‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 31 sur 104 · LE MARQUIS DE MIRABEL AU COMTE-DUC D'OLIVAREZ · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE MIRABEL AU COMTE-DUC D'OLIVAREZ

Erninent Seigneur.

Ce gentilhomme qui revient d'Angleterre voyage avec tant de rapidité que je n'ai pu le retenir, je dirai donc seulement à V. E. que j'ai reçu ses dépêches du 25 juillet auxquelles, ainsi qu'à celles de S. M., je répondrai à la première occasion.

Quant à ce que j'ai appris de Rubens, il paraît que l'ambassadeur du Roi de France, qui est en Angleterre, a fait les démarches auxquelles on peut toujours s'attendre de la part de cette nation, pour que le Roi accepte son intervention tendant à le faire entrer dans la ligue offensive et défensive contre le roi d'Espagne en promettant dès à présent que son maître déclarera la guerre.

Il se pourrait aussi que les Anglais aillent de Tavant pour obliger le roi i3 août 1629. d'Espagne à marcher plus vite et pour obtenir de lui de meilleures conditions de paix.

Par la relation incluse, V. E. verra le traité avec le duc d'Orléans. V. E. s'en servira pour me faire connaître la volonté de S. M., à laquelle je me conformerai en continuant les bonnes relations et en favorisant les projets du duc suivant Tordre de S. M.. Le duc se montre aujourd'hui favorable au duc de Lorraine, je le laisse dans cette disposition, me conformant à ce que S. M. m'ordonne.

La reine très chrétienne infante est en bonne santé (grâce à Dieu), elle se trouve à St. -Germain avec le roi; le Cardinal de Richelieu est toujours en Languedoc, parce que les affaires de Montauban ne sont pas encore arrangées.

Le pli remis à V. E. est du secrétaire Juan de Necolalde; il y est rendu compte à V. E. du point où en sont les choses en Flandre. J'espère en Dieu que bientôt nous aurons de grandes nouvelles de quelque succès obtenu par les armes de S. M. dans l'affaire qui est confiée aux mains du comte Henri. Que Dieu garde S. E. comme je le souhaite. De Paris, le i3 août 1629.

Je baise les mains de V. E. et reste son serviteur dévoué

Marquis de Mirabel.

COMMENTAIRE

Le duc d'Orléans. Gaston d'Orléans, troisième fils de Henri IV et de Marie de Médicis, naquit à Fontainebleau, le 25 avril 1608, Il porta d'abord le titre de duc d'iVnjou ; après son mariage avec M^^^^ de Montpensier, en 1626, il prit celui de duc d'Orléans, qui avait d'abord été porté par son frère, le second fils de Henri IV et de Marie de Médicis, mort en 161 1, De bonne heure, il se brouilla avec le cardinal de Richelieu qui contrecarra les visées ambitieuses des favoris de Gaston et le mécontenta lui-même. Lorsque Richelieu se fut également aliéné la reine-mère Marie de Médicis, Gaston d'Orléans se ligua avec sa mère contre le ministre tout-puissant. Il quitta le royaume en 1629 et se rendit à Nancy auprès du duc de Lorraine. Le roi Louis XIII le sollicita de revenir ; en effet, Gaston revint et, en avril i63o, il fut nommé lieutenant-général du royaume. Lorsque bientôt après commencèrent les violentes dissensions entre Marie de Médicis et Richelieu soutenu par le roi, Gaston choisit le parti de sa mère et, pendant des années, sa vie ne fut qu'une suite d'intrigues et de luttes contre son frère et contre le cardinal, dont nous trouverons plus loin l'écho dans la vie de Rubens. A diverses reprises,

i3 août 1629. la mère et le fils invoquèrent le secours de l'Espagne contre le cardinal et la présente lettre du marquis de Mirabel prouve que, dès les premiers jours de leurs dissensions, ils firent appel à l'intervention de Philippe IV.

Le comte Henri. Le comte Henri van den Berg qui, en ce moment-là, commençait déjà à être suspect, sentit le besoin de faire preuve de zèle. Il passa la Meuse à Mook, le 22 juillet 1629, et établit son camp près de Kranenburg. Le même jour, un de ses lieutenants passa l'Yssel à Westervoort. Cette invasion dans leur pays causa un effroi incroyable dans les Provinces- Unies. Frédéric-Henri qui assiégeait Bois-le-Duc ne voulut point interrompre ses travaux et le pays dut s'imposer des efforts et des sacrifices considérables pour tenir tète à l'ennemi. L'espoir que l'on conçut dans les Pays-Bas espagnols ne fut pas moins excessif. L'anxiété d'un côté et les prévisions heureuses de l'autre ne durèrent pas longtemps. Les États-Généraux et leurs troupes ne perdirent pas courage ; ils continuèrent les sièges entrepris ou en commencèrent d'autres et coup sur coup Wesel tomba entre leurs mains le 19 août 1629 et Bois-le-Duc le i3 septembre. Le comte Henri van den Berg dut se retirer et l'on recommença, comme jadis, à parler des négociations entre les Pays-Bas du Nord et les Pays-Bas espagnols.

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