‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 2 sur 104 · TRADUCTION. ■ L'INFANTE ISABELLE A PHILIPPE IV · texte numérisé non relu

TRADUCTION. ■ L'INFANTE ISABELLE A PHILIPPE IV

L'autre jour est arrivé ici Tabbé Scaglia, ambassadeur de Savoie, revenant d'Angleterre et il a rapporté ce que Votre Majesté verra par la relation ci-jointe. Avec lui est venu Gerbier, celui qui entretient une correspondance avec Rubens, et il a déclaré ce qui est rapporté dans la même relation. Il est parti avec Tabbé de Scaglia pour la Savoie, d'où, d'après ce qu'il dit, il passera en Espagne. Avec eux est venu également Monsieur Antonio (i) Porter,

(i) Dans les documents Porter est nommé tantôt Antonio, tantôt Endymion. Sa famille était anglaise, mais il était né à Madrid et avait même été page du Comte-duc d'Olivarès.

6 septembre i628. qui se rend dans cette Cour en compagnie de don Francisco Zapata. Je m'en remets au rapport qu'ils feront quand ils arriveront à Madrid et j'ai cru utile de rendre compte à Votre Majesté de ce qui s'est passé ici et de l'informer qu'ils ont été bien reçus et hébergés.

De Bruxelles, le 6 septembre 1628.

Relation jointe a la lettre de l'Infante.

L'abbé Scaglia, ambassadeur de Savoie, qui vient d'Angleterre, a rapporté ce qui suit :

Aussitôt qu'il est arrivé en Angleterre, il fit des démarches auprès du roi pour l'engager à conclure la paix avec Sa Majesté Catholique, convaincu que de cette manière il répondait aux intentions du duc de Savoie. Lorsqu'il vit que le roi était animé de bonnes intentions envers Sa Majesté, il continua la négociation avec plus d'insistance. Le roi et le duc de Buckingham s'y montrèrent toujours bien disposés et le prièrent de se rendre en Espagne, pour s'occuper de cette affaire ; mais lui s'y refusa à cause de la mission dont il était chargé.

L'Angleterre persiste à vouloir comprendre dans le traité l'électeur palatin, le Danemark et les rebelles de la Hollande pour les raisons connues, et quant aux Hollandais en particulier, elle voulait conclure avec eux une ligue offensive et défensive de quelques années de durée, contre ceux qui auraient l'intention de leur enlever leur prétendue liberté.

En voyant les délais et les difficultés qu'il y avait à craindre, l'abbé propose pour quelque temps une suspension d'armes entre Votre Majesté et l'Angleterre, pendant laquelle on négocierait la paix et l'on traiterait des intérêts des parties engagées et des amis des deux couronnes en leur laissant la faculté d'entrer dans la suspension d'armes s'ils le voulaient. De cette manière, on ne donnerait à personne des raisons de se plaindre que les deux couronnes manquent à leurs obligations.

Buckingham lui avait dit : « Faisons notre paix avec l'Espagne et arrangeons » l'affaire du palatinat et ensuite les Hollandais feront ce que nous voudrons. »

L'ambassadeur montra qu'il était au courant de tous les pourparlers qui avaient eu lieu par l'intermédiaire de Rubens parce que Buckingham les lui avait communiqués et il était accompagné de Gerbier qui est l'intermédiaire de cette négociation.

Il insista beaucoup pour que l'on agisse rapidement dans cette affaire à cause des accidents qui pourraient y jeter le trouble et particulièrement à cause des bruits qui courent sur la paix à conclure avec la France, et aussi de

Tinconstance de la Cour et des affaires en Angleterre ; il conseille de faire 6 septembre 1628. dire par Antoine Porter qui se rend en Espagne que, non seulement à Londres on est disposé à la paix, mais qu'on n'insisterait pas trop sur les conditions de cette paix ou de la suspension d'armes, afin de ne pas perdre de temps et de prévenir des changements dans les idées.

Ledit abbé déclara que, si l'on insiste encore spécialement sur la sécurité et la liberté des catholiques, tout sera rompu et qu'il convient de ne point en parler, et qu'en agissant ainsi on pourra traiter et avancer plus facilement.

Il dit encore que le duc de Savoie pourra exercer une grande influence en cette négociation par la confiance qu'en Angleterre on -place en lui, que le duc est très intéressé à ce que le roi d'Angleterre ne s'entende point avec la France et qu'ainsi il s'emploiera avec zèle au rétablissement de la paix entre l'Angleterre et l'Espagne. Il affirme avoir reçu la promesse de Buckingham que son souverain ne prendrait aucun engagement envers la France avant d'avoir reçu la réponse de l'Espagne.

Il ajouta qu'en Angleterre on désire que Bruxelles soit le lieu choisi pour la négociation de la paix pour diverses raisons et particulièrement parce que tous les intéressés arriveraient plus facilement dans cette ville.

Il offre de venir ici et d'aller partout où il conviendrait pour faciliter la négociation dans laquelle il voudrait intervenir.

Il dit que les Hollandais refuseront autant que possible d'abandonner le soin de leurs intérêts à l'Angleterre, parce qu'ils craignent qu'elle chercherait à faire les affaires du palatin à leur dépens.

La restitution de ses États au palatin' devant faire la principale difficulté de la négociation, il met en avant l'idée de marier le fils aîné de ce prince avec une des filles de l'empereur ; de cette manière on croira que l'intention de restituer au palatin ses États est sérieuse ; on assurerait la- succession en Angleterre à un Catholique, mais on devrait se garder de faire connaître cette intention, autrement qu'avec prudence, pour ne pas effaroucher les Anglais.

Il propose que, pour se garantir contre la France, le roi catholique aide les Huguenots, que le duc de Bouillon soit fait chef de ceux de la Normandie et des provinces voisines et qu'on secoure La Rochelle.

De son côté, Gerbier déclara dans le plus grand secret et sans que l'abbé ni Porter en sussent rien, que les membres du Conseil d'Angleterre inclinent unanimement vers la paix avec la France et qu'ils avaient persuadé au roi de donner l'ordre au duc de Buckingham, si les Français lui faisaient des propositions avant qu'il tentât de secourir La Rochelle, d'y prêter l'oreille. Pour ces motifs, il sera bon de hâter l'affaire.

6 septembre 1628. COMMENTA IRE.

L'abbé de Scaglia revenant d'Angleterre passa par Bruxelles avec Gerbier qui raccompagnait en Savoie, Endymion Porter et avec don Francisco Zapata. Ces deux derniers se rendaient en Espagne pour suivre les négociations de Rubens et pour y intervenir officieusement au besoin. Dans sa lettre du 6 juillet 1628, le roi avait écrit à l'Infante qu'elle pouvait donner un passe-port à quelqu'un qui serait envoyé par les Anglais dans l'un ou l'autre port de Biscaye.

L'abbé de Scaglia joue en ce moment à l'homme important et il était mieux en position de le faire avec un certain droit qu'auparavant : son maitre le duc de Savoie s'était reconcilié avec Philippe IV et les deux souverains s'étaient ligués pour disputer le Montferrat au duc de Nevers, Charles de Gonzague, successeur de Vincent de Mantoue, le protecteur de Rubens. (i) Les Français se disposant à marcher au secours du duc de Nevers et le roi d'Espagne, craignant qu'ils ne fissent la paix avec l'Angleterre pour avoir les mains libres de ce côté, chargea l'Infante par lettre du 17 août 1628, de donner suite aux ouvertures que Gerbier lui avait faites de la part du duc de Buckingham. (2) Tout concourait donc à favoriser les efforts de Rubens au moment où celui-ci arrivait à Madrid.

C'était, comme nous l'avons dit, dans la première moitié du mois de septembre (Voir plus haut IV, 233) ; il y resta jusqu'au 29 avril 1629. Nous ne savons pas par le détail ce qu'il y fit dans son rôle d'agent diplomatique, aucun document officiel, pouvant nous renseigner à ce sujet, n'étant encore découvert. Mais nous avons la certitude qu'il s'employa en faveur de la paix et que ses efforts furent couronnés de succès.

Le 23 août 1628, le duc de Buckingham avait été assassiné au moment où il alla s'embarquer pour La Rochelle. Cet événement ne changea point les dispositions de la Cour de Londres. Sir Francis Cottington et le grand trésorier Richard Weston, les hommes d'État les plus influents, étaient également favorables à la paix. Le premier des deux continua à promettre de se rendre à Madrid et, du côté de l'Espagne, don Carlos Coloma qui, avant la guerre, avait été ambassadeur d'Espagne à Londres et qui, en ce moment, était gouverneur de Cambrai, secondait les efforts de l'Infante pour faire aboutir les négociations. La seule influence française les contrecarrait. Richelieu cherchait à gagner l'Angleterre et lui faisait des propositions d'alliance ; les ministres de Charles I

(i) Gachard, op. cit. 99.

(2) Id. op. cit. loi.

y prêtaient Toreille et retardaient le départ de Cottington. Le 28 septembre 6 septembre 1628.

1628, la junte se réunit à Madrid pour délibérer sur les questions se rattachant

à la mission de Rubens. Étaient présents : le Comte-duc, président, Don

Augustin Mesia, Marquis de Montes Claros, Don Fernando Giron, Marquis

de Gelves, Don Juan de Villela et le Marquis de Léganès. Le Comte-duc

exposa Taffaire d'après les renseignements obtenus de Rubens et par d'autres

voies. Il fit ressortir la mauvaise foi des Anglais, leur attaque contre

Cadix, la défaite qu'ils subirent et le changement dans leurs idées qui en fut

la suite. Ils se montraient maintenant désireux de faire la paix avec l'Espagne

et avaient envoyé comme délégués Cotington et Porter. Olivarez avait donné

ordre de bien recevoir l'ambassadeur anglais dans le port où il aborderait et,

continue le procès-verbal de la junte, « celle-ci fit venir Rubens en sa présence

pour qu'il dise ce qu'il savait et ce qui lui était arrivé. En substance, il

raconta la même chose que le Comte-duc et termina en disant qu'à son avis

et d'après ce qu'il avait entendu il conviendrait que S. M. en finisse avec cette

affaire sagement et énergiquement. )>

(c Et la Junte ayant discouru sur le tout avec attention et avec le désir de bien réussir dans un objet aussi important, a été d'avis de représenter à S. M. que, ayant conduit ces négociations jusqu'au point où elles sont maintenant, il conviendrait grandement de ne point les abandonner, (i) )> Elle émit l'avis que le roi mandât au Comte-duc de les poursuivre et d'écrire de nouveau pour recommander aux ports la bonne réception de Cotington lorsqu'il arriverait.

Nous sommes mieux informés quant aux travaux de l'artiste à la Cour de Philippe IV. Le monarque espagnol, de même que son père et son grandpère, était grand amateur de peintures et Rubens ne tarda pas à gagner son admiration et à obtenir ses commandes. Si l'activité du diplomate ne porta pas immédiatement ses fruits, le talent de l'artiste fut fortement mis à contribution. Suivant Pacheco (2), il avait apporté huit tableaux qu'il vendit au roi. Lors de son séjour à Madrid, il fit cinq portraits du monarque dont un à cheval, il peignit les portraits de toute la famille royale pour l'Infante Isabelle et cinq ou six portraits particuliers, il fit la copie de nombreux tableaux du Titien. Il exécuta d'autres peintures encore pour le roi et pour les Seigneurs de la Cour. Rubens constate lui-même dans sa lettre à Peiresc du 2 décembre 1628 que le roi venait le voir presque tous les jours. Quand plus tard le monarque voudra orner son palais de chasse de la Torre de la Parada, c'est à Rubens qu'il s'adressera pour lui fournir des tableaux à cet effet. Pour

fi) Archive gênerai de Simancas. Secretario de Estado Leg. 2517, fol. 107. '2) ArU delà Pintura, Tome I, p. i32. Villaamil, op. cit. p. 137.

6 septembre 1628. d'autres palais encore il acheta du vivant du peintre et dans sa mortuaire un grand nombre de ses œuvres. Par une étrange fatalité, la moitié des tableaux de Rubens que la Couronne d'Espagne a possédés ont disparu. Cruzada Villaamil a trouvé mentionné dans les anciens catalogues des palais royaux 127 tableaux de Rubens dont 64 seulement se sont conservés.

DLXIl

12 septembre 1628. JACQUES DUPUY A PEIRESC.

Pour M"^ Rubens, on nous a dit qu'il avoit esté envoyé par Tlnfante à Venise, pour traitter de quelque afifaire qu'on ne pénètre pas, avec le comte de Carlile, et ce qui me le fait croire est qu'il y a trois ordinaires que n'avons receu de ses lettres, car le voyage dont il vous a escrit estoit de volonté seulement. Je suis bien marr}^ qu'il se soit rencontré hors du Païs au temps que M""^ de Thou (i) y sont allez pour passer ces deux mois de vacations. Il leur eust beaucoup servy quand ce n'eust esté que pour avoir sa connoissance et communication de tant de curiositez qu'il a. Ils font estât de passer en Hollande soubs la faveur de M"^ de Baugy (2) qui leur a donné rendez vous à Bruxelles à la fin de ce mois.

Publié par Ph. Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc aux frères Dupiiy, Tome I, p. go8.

(i) Deux des fils du grand historien, Achille-Auguste et Jacques-Auguste, cjui voyageaient dans les Pays-Bas pendant que leur frère aîné voyageait en Orient.

(2) Le sieur de Baugy était le résident de France à La Haye.

ULXIII

MORISOT A RUBENS. i3 septembre 1628.

Mitto ad te correctius poema, de tuo nomine etiam illustratum : ut scias me et amore magnum praeceptorem, et quae jussit, exequi. Si quid aliud habes quod jubeas, invenies obsequentem : utinam et poêtam etiam tuis picturis dignum I Sed jam artes senectute saeculorum debilitatae homines non reperiunt qui mereantur aeternitatem. Solaque hodie omnium artium pictura Rubentem unum jactat miracula penicillo facientem, superba ingenii tui dotibus, et cuncta imitantis penicilli fama. Vale.

Lutetiae Idibus Septembri anno MDCXXVIII.

Bibliothèque Nationale de Paris. (Voir la lettre du 29 octobre 1626 et les commentaires. Tome IV, p. i à 6.)

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