‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 4 sur 104 · DLXIV · texte numérisé non relu

DLXIV

2 décembre 1628. RUBENS A PEIRESC.

Molto iiiiistr. Signor viio osscrvandissimo.

Mi par mill anni di non aver inteso alcuna nova di V. S. sendo restate interotte tutte le nostre correspondenze, col mio passaggio in Spagna che la sereniss* Infanta volse si facesse con tanto silencio e secretezza, ch'ella non mi permise di veder alcun amico, ne manco il ambasciator di Spagna, ne il secretario di Fiandra résidente in Pariggi. Certo mi parv^e durissimo d'esser sforzato a passar una citta tanto arnica senza poter baciare le mani a Messieurs Dupuy ne M"^ de Saint- Ambroise et altri mei sig' e padroni, con tanto mio disgusto che difficil^^ potrei esprimerlo con termini proportionati alla mia passione e martello. lo non posso penetrare gli secreti di Principi e pero vero che il Re di Spagna mi havev^a ordinato di venire per la Posta, e forsi pensava la ser°" mia Padrona che per la molta servitu ch'io ho colla Regina Madré io sarei facilmente detenuto alquanti giorni in quella corte. lo mi m'attengo qui a dipingere come da per tutto et ho gia fatto il ritratto Equestre di Sua Maesta, con molto suo gusto e sodisfattione, che veramente si diletta in estremo délia pittura et al giudicio mio, questo Principe e dotato di bellissime parti. Io gia lo cognosco per prattica poiche havendo stanze in Palazzo, mi viene veder quasi ogni giorno ; ho fatto ancora le teste di tutta la famiglia Reggia accurata^^ con molta commodita nella lor presenza, per servicio délia sereniss""* Infante mia sig" la quale mi ha dato licenza di poter al mio ritorno pigliar la giravolta d'Italia, e percio spero piacendo al sig^ Idio di prevalermi délia occasione del passaggio délia Regina d'Ungaria da Barcelona a Genoa, che si tiene per certo sara al fine del mese di Marzo prossimo, e potria esser che questa mia Peregrinatione si divertisse un poco délia strada Reggia verso la Provenza non per altro che per far riv^erenza al mio signor Peiresio, e goder qualche giorni délia gratissima sua presenza in casa sua propria, che deve essere un compendio di tutte le curiosita del mondo. Io vidi detorgendo un poco il camino, Tassedio délia Rochella, che mi parv^e un spectaculo degno dogni ammiracione, e mi

rallegro con V. S. e con tiitta la Francia, ansi con tutta la Cristianita 2 décembre 1628. per il successo di questa gloriosissima impresa. E non avendo altro per adesso finiro con baciar a V. S. e al S^ di Valavez di verissimo cuore le mani, e pregarli di conservarmi nella lor buona gracia.

D. V. S"" molt Illusr^ Devotissimo servitore

PlETRO PaUOLO RuBENS.

Di Madrid, il 2 di décembre 1628.

Spero che V. S. haveva gia ricevuto il mio ritratto che consignai molti giorni, inanzi la mia partenza d'Anversa, al cogniato del S"" Pycqueri corne egli mi haveva ordinato.

Non ho riscontrato sin adesso in questa terra alcun Antiquario, ne visto medaglie ne camei di sorte alcuna che forsi manca per le mie occupacioni, e per cio men inquirero con maggior diligenza, et avisaro V. S. a suo tempo, ma credo ch'io farô questa diligenza in vano.

Il manque une partie de cette lettre, celle relative à Cossiers (Voir plus loin la lettre de Peiresc à de Vries du 2 février 1629), à moins que cela ne se trouve dans une autre lettre perdue.

Autographe à la Bibliothèque de La Haye, Ms. A i32.

Copie dans MoLS, Bibliothèque royale de Bruxelles. MS. 5726", p. 169.

Publié par Ch. Ruelens, P. P. Rubens, Documents et lettres, 1877, P- 141» ^^ par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 180.

Analysé par Cachet en onze lignes, op. cit. p. 220.

TRADUCTION

RUBENS A PEIRESC

Mofisietir.

Il y a un siècle, me semble-t-il, que je n'ai reçu de vous aucune nouvelle. Toute notre correspondance a été interrompue par un voyage en Espagne que la Sérénissime Infante m'a ordonné de faire avec tant de mystère et de célérité, qu'elle ne m'a pas permis de voir un seul ami, pas même l'ambassadeur d'Espagne, pas même le secrétaire de Flandre résidant à Paris. Certes, c'a été pour moi chose très dure que de traverser une ville que j'aime tant sans pouvoir baiser les mains à Messieurs Dupuy, à M. de Saint- Ambroise et à

2 décembre 1628. d'autres personnages qui sont mes protecteurs. Pour vous exprimer le déplaisir que cela m'a causé, je trouverais difficilement des termes proportionnés à mon désir et à mon chagrin. Je ne puis pas pénétrer les secrets des princes : mais il est vrai que le Roi d'Espagne m'avait ordonné de venir par la poste, et peut-être ma sérénissime maîtresse a-t-elle pensé qu'à cause des grandes obligations que j'ai à la Reine-Mère, j'aurais pu être retenu pendant quelques jours dans cette cour. Je m'occupe ici à peindre, comme je le fais partout, et j'ai déjà exécuté le portrait équestre de Sa Majesté le Roi, qui Ta bien goûté et en a été très satisfait. Il semble vraiment prendre un plaisir extrême à la peinture et, à mon jugement, ce prince est doué des plus belles qualités. Je le connais déjà pour m'être entretenu avec lui ; comme j'ai un appartement dans le palais, il vient me voir à peu près tous les jours. J'ai fait aussi les portraits de toute la famille royale, exactement et avec toute facilité, en leur présence, pour le service de la Sérénissime Infante, ma souveraine. Celle-ci m'a donné la permission de prendre par l'Italie pour revenir et j'espère, s'il plaît à Dieu, profiter de l'occasion du passage de la reine de Hongrie de Barcelone à Gênes, qui aura lieu à la fin de mars prochain ; il se pourrait que je me détournasse un peu de la route royale pour aller en Provenfce rien que pour aller saluer mon cher Peiresc, afin de jouir pendant quelques jours de sa présence si désirée, dans sa propre demeure qui doit être l'abrégé de toutes les curiosités du monde. En me détournant un peu de mçn chemin, j'ai vu le siège de La Rochelle qui m'a paru un spectacle digne de toute admiration, et je me réjouis avec vous et toute la France, et aussi avec toute la Chrétienté, du succès de cette glorieuse entreprise.

N'ayant rien de plus à vous dire, je finis en vous baisant les mains à vous et à M. de Valavès du meilleur de mon cœur et vous prie de me conserver dans vos bonnes grâces.

Je suis. Monsieur,

Votre très dévoué serviteur, Pierre-Paul Ruhexs.

De Madrid, le 2 décembre 1628.

P. 5. J'espère que vous avez reçu déjà mon portrait que j'ai confié, longtemps avant mon départ d'Anvers, au beau-frère de M. Pycqueri, ainsi que vous me l'avez ordonné.

Je n'ai rencontré, jusqu'ici, en ce pays, aucun antiquaire, ni vu des médailles ou des camées d'aucune espèce, peut-être à cause de mes occupations; ainsi, je vais faire des recherches avec plus d'activité et je vous en tiendrai au courant; néanmoins je crois que toutes mes diligences seront vaines.

COMMENTA IRE. 2 décembre 1628.

La reine de Hongrie. L'Infante Marie-Thérèse, sœur de Philippe IV, fut fiancée, le 5 avril 162g, au roi de Hongrie, Ferdinand, le futur empereur Ferdinand III. Elle ne fit point le voyage de Barcelone à Gênes dont Rubens parle ici. A cause de la peste, qui régnait dans le Nord de l'Italie, elle prit par Naples où elle arriva le i3 août suivant et d'où elle ne partit pour l'Autriche que le 18 décembre.

Le portrait de Rubens. Dans cette lettre du 2 décembre 1628 Rubens affirme que, longtemps avant son départ, il avait remis son portrait, destiné à Peiresc, au beau-frère de M. Picquery. Nicolas Picquery avait épousé Elisabeth Fourment, le 23 octobre 1627, ^^ s'était établi à Marseille. Son beau-frère devait donc être un Fourment et Rubens doit avoir confié à celui-ci le portrait en question au moment où il se rendait à Marseille. Par une lettre du 24 août 1628, Rubens avait déjà annoncé cet envoi à Peiresc. Au mois d'ayril 162g, le portrait n'était pas encore arrivé à Aix. Le 4 juillet i63o, Valavès fait enfin savoir à Rubens que Peiresc vient de recevoir la peinture. Elle se trouve actuellement encore à Aix en Provence en possession de la famille Roux Alphéran de la Lauzière. [Œuvre de Rubens, N^ 1045.)

DLXV

PEIRESC A PIERRE DUPUY. 19 décembre 1628.

. . . . J'ay depuis receu de Seyde un pacquet de M^ de Thou qui sera cy joinct, avec une lettre qu'il m escript du 3o Octobre et celle du sieur Estelle, vice consul de Seyde, où vous verrez son partement pour Hierusalem, ensemble une du sieur Valbelle, lieutenant de TAdmiraulté de Marseille, qui s'attend à le recevoir et loger à son débarquement, comme nous de le gouverner un peu en cette ville en une maison qui luy est entièrement desvoùée, si nous sommes si heureux qu'il vienne par icy, et que les bruicts de la maladie de Lyon ne luy fassent prendre aultre routte, ce que je crains infiniment et pour luy et pour M"" Rubens, de qui j'ay receu depuis 3 jours une lettre du 24 aoust laquelle debvoit accompagner son portraict, mais il doibt estre demeuré accroché quelque

19 décembre i628. part. Il me mande avoir recouvré un heaulme antique tout entier qui avoit esté autres foys doré, qui estoit Tune des plus belles pièces qui soient demeurés de Tantiquité et des mieux élabourées. Bien est elle grandement rare, car en tous mes voyages, je n'en ay jamais veu aulcun.

Ph. Tamizey de Larroque, Lettres de Peiresc aux frères Dîipuy\ Tome I, p. ySg.

COMMENTAIRE

La lettre du 24 août. Cette lettre, écrite par Rubens à Peiresc peu de jours avant son départ pour T Espagne, ne s'est pas retrouvée.

Le heaulme antique de Rubens. Ce* casque antique n*a pas laissé de traces bien certaines dans l'histoire de Rubens. Le seul indice possible que nous en retrouvions est « une vue de tète en profil coiffée d'un casque, sur lequel est représenté le combat d'Hercule contre Xessus qui enlève Déjanire » : dessin à la plume retouché à la couleur à Thuile, appartenant au Louvre et provenant de la collection Jabach {Œuvre de Rubens, N^ 1468).

29 décembre 1628.

DLXVI RUBENS A GEVARTIUS.

Myn Heere.

Myn antwoorde in duytsche taele zal ghenoech doen blycken dat ick niet en meritere de eere die UE. my aendoet met syne Latynsche brieven. Myn exercitien ende studia bonarum Artium syn soo verre verloopen, dat ick soude moeten veniam praefari solœcismum liceat fecisse. Noli igitur, noli me id aetatis virum iteruni cum pueris antique includere ludo. Ick hebbe, Mynheere, eenighe diligentien ghedaen om te vernemen oft in eenighe particulier bibliotheken iet meer te vinden wacre van* uwen Marcus, als tghene tôt noch toe bekendt is maer en hebbe tôt noch toe niet becomen non desunt tamen qui affirment se vidisse in inclita illa divi Laurentii penu codices ms'^ duos, D. Marci titulum praeferentes, sed ex circumstantiis, pondère et facie cod"" (erat enim

mihi cum homine minime Graeco negocium), nihil magni aut novi ^g décembre 1628.

auguror, sed vulgaria reor et quae jam dudum exstant Marci opéra esse.

Si qua lux aut sordium eluvies ex illorum collatione erui possit, non

est meum perscrutari, quem tempus et vitae ratio et institutum alio

avocant et prae caeteris idiotismus ab intimis istis musarum penetralibus

procul arcet. Ick meyne dat UE. sal hebben kennisse ghemaekt met sig.

Don Francesco Bravo, neve van onsen castillano, die over sommighe

maenden van hier vertrocken is naer ons landt, den vvelcken maeckt

groote professie de letrado, et, nisi fallor, Dictaturam in criticis animo

concipit aut jam praeoccupavit. Ick hebbe hem eens ghegeven de memorie

die UE. my mede gaf meynende dat hy soude iet ghevonden ende

ghedaen hebben van 'tghene UE. désirée rde maer ick en hebbe hem

noch UE. memorie noot meer ghesien. Ick bidde UE. believe my die

selvighe te vernieuwen ende over te senden. Het is waer dat desen

cavaillero groote diligentie ghedaen heeft, ende niet sonder oncost, in

de Bibliotheca manuscripta D. Laurentii. Hy seyt ghevonden te hebben

wonderdinghen, praesertim in scriptis antiquorum Patrum (i), et quae

multam lucem afiferant Tertulliano, in quem multa et mira minatur.

In Papinium tuum et tua in illum commenta, nescio quae cavillari

videbatur, sed more potius suo ni fallor et efiferendi gracia, quam certa

ratione aut giudicio. Sed inspice praesens et utere hominis ingenio

proderit enim aut delectabit et forsitan (quod erit tuae prudentiae)

praestabit utrumque. Ick hebbe oock kennisse ghemaeckt cum D. Luca

Torrio, welck een seer beleeft ende modest .persoon is ende heeft mij

belooft aile diligentie te doen. Sed ego vellem istud volumen inscriptiomtm

Africce coram inspicere, non tantum D. Marci gracia et tibi operam

navandi desiderio, quod per alios licet et quidem exactius, sed ut meo

prae caeteris genio indulgeam. Cum urgerem per amicos internuntios,

nam scribo de lectulo inter dolores podagricos, D. Torrium, respondit

ille breviter sua manu quod vides. Ick ben dese voorleden daeghen seer

sieck gheweest van flessyn en cortsen, et ut vere fatear quod erat, aegre

spiritum duxi inter gemitus et suspiria, sed jam Deo volente respiravi.

Van de publicqe saecken en can ick niet sekers oft goets afifirmeren,

ick en siender noch geen gat deur. Den marquis is immobil, noch laet

(i) Haec epistola iina litura corrigi deberet, sed ignosce amico laboranti et cum aegritudine sua luctanti. (Note marginale de Rubens).

29 décembre 1628. blyclccn ccnige inclinacie om de voyagie aen te nemen op Neerlandt, niet tegenstaende de groote instance die de Infante doet aenden coninck, seggende dat al verloren gaet in syn absentie. Sed ille, sua conscientia fisus, nescio quid monstri tacite alens (quod in bonam partem accipias precor), obdurat et animo obfirmato jam quartum iterata Régis imperia excipit, et nescio quibus artibus rejicit aut eludit. Quid scit futurum nescio, sed plane perspicio quo animo haec fiant et in quem finem ; caetera in deorum Genibus posita sunt. Plura non licet, nec expedit. H et verlie^ vande vlote heeft hier groot ramoer ghemaeckt, maer soo langhe gheen advies en compt van onse syde, en willen het niet vast ghelooven, toch het is naerde ghemeyne opinie niet dan veel te waer, damnum ingens et quod suae potius stultitiae et negligentiae imputent quam fortunae, cum toties et in tempore moniti averroncando malo curam non adhibuerint aut de tutela prospexerint. Videas hic quod mirari licet non plerosque sed omnes fere effuse laetantes, quod calamitatem publicam in contumeliam et invidiam Dominantium merito rejici posse opinentur. Tanta est odii vis ut propria incommoda prae vindictae dulcedine negligat et ne sentiat quidem. Unius sane Régis me miseret, qui, a natura omnibus corporis et animi dotibus instructus nam intus et in cute quotidiano usu inspexi, nisi sibi diffideret et aliis nimium deferret, esset me Hercle qualiscunque fortunae et imperii capax. Sed suae nunc credulitatis et alienae stultitiae dat paenas, et odio flagrat non suo, etc. Sic visum superis cum nobis. Sed abrumpo, et finem epistolae et lassitudini meae, non afifectui impono. Vale, vir eximie et incomparabilis, et pro Rubenio tuo, quem serio et merito ut tuum amas, Fortunae reduci votis cotidie sacrifica. Iterum vale.

U. E. Ootmoedighe ende gheafifectioneerde dienaer

PlETRO PaUOLO RuBENS.

Wt Madrit den 29 december 1628.

Dcsen brief is seer gheclat ende negligentius quam ad te gheschreven ; maer UE. moet my excuseren met myn sieckte. Albertulum meum, ut imaginem meam non in sacrario vel larario sed musaeo tuo habeas rogo. Amo puerum et serio tibi, amicorum principi et musarum antistiti, commendo, ut curam ejus vivo me vel mortuo juxta cum socero et fratre Brantiis suscipias. De rébus anglicis nihil certi, postquam fatali

illo ictu semel dissiliere. Sed iterum videntur coïre partes abruptse, et 29 décembre 1628. omnia magis in bonam spem propensa quam metum. Sed pendent adhuc, ut futiira, omnia ; nec, ut res mundi se habent, ausim nisi ne praeteritis, certi aliquid decernere. Vale, vale.

Ick wensche UE. in goet duyts een goet saligh nieuwe jaer, fsaemen met myjoufifrouw, UE. huysvrouvve ende familie.

Autographe. Carpentras. Bibliothèque et Musée Inguimbert. Correspondance de PeiresCy n® 9543, f° 240.

Copie. Bibliothèque ro3'ale de Bruxelles. Manuscrit n° 18964 et MoLS RiibemanUy 5926, II, 627.

Publié par E. Cachet, op. cit. p. 231, par Ad. Rosenberg, op. cit. p. i83, et dans (Victor van Crimbergen) Historische Levensbeschrijviîig van P. P, Rîcbeus, Anvers, 1840, p. 444.

TRADUCTION

RUBENS A GEVARTIUS.

Momieiir.

Ma réponse en flamand fera voir suffisamment que je ne mérite pas rhonneur que vous me faites par vos lettres latines. Mes exercices et mes études d'humanité sont si fort oubliés que je devrais vous demander d'abord la permission de pouvoir faire des solécismes. Veuillez donc, je vous en prie, ne pas renvoyer sur les bancs de Técole un homme de mon âge. J'ai fait quelque diligence pour savoir s'il serait possible de trouver dans les bibliothèques particulières quelque chose de plus que ce qui est connu jusqu'ici de votre Marcus, mais je n'ai encore rien obtenu. Il ne manque cependant pas de gens qui affirment avoir vu dans la célèbre bibliothèque de St. -Laurent, deux manuscrits portant le titre du divin Marcus. Mais d'après les circonstances, d'après le volume et l'apparence des manuscrits (car j'avais affaire à un homme qui ne savait pas un mot de grec), je n'en augure rien de nouveau ni d'important ; je pense même que le tout est connu et ne compose que les œuvres de Marcus depuis longtemps publiées. Il ne m'appartient pas de rechercher si l'on peut, en collationnant les textes, en tirer quelque lumière ou un déluge de fatras, le temps, mon genre de vie, mes études m'entraînent d'un autre côté, et de plus mon génie particulier m'éloigne de ce sanctuaire secret des muses.

Je pense que vous aurez fait la connaissance du sig. Don Francesco Bravo, neveu de notre châtelain, qui est parti d'ici, il y a quelques mois, pour notre pays.

29 décembre 1628. H fait grand étalage de sa qualité d'homme de lettres, et si je ne me trompe, il aspire à la dictature entre les critiques ou même il l'exerce déjà. Je lui avais remis le mémoire que vous m'aviez confié à mon départ, présumant qu'il aurait pu trouver et faire quelque chose de ce que vous désirez ; mais je ne l'ai plus vu, ni lui ni votre mémoire. Je vous prie de vouloir bien le renouveler et me l'envoyer. Il est vrai que ce monsieur a fait beaucoup de recherches, et non sans frais, dans la bibliothèque manuscrite de St. -Laurent. Il disait avoir trouvé des choses merveilleuses, surtout parmi les ouvrages des anciens Pères (i), et qui jetaient le plus grand jour sur Tertullien, qu'il menace d'une foule de choses neuves et étonnantes. Quant au Papinien que vous avez commenté, il avait l'air d'en faire je ne sais quelles critiques, mais par habitude, si je ne me trompe, et pour se vanter, plutôt qu'avec raison et discernement. Mais voyez-le lui-même et jugez du caractère de l'homme, cela pourra peut-être vous être utile et vous récréer tout à la fois, ce qui dépendra de votre prudence.

J'ai fait aussi la connaissance de don Lucas Torrio, qui est un homme très honnête et très modeste, et qui m'a promis de faire toute diligence. Mais je voudrais examiner ce volume des inscriptions d'Afrique, non seulement pour votre Marcus et dans le désir de vous rendre service (ce que d'autres peuvent faire et même avec plus d'exactitude), mais pour satisfaire à mes goûts particuliers. La goutte me retenant avec douleur sur mon lit d'où je vous écris, j'avais par l'entremise de mes amis fait quelques instances auprès de don Torrio, qui m'a répondu en peu de mots de sa main, laquelle réponse je vous envoie.

J'ai été ces jours derniers fort malade de la goutte et de la fièvre, et à dire vrai, je respirais péniblement dans les gémissements et les soupirs, mais grâce à Dieu, je me suis remis.

Des affaires publiques, je ne puis rien dire de certain ni de bon. Je n'y vois pas encore clair. Le marquis est immobile et ne laisse paraître aucun désir de retourner aux Pays-bas, malgré toutes les instances que l'Infante fasse auprès du roi, en disant que dans son absence tout se perd. Mais lui, fort de sa conscience, et nourissant en secret (veuillez prendre ce mot dans le bon sens) je ne sais quel projet, il tient ferme, et il a déjà reçu les ordres du roi à quatre reprises, avec la même opiniâtreté, les éludant ou les rejetant par je ne sais quels moyens. J'ignore ce qui en adviendra, mais je vois clairement dans quel esprit tout cela se fait et dans quelle intention. Le reste est à la volonté des dieux. Il ne m'est pas possible et il ne convient pas de vous en dire davantage. La perte de la flotte a fait ici grand bruit ; mais aussi longtemps

(i) Je devrais ne corriger cette lettre que d'une seule rature, mais vous pardonnerez à un ami qui souffre et qui lutte contre son mal. (Note marginale de Rubens.)

qu'on n'en a pas reçu avis de notre côté, on ne veut pas y croire. Il n'est 29 décembre 1628-

cependant que trop vrai, selon l'opinion publique, que la perte est immense,

et on l'impute à la folie et à la négligence plutôt qu'à la fortune, puisque,

après tant d'avertissements, donnés en temps opportun pour prévenir ces

malheurs, on n'en a eu aucun souci et l'on n'a pris aucune mesure. Vous

seriez étonné de voir ici presque tout le monde au comble de la joie, en

pensant qu'ils peuvent à bon droit tirer partie de cette calamité publique

pour en jeter la honte sur leurs gouvernants et pour contenter leur envie contre

eux. Tant est grande la violence de cette haine, qui va jusqu'à négliger et

même oublier ses propres maux, pour le plaisir de se venger.

Pour moi, je n'ai pitié que du roi. Doué par la nature de toutes les qualités de l'esprit et du corps, car dans les rapports journaliers que j'ai eus avec lui, j'ai pu apprendre à le connaître à fond ; ce prince serait assurément capable de gouverner dans toute espèce de fortune, s'il ne se défiait pas de lui-même et s'il n'avait pas trop de déférence pour ses ministres. Tandis que maintenant il porte la peine de sa propre crédulité et de la folie des autres, et il est victime d'une haine qui ne s'adresse pas à lui, etc. Ainsi l'ont voulu les dieux.

Mais je vous quitte ; je mets fin à cette lettre et à la fatigue qu'elle me cause, et non pas à mon affection pour vous. Adieu, homme excellent et incomparable, adressez chaque jour des vœux à la fortune pour le retour de votre Rubens, que vous avez raison d'affectionner comme votre véritable ami. Encore une fois, adieu.

Votre humble et affectionné serviteur Pierre-Paul Rubens.

De Madrid, le 29 décembre 1628.

Cette lettre est couverte de ratures et écrite avec plus de négligence qu'il ne me convient d'en montrer en vous écrivant. Mais vous devez m'excuser à cause de ma maladie. Je vous supplie de prendre mon petit Albert, cet autre moi-même, non pas dans votre sanctuaire, mais dans votre chambre d'études. J'aime cet enfant, et c'est à vous le meilleur de mes amis, à vous le pontife des muses, que je le recommande vivement, pour que vous en preniez soin, de concert avec mon beau-père et mon beau-frère Brandt, soit pendant ma vie, soit après ma mort.

Rien de certain au sujet des affaires d'Angleterre^ depuis le coup fatal qui a tout rompu. Pourtant les deux parties semblent de nouveau chercher à se rencontrer, et tout fait concevoir plus d'espérance que de crainte ; mais ces affaires-là sont encore incertaines, comme tout ce qui dépend de l'avenir, et

29 décembre i628. d'après le train des choses de ce monde, je n'ose vous parler avec certitude que de ce qui est passé. Adieu, adieu.

Je vous souhaite, en bon flamand, une bonne et heureuse année, ainsi qu'à mademoiselle votre femme et à votre famille.

COMMENTAIRE

Les recherches dans les Bibliothèques. La présente lettre nous apprend que, à la prière de Gevartius, Rubens s'était chargé de faire dans les bibliothèques de TEscurial des recherches sur les auteurs anciens que son ami se proposait de publier. Dans la bibliothèque de St. -Laurent (à TEscurial), il existait, lui avait-on dit, deux manuscrits de l'empereur Marcus (Aurelius). Gevartius s'était beaucoup occupé de cet auteur, mais n'a pas publié les commentaires écrits par lui. Ils se trouvent dans un manuscrit trouvé à la Bibliothèque Royale de Bruxelles : Commentariiis in M. Aurelii Antonii T^ov ew éciirrov lib, XII, Nous n'avons pas retrouvé dans les catalogues de la bibliothèque de l'Escurial les deux manuscrits dont parle Rubens. Cependant Miller mentionne des « Extraits de Marc Antonin » (Catalogue des Sirlets. Mss, p. 323, n° 2) et on a pris des manuscrits de D. Marcus de Venise pour des manuscrits de Marc Aurèle. Gevartius avait publié, en 1616, une édition de Stace : P. Papinii Statii opéra oninia J.-C, Gev. recensuit et Papinianim lectiomim libris X illiistravit . Lugd. Bat. ap. Jac. Marcum. C'est cet ouvrage sur lequel Francesco Bravo exerça, au dire de Rubens, une critique si peu sérieuse.

Don Francesco Bravo (de Acuna), chevalier de Calatrava, était un érudit, se distinguant par sa connaissance de plusieurs langues et spécialement du grec. Il écrivit de Origine et progressu ordinis Calatravensis. Le gouverneur du château, dont il était le neveu, s'appelait Don Juan Bravo de Lagunas. Il occupa son poste à Anvers de 1624 ^ i63i.

Le Marquis est immobile. Le roi, ou plutôt Olivarez, voulait tenir Spinola éloigné des Pays-Bas pour soustraire le gouvernement de nos provinces à son influence. Le ministre tout-puissant essaya à diflFé rentes reprises de charger l'éminent homme de guerre d'autres missions. Spinola parvint toujours à se soustraire à ces exils déguisés. Enfin, en juin 162g, il se laissa envoyer dans le Nord de l'Italie où il fut chargé de conduire la guerre contre le duc de Savoie. Il y mourut à Castel Nuovo le 25 septembre i63o.

La perte de la flotte. Le 16 novembre 1628, la nouvelle de la prise de la flotte espagnole par Piet Hein fut apporté aux États-Généraux des Pays-Bas. Le 8 septembre, cet amiral avait capturé sans coup férir toute la flotte espagnole à la hauteur de la baie de Matanza dans l'île de Cuba. Elle consistait

en i6 navires, dont cinq étaient chargés d'or, d'argent et de denrées précieuses ; 29 décembre 1628. les autres transportaient des marchandises de moindre valeur. Le butin fut évalué à 12 milions de florins, environ 72 millions de francs de notre monnaie. L'enthousiasme fut universel dans les Pays-Bas ; on prit des précautions pour ramener le butin sain et sauf dans les ports néerlandais, et on y réussit.

Mon petit Albert. Albert Rubens, le fils aîné de Rubens et d'Isabelle Brant, fut baptisé dans l'église Saint André, le 5 juin 1614. Il reçut sa première instruction au Collège des Augustins à Anvers. De bonne heure, il montra de la prédilection pour l'étude de la philologie latine et des antiquités romaines. A l'âge de i3 ans, il fit imprimer une pièce de vers latins, mais il ne publia plus rien depuis lors. Après sa mort, en i665, Graevius fit imprimer par Moretus un recueil de ses traités archéologique sous le titre : de Re vestiaria veterum. Lors de son absence, Rubens confia son fils à Gevartius, qui dirigea ses études ultérieures. Albert Rubens succéda à son père comme Secrétaire d'État le ig avril 1640. Cette charge avait été honoraire pour le grand artiste, le fils en remplit les fonctions effectives. Il s'établit à Bruxelles et y mourut le i^ octobre i65y.

Mon beau'/rère Brandt. Henri Brant, le frère de la première femme de Rubens.

Mademoiselle votre femme et votre famille. Gevartius épousa, le 14 mai 1625, Marie Haeckx-de Schott. Il eut d'elle un fils qui mourut à l'âge de douze ans et une fille qui épousa Charles Sivori. En 1687, toute sa postérité mourut le même jour empoisonnée par des champignons.

DLXVII

GEVARTIUS A PEIRESC. x5 janvier 1629.

Nobilissime et ampl. Dne,

Post ternas meas nihil me responsi recipisse equidem mirarer, si gravissimas occupationes tuas ignorarem. Nunc cum Cossierius noster ad Nundinas Parisiensium Sangermanas proficisceretur, committere non potui quin unum atque alterum verbum obiter exararem.

Mitto per illum Amplitudini Vestrae munusculum levé genealogicum DOMUS LINDAN^, utque gratum id, acceptumque sit, rogo : nequi

i5 janvier 1629. id pro lîiaximis tuis in me beneficiis redhostimentum sed exiguam memoris animi testificationem interpretaris.

Adjungo effigiem serenissimae principis nostrae eo habitu quo nunc utitur : et excell""' Comitis Olivariensis ex praestantissimi Rubenii nostri inventione qui brevi ex Iberia iter in Italiam meditatur.

Cum hodie P. Heribertum Rosweydum, Soc. Jesu Thologum convenissem, meque ad amplitudinem tuam litteras parare indicassem, scedulam mox ad me misit quam hisce praesentibus inclusi.

Desiderat summopere habere copiam Vitae S. Marii, quae Sisterone in Abbatia asservatur, aliaque quae in ejus memoriali continentur.

Vale, amplissime et nobilissime Domine, meque de valetudine tua dum per occupationes licuerit quasi certiorem redde. Et si quid apud te sit, quid editionem Antonini nostri ornatiorem reddere queat, rogo illud nobiscum communicare digneris. Praefestinè Antverpiae XV Januarii Anni CD.D.CXXIX quem faustum felicemque tibi decurrere voveo.

Nobilissimae Amplitudinis Vestrae

observantissimus cultor

Caspar Gevartius.

Bibliothèque nationale de Paris, P 240, n° 9643, Correspondance de Peiresc avec divers,

TRADUCTION

GEVARTIUS A PEIRESC.

Monsieur,

Je m'étonnerais de votre silence après les trois lettres que je vous ai écrites si je ne savais combien importantes sont vos occupations. Maintenant que notre ami Cossiers se rend à la foire parisienne de St.-Germain, je .n'ai pu le laisser partir sans le charger de quelques mots pour vous. Je vous envoie par son intermédiaire un petit cadeau : la Généalogie de la maison de Lynden et vous prie de l'accepter non pas comme un équivalent de tout ce que je vous dois, mais comme un léger témoignage du souvenir que j'en conserve.

J'y ajoute le portrait de notre princesse sérénissime dans le costume qu'elle

porte actuellement et celui du comte Olivarez, tous deux gravés d'après notre i5 janvier 1629. éminent ami Rubens, qui compte sous peu passer d'Espagne en Italie.

Comme je rencontrai aujourd'hui le père Heribertus Rosweydus, théologien de la Société de Jésus, et que je lui disais que j'allais vous écrire, il m'envoya un billet que je renferme dans la présente. Il désire vivement obtenir une copie de la Vie de St.-Marius, qui se conserve dans l'abbaye de Sisteron et quelques autres objets mentionnés dans sa liste.

Adieu, cher et honoré monsieur, informez-moi que vous vous portez bien, si le temps ne vous en manque pas. Et si chez vous, vous trouvez quoique ce soit qui puisse enrichir notre édition de Marc Aurèle, je vous prie de vouloir bien m'en faire part.

A la hâte, d'Anvers le i5 janvier 162g, année que je vous souhaite prospère et heureuse.

Votre tout dévoué serviteur Caspar Gevartius.

Les portraits d'Isabelle et d'Olivarez. Il s'agit des gravures de ces deux portraits, celui de l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie et du ministre espagnol, burinés tous les deux par Paul Pontius, et entourés de riches encadrements dessinés par Rubens {Œuvre de Rubens, N^s 970 et ion). Le premier de ces portraits fut peint en i625 ; la princesse porte le costume de religieuse ; le second est fait d'après un tableau de Velasquez.

Les projets de voyage de Rubens. Rubens nourrissait depuis longtemps le désir de revoir l'Italie. A l'occasion de son voyage d'Espagne, il espérait pouvoir revenir par l'Italie et par la Provence, en passant par Aix où il comptait revoir son ami Peiresc. Il écrivit dans ce sens à ce dernier, comme nous l'avons vu dans sa lettre du 2 décembre 1628. Cet espoir ne se réalisa . pas et il dut retourner de Madrid à Bruxelles par le plus court chemin.

DLXVIII 3o janvier 1629. RUBENS AU COMTE DE CARLISLE.

Monseigneitr.

Jay receu la vostre très agréable du 27 de Novembre de Novara per Monsieur TAbbé Scaglia vostre grand Amy et Serviteur, lequel at esté très bien venu et receu en ceste Cour, comme je l'avois tousjours asseuré par mes lettres. J'espère que nous verrons bien tost les effects de sa valeur et prudence, et que les Interes des Roys nos Maistres se rendront inséparables et leur réputation e gloire tellement unie qu'il ny restera aucun scrupule entre leurs serviteurs du service de Tun à laultre. En tous événemens je seray tousjours celluy que je professe d estre de tout mon cœur

Monseigneur

de vostre Excellence, Très humble, très affectionné et très obligé Serviteur

Il me déplaist navoir eu le bonheur de vous pouvoir servir de ma petite assistence à vostre passage à Bruxelles, ancor que je suis bien asseuré que des aultres piu suffisants et accomplis que • moy se seront acquitez dignement à vous servir et honorer comme il appartient à vostre mérite e qualité et selon la très bonne intention de Tlnfante ma Maistresse.

De Madrid, le 3o de Janvier 1629.

Londres. Public Record Office. Spain 68.

Publié par Saixsbury, op. cit. p. 258. Id. traduction anglaise p. 124. Rosenberg, op. cit. p. 262.

COMMENTAIRE

Le duc de Savoie venait de nommer Tabbé Scaglia ambassadeur extraordinaire à Madrid. Celui-ci y fut bien accueilli à cause de son zèle pour l'alliance entre TEspagne et la Savoie et pour la paix entre l'Espagne et l'Angleterre. « Le désir de la paix s'accroît de la crainte des armées de la

France, » disait T Ambassadeur de Venise dans sa dépêche du 17 février 1629, 3o janvier 1629.

et, en effet, dans leur entreprise contre le Montferrat, la Savoie et l'Espagne

avaient tout à craindre de la France, si celle-ci venait à conclure la paix

avec l'Angleterre et à pouvoir tourner ses armes du côté de l'Italie. Ce danger

et cette crainte eurent, à n'en pas douter, une sérieuse influence sur Philippe IV

et ce fut pour vaincre l'hésitation et mettre fin aux tergiversations de l'Angleterre

que Rubens fut envoyé trois mois plus tard à Londres. Le cabinet britannique

paraissait également bien disposé. Le 6 mars 1629, le grand trésorier Weston

fit savoir à l'Infante Isabelle que son maître enverrait un ambassadeur en

Espagne, si l'Espagne de son côté en envoyait un à Londres. L'infante avait

transmis cette dépêche à Madrid et les avances faites par l'Angleterre décidèrent

Olivarez à hâter le départ de Rubens.

La mission de Rubens en Angleterre était analogue à celle qu'Endymion Porter remplissait en Espagne. Il devait assurer Charles I du désir de Philippe IV de conclure un traité de paix et préparer la voie à l'ambassadeur officiel. Lui-même ne reçut pas de pouvoirs pour signer le traité. Il accepta volontiers la tâche qu'on lui offrit ; il renonça à son voyage d'Italie et quitta Madrid le 29 avril 1629. Le comte-duc lui remit une instruction sur la conduite qu'il aurait à tenir à Londres et des lettres pour le grand trésorier Weston et pour le secrétaire Cotington qui ne se sont pas retrouvées. Philippe IV écrivit à sa tante deux jours avant le départ de Rubens pour l'informer de la mission dont il venait de le charger et pour recommander à l'Infante de donner ses propres instructions au peintre-diplomate. Nous donnerons cette lettre sous la date du 27 avril 1629.

DLXIX RUBENS AU COMTE DE CARLISLE. janvier^vrii 1629.

Monseigneur.

Je me suis informé diligemment de ceulx du mestier de la parfumerie s'il y at de quoy vous sei'vir présentement en Madrit mais tous d'accord m'asseurent qu'il n'y a rien que vaille et qu'il fault nécessairement attendre pour estre bien servy au contentement de vostre exquise curieusité, jusques à l'arrivement de la carracque que vient de Goa et

janvier-avril 1629. scloii Certain advis s'estoit mise à covert en Angola laquelle ne peult tarder longuement et allors on pourrat achatter les parfums parfaictement bons et faire travailler le tout selon vostre ordre et instruction. J auray soin dadvertir vostre Ex** à temps pour donner tel ordre que vous plaira. Et ce pendant vous baisant bien humblement les mains me recommande en vos bonnes grâces.

Londres. Public Record Office Spain, N^ 68.

Communiqué par Noël Sainsbury. La lettre n'est pas signée, mais elle est de récriture de Rubens. Carlisle faisait en Espagne le commerce en même temps que la diplomatie et c'est au commerçant spécialement que s'adresse le billet ci-dessus.

DLXX

, février 1629. PEIRESC A ADRIEN DE VRIES.

Monsieur.

Je vouldrois bien avoir veu le beau pourtraict de vostre frère utérin qui est tant admiré d'un chascun et j'ay esté bien ayse de voir dans vostre lettre que les sieurs de Voz et Cossiers servent comme tesmoings d'un si digne ouvrage, et que le dit S"" de Voz se rend si recommandable à déseingner histoire et pièces d'invention que M*^ Rubens et M^ V^andicq en ayent voulu garder quelques pièces dans leurs cabinets.

J'ay enfin receu une lettre que M"^ Rubens m'avoit escripte dès le 24 Aoust, laquelle debvoit accompagner son pourtraict, mais il est demeuré en chemin, sans que je sçache où c'est. Il m'escrit qu'il vous avoit visité et que vous faisiez très bien à son jugement, ayant veu chez vous des œuvres d'excellente manière et particulièrement des pourtraicts exquis et exactement ressemblants. Il tesmoigne grand regret de ne vous avoir peu rendre quelque bon service, comme il eut faict très volontiers.

Il m'a encore escript du 2 décembre de Madrid et me promet de me venir voir icy au printemps en passant en Italie et de s'arrêter quelques jours chez moy, ce que j'attends en grande impatience, et v^ous

asseure que je ne manqueray point de faire tout ce que je pourray pour le disposer en ce que vous désirez de luy, espérant qu'il vous donnera toute sorte de satisfaction. Il me mande qu'il avoit, pour Tamour de moy, octroyé la préférence au S"" Cossiers sur tous les autres qui le voulaient accompagner à ce voyage, mais que le pauvre garçon ne sçeut jamais obtenir le congé de ses parents, dont il estoit affligé à l'extrémité et luy bien marry de ne le pouvoir emmener, quant et luy, comme il eust désire.

2 février 1629.

Aix, ce 2 février 1629.

demeurant, M. vostre, etc.

De Peiresc.

Bibliothèque de Carpentras.

Publié intégralement dans le Bulletin Ruberts, I, 173.

COMMENTAIRE

Les Sieurs de Voz 'et Cossiers. Jean Cossiers (1600-1671) et probablement Simon De Vos (1603-1676), deux peintres anversois bien connus. Peiresc parle d'un De Vos, jeune encore en 1629, ce qui peut difficilement s'appliquer à Corneille De Vos (i585-i65i). Rubens ne possédait pas de tableaux de ce dernier, mais l'inventaire de sa collection mentionne un u Enfant prodigue » de Simon De Vos. Dans la lettre suivante, Peiresc affirme qu'il a vu ces deux artistes à Aix.

DLXXI

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