le roi répondit à l'ambassadeur : « J'ai signé la paix avec la France pour l'avantage de la chrétienté et conformément à mes maximes constantes à l'égard du bien public. Maintenant il est au pouvoir des Français, s'ils le veulent, de dissiper toutes ces ombres de peintres et d'autres, dont vous me parlez ; mais je ne sais que penser d'eux, car à l'improviste ils sont entrés en guerre ouverte avec les Huguenots (3) (Ho fatto pace con la Francia per avantaggio di christianità et per continuar le mie solite massime verso il ben pubblico. Hora stà in petto de Francesi, se vogliono, di andar dissolvendo tutte queste ombre de pittori et d'altro che mi avete accennato : ma non sô che creder di loro, perché subito sono entrati in una guerra aperta contro ugonoti.) (4)

(i) Archives de Venise. Extrait. Publié par Gaghard, op. cit. p. i25.

(2) Autre dépêche de Contarini du 8 juin 1629, Archives de Venise, Gachard, Ibid. p. 126» (3j Allusion à l'expédition dirigée par Louis XIII contre les Huguenots du Midi de la France (4) Même dépêche de Contarini, 8 juin 1629.

DXCIV L'ABBÉ DE SCAGLIA AU COMTE DE CARLISLE. 23 juin 1629-

(EXTRAIT)

Mo7tsieur.

Pour ce qui est de moy, j'ay veu par vostre dernière (qui est du 27 Avril) rhonneur que le Roy de la G® Bretagne me faict; lequel je ne sçaurois n y mériter n'y espérer : bien je vous asseure que je ne sçaurois servir à Mons^ le Pr*'" de Piedmont avec plus d'affection et de fidélité de celle que j'auray tousjours envers le Roy de la Gr : Bretagne et de son service, et que je me diraij toute ma vie vostre esclave pour le bien que j'ay receu de vostre main qui a esté de me faire serviteur â un si grand Roy et si bon maistre. Pour ce qui est de l'affaire, je suis en attendant une despeche en responce de celle, que Monsieur Rubens a porté, que j'espère qu'elle sera avec la personne, qu'estoit destinée icy. Et après je partiraij pour l'Italie et peult-estre que je auray le bien de vous voir, et que mesme il sera nécessaire que vous faisiez un bon voyage pour l'accomplissement de ceste grande affaire, laquelle fera de plus grands effectz dans le deçà que ceux qui ne le désirent pas ne sçavent attendre.

Monsieur V" très h^^" & très obéiss

serviteur

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