PEIRESC A RUBENS
Peiresc annote dans ses Petits Mémoires, sous les* dates du 6, 18 et 20 novembre, une lettre écrite à ^< M. Rubens ». Il n'en existe pas de minute à Carpentras.
6, 18, 20 nov. 1629.
DCXLI
19 novembre 1629. PEIRESC A GEVARTIUS.
Moftsteur.
J escriptz à Mess'^^ \^endelin et Puteanus et vous recommande leurs lettres ensemble celles des S" Cossiers et Tonquerloy, n'ayant osé les adresser à M. Rubens, de crainte qu'il ne soit encor absent; vous m'en excuserez s'il vous plaist pour ce coup et nous ferez la faveur de nous faire procurer vn mot de responce dudit S'' Vendelin pour le moings, s'il est possible de le trouver et si le voyez, aydez moy à le persuader de se laisser portraire pour l'amour de moy et pour que je le puisse joindre aux vostres avec vostre congé.
Original, avec cachets. Bibliothèque roN'ale de Bruxelles. Correspondance de Gevartius. Ms. SgSg, f. 122.
DCXLI 1
21 novembre 1629. PEIRESC A VENDELINUS.
Je me suis ad visé de vous demander
cependant la même faveur que les dicts S""^ Puteanus et Gevartius m ont octroyée c'est à sçavoir qu'il vous plaise permettre qu'un peintre de mes amis qui a faict leurs portraits, me fasse aussy le vostre, afin que je les puisse loger un jour tous ensemble dans mon estude auprez de celuy de N. S. P. le pape, heureusement séant et ceux de Messieurs Bignan, Rigault, Saulmaize, Grotius, Holstenius, Pignoria et aultres personnes de lectres qui me font Thonneur de m avoir pour leurs serviteurs et m aymer plus que je vaulx. Je m'asseure que vous ne m en voudrez pas esconduire non plus qu eux et que Messieurs Chififletius et Rubens qui m ont pareillement promis les leurs, et les ont dejea mis en estât de me les envoyer bientost
Bibliothèque de Carpentras.
DCXLllI
RUBENS A GEVARTIUS. 33 novembre 1629.
Myn Heere.
Desen dient alleenlyck om UE. te laeten weten, hoe dat ick op heden hebbe aen myn heer Montfort gerecommandeert, achtervolgende UE. begheerte, de pretensie van Monsieur Louys de Romere met aile instancie. H et waer my leet dat mynen compère van iemant anders ghepreoccupeert ware, ghelyck lichtelyck soude gheschieden, want apparentelyck dese officie sa! van diversche ghepretendeert worden ghelyck my indachtich is veel daer naer solliciteerden in 't leven van sig'' Robbiano, te weten om syn survivancie te hebben. In dese saecken ben ick wel gheverseert door experiencie, ende en sal niet laeten myn wterste devoir te doen om UE. te dienen. Wy vervvachten nu van daeghe tôt daeghe don Carlos Coloma, die syn bagagie al voorghesonden heeft op Duynkercque, ende wachten alleenlyck advis van het vertreck van den ambassadeur van Enghelant naer Spagnien, welck hy nu al ontfanghen heeft soo dat ick hope dat wy UE. ende andere vrienden haest sullen comen dienen presentelyck. Myn swaegher verliest syn patientie, dat hy mynheeren syne confraters soo langhe in den druck moet laeten, als 00k de conversatie van de jouffrouwen van Antwerpen quelt hem zeer soo langhen tyt te derven. Sy souden hem daerentusschen wel altemael ontsnapt worden. Van den trêves spreeckt men hier zeer, ende de avisen van Hollandt gheven al meest hope, dat hy sal tôt efifect comen. Ick bekenne, al ist dat ick my seer verblyde met de gheboorte van onsen prince van Spagnien, dat ick met meerder vreucht soude vieren over onsen pays oft trêves, als over eenighe andere saecke in dese weyrelt. Ick soude te liever t' huys comen ende blyven voor aile myn leven. Het is seer spaede, daerom bidde UE. believe my te vergheven de cortheyt ende negligentie in 't schryven. My is bovenmaeten lief de meglioratie van Haere Hoocheyt, want haer leven is ons seer nootsaeckelyck voor de ghemeyne welvaert. Ick beclaeghe het verlies van Don Francisco Bravo, die beter hadde syn studien ghecontinueert, als de ongheluckighe waepenen van dit jaer aenveert. Hoc habet et
23 novembre 1629. merito (cum indignationc loquor), qui a musis ad ferrea ista rudimenta transfugit. Godt gheve dat wy aile de vrienden moghen met ghesontheyt vinden. Waer mede ick my ghebiede, als oock myn swaeger, wt ganscher harten in UE. goede gratie, en blyven voor altyts
Myn Heere UE. gheaffectioneerden dienaer
PlETRO PaUOLO RuBENS.
Wt Londen, desen 23 november 1629.
P, S. Ick bidde, Myn Heere, believe te doen myn ootmoedighe ghebeedenisse aen mynheere Roukox wt ganscher harten, als oock aen mynheeren Halmaele ende Clarisse, met aile affectie.
Autographe au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Bruxelles, II, 627.
Ibid. Copie dans MoLS 5726, p. Ii3, et dans Nelis, Copie des lettres de Gevartius. Publié par E. Cachet, op. cit. p. 243, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. igi.
TRADUCTION
RUBENS A GEVARTIUS.
Monsieur.
La présente n'a pas d'autre but que de vous faire savoir comment j'ai recommandé aujourd'hui à M, Montfort, avec toutes sortes d'instances, selon vos désirs, la demande de M. Louys de Romere. Il- me serait désagréable que mon compère eût songé à quelque autre, comme il pourrait facilement arriver, puisque, selon toute apparence, cet office ne manquera pas de solliciteurs : je me rappelle qu'il y en eut beaucoup, pendant la vie du sieur Robiano, qui demandèrent sa survivance. J'ai une grande expérience de ces sortes d'affaires et je ferai tous mes efforts pour vous être utile.
Nous attendons maintenant d'un jour à l'autre l'arrivée de Don Carlos Coloma, qui s'est fait précéder de ses bagages à Dunkerque, et nous n'attendons que l'avis du départ de l'ambassadeur d'Angleterre pour l'Espagne ; il a maintenant reçu l'ordre de se mettre en route. J'espère donc que nous pourrons bientôt venir en personne vous servir, vous et nos autres amis. Mon beaufrère perd patience de devoir laisser encore Messieurs ses confrères dans la peine, et il se désole aussi beaucoup d'être privé depuis si longtemps de la société des demoiselles d'Anvers. Elles pourraient bien entre-temps lui être toutes enlevées.
On parle beaucoup ici de la trêve, et les avis de Hollande donnent tous «3 novembre 1629. grand espoir de la voir conclure. Malgré le plaisir que me fait éprouver la naissance de notre prince d'Espagne, je dois avouer que la nouvelle de notre paix ou trêve m'en ferait éprouver beaucoup plus que toutes les autres affaires du monde. Mon retour ne m'en serait que plus agréable, et je resterais désormais dans ma maison.
Il est très tard, c'est pourquoi je vous prie de vouloir bien me pardonner la brièveté et la négligence de cette lettre.
Je me félicite beaucoup du rétablissement de Son Altesse, car sa vie nous est très nécessaire pour 1q bien public. Je déplore la perte de Don Francisco Bravo, qui aurait mieux fait de continuer ses études, que de prendre part cette année à nos armes malheureuses. Mais cet homme, qui a déserté les muses pour ces exercices meurtriers, n'a que ce qu'il mérite (je parle avec indignation).
Dieu veuille que nous puissions trouver tous nos amis en bonne santé.
Et ainsi je me recommande à vos bonnes grâces, moi et mon beau-frère, et
nous demeurons pour toujours
Monsieur
Votre aflfectionné serviteur
Pierre-Paul Rubens.
Londres, ce 23 novembre 1629.
P. S. Je vous prie. Monsieur, de vouloir bien faire mes humbles et sincères salutations à M. Rockox, ainsi qu'à MM. Halmaele et Clarisse, en leur témoignant toute mon affection.
COMMENTAIRE
Montfort. Jean de Monford, ou Montfort, était un sculpteur et graveur de grand mérite qui occupa des fonctions importantes à la Cour d'Isabelle et était à cette époque maître général des monnaies de Brabant. Les de Romere et de Robiano étaient deux familles notables d'Anvers. Gaspar de Robiano était contre-waradin à l'hôtel des Monnaies d'Anvers dans les premières années du XVII® siècle. Louis de Romere et sa femme Catherine Haeck, avec son frère Gaspar et sa sœur, qui demeurait au couvent des Falcons à Anvers, fondèrent dans l'église de ce monastère une riche chapelle en marbre en l'honneur de St. -Joseph. La femme de Gevartius s'appelait Marie Haecx et était probablement une parente de la femme de Louis de Romere. Nous ne savons pour quelle charge Gevartius avait invoqué la recommandation de Rubens en faveur de Louis de Romere, mais tout permet de supposer que
23 novembre 1629. c'était pour Toffice de contre-waradin à la Monnaie d'Anvers, devenu vacant par la mort de Gaspar de Robiano. Son nom ne figurant point parmi les officiers de la Monnaie, on peut en conclure qu'il n'obtint pas la charge sollicitée. Dans une lettre écrite à Gevartius, le 28 décembre 1629, que nous publions plus loin, Henri Brandt, beau-frère de Rubens, revient sur cette affaire.
Naissance du prince d'Espagne. Philippe IV n'avait eu jusque là de sa femme Elisabeth, fille de Henri IV de France, que .des filles qui ne vécurent point. Le 17 octobre 1629 leur naquit un prince, Balthasar Carlos. Cette naissance fut célébrée dans toute l'Espagne avec des transports de joie. Malheureusement le jeune prince, qui avait fait concevoir les plus hautes espérances, n'atteignit pas l'âge véril ; il mourut le 9 octobre 1646.
Don Francisco Bravo. Voir plus haut page i58.
Halmaele, Clarisse. Les Halmale et les Clarisse étaient deux des familles les plus notables d'Anvers. De 1600 à i65o, nous rencontrons à différentes reprises les noms de Jean-Paul van Halmale et de Henri van Halmale parmi les échevins et bourgmestres d'Anvers. En i659, le peuple pilla la maison de Henri van Halmale, alors bourgmestre de la ville. Plusieurs tableaux de prix y périrent. Ils appartenaient non seulement au bourgmestre, mais encore à son frère, le chanoine Guillaume van Halmale, qui possédait aussi divers tableaux de Rubens représentant des épisodes de la vie de Saint Bavon, les Vierges sages et une Sainte Cécile, sans compter des dessins de Rubens, de van Dyck et d'autres maîtres • flamands et italiens. (Voir A. Pinchart, Archives des Arts et des Lettres y II, 184). Nous savons encore par d'autres documents que par la présente lettre que Rubens était lié d'amitié avec les membres de la famille Clarisse. La femme de son ami Jean Woverius s'appelait Marie Clarisse ; Vorsterman dédia une de ses gravures d'après les tableaux de Rubens à la femme de Louis Clarisse, échevin de la ville d'Anvers et à la femme de Roger Clarisse, aumônier de la ville. Rubens lui-même dédia la gravure faite par Vorsterman d'après un autre de ses tableaux aux frères Louis et Roger Clarisse, capucins.
DCXLIV RUBENS A UINFANTE ISABELLE. ^3 novembre 1629.
Sefiora Serenisifna mi Sehora :
La Isia de San Cristôval esta en el Occéano junto a otra que Ilaman La Bermuda, y a lo que entiendo ay muchas Isletas en aquel distrito entre la Florida y la Isia de Cuba y la Espafiola, pero que miran algo mas al Setentrion. Esta de San Cristôval es pequena, y la alcançô de este Rey para poblarla y plantarla el senor Conde Carleil, el quai la habia ya reducido a termines que podia esperar délia una gran renta, aunque poseyan los franceses una parte ; los quales vino aqui nueva muy cierta quatre meses ha (como el mismo Conde Carleil me dixo) que con grande astucia de ôrden espressa del Cardenal de Richelieu con sus navios reaies governados por el Cusacq havian ocupado la fortaleza de los Inglesses, tomado sus navios y héchosse senores de toda la Isia; y algunos dias despues se templô el rigor deste aviso, sin saber las particularidades del caso. (No sera por ventura fuera de propôsito que V. A. me mandase hacer algun cumplimiento de su parte con el senor Conde Carleil, ofreciéndole hacer buen oficio con S. M. catôlica para la compensacion deste dafio, porque verdaderamente él se ha comportado siempre bien con nosotros desde que yo estoy en esta corte, y muy picado contra Francia). Aora ha llegado a uno de los Puertos de este Rey no un gran navio con mas de 3oo Ingleses, los quales refieren que la ar7nada de Espafta (deve ser la de Don Fadrique) que iba por la flota, se havia accostado a la dicha Isia de San Cristôval y echado délia franceses é Inglesses igualmente, demolido las fortalezas y arrancado las plantaciones del Tabaco (porque muchos mercaderes son interessados), pero que el General avia tratado a los Ingleses con toda cortessia y respeto, proveyéndoles de un muy buen navio, bastimentos y todo lo demas necessario para tan largo viage; Este accidente causa algun rumor en esta coyuntura del tratado, si bien el buen tratamiento usado con los Inglesses le mitiga en parte, pero me pessa mucho por respeto del Conde Carleil, que por un daflo tan considérable estara indignado contra Espafia, como con la nueva précédente lo havia estado
23 novembre 1629. contra franccscs. Yo lo escuso lo mejor que puedo, diciendo que los nuestros no han hecho mas que recuperarla de franceses que la avian nuevamente ocupado, y que no pudiéndose defender de ellos los Inglesses, no era razon que Espaîia (aun quando estuvieran acomodadas las dos naçiones) dexara este nido abierto a discrecion de francesses, tan cerca a los Estados de S. M. catôlica en aquella parte. Yo bien entiendo que el Rey, ni el gran Thessorero no hacen caso ninguno de esto negocio, y el Seirior Don Francisco Cotinton deve de estar ya cerca de Espafta con cl buen viento que ho soplado estos dias, aunque aora se ha buelto contrario. Nuestro Seftor, etc.
(Londres, le 23 novembre 1629.)
Traduction espagnole aux Archives de Simancas. Leg. 25io, f. 144. Publié par Cruzada Villaamil, op. cit. p. 260, et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 309.
TRADUCTION