RUBENS A L'INFANTE ISABELLE
Madame Sérénissime.
L'île <ie Saint Christophe se trouve dans TOcéan près d'une autre qu'on appelle la Bermude et, d'après ce que j'entends, il y a beaucoup d'îlots dans ce détroit entre la Floride, l'île de Cuba et l'Espagnole, mais qui sont un peu plus au nord. L'île de Saint Christophe est petite et le Comte de Carlisle l'a obtenue du roi pour la coloniser et la planter. Il l'a déjà amenée au point qu'il peut en espérer un grand revenu, bien que les Français en possèdent une partie. Il y a quatre mois, on reçut ici la nouvelle (comme le même comte de Carlisle me l'a dit) que les Français, par ordre exprès du Cardinal de Richelieu, et avec une grande fourberie sont venus avec des navires royaux, sous le commandement de Cusacq, ont occupé la forteresse des Anglais, se sont emparés de leurs navires et se sont rendus maîtres de toute l'île. Quelques jours après, la portée de cette information fut atténuée sans qu'on sache au juste les particularités de l'affaire. (Il ne serait peut-être pas hors de propos que V. A. me charge de faire les compliments de sa part au comte de Carlisle et de lui offrir ses bons offices auprès de S. M. catholique pour l'indemniser de cette perte, puisque véritablement il s'est toujours bien conduit envers nous depuis que je suis dans cette Cour et qu'il est fort animé contre la France). Il est arrivé à présent dans un des ports de l'Angleterre un grand navire
avec plus de 3oo Anglais,' qui rapportent que la flottille espagnole (ce doit 23 novembre 1629. être celle de don Fadrique), qui allait rejoindre la flotte, a abordé dans cette île, en a chassé les Français aussi bien que les Anglais, a démoli les fortifications et arraché les plantations de tabac (dans lesquelles beaucoup de marchands sont intéressés), mais que le général a traité les Anglais avec beaucoup d'amabilité et d'égards, leur procurant un bon navire, des provisions et tout ce qui est nécessaire pour un si long voyage. Cet incident cause quelque bruit au moment de la négociation de la paix, quoique les bons procédés, dont on a usé à l'égard des Anglais, en mitigent le mauvais effet. Mais je regrette beaucoup que le comte de Carlisle sera vivement indisposé contre l'Espagne pour le dommage si considérable qu'il a souffert, de même que, suivant l'avis précédent, il l'a été contre les Français. J'excuse ie mieux que je puis ce qui est arrivé en disant que les nôtres n'ont fait que reprendre aux Français ce que ceux-ci avaient enlevé peu de temps auparavant et que, si les Anglais ne pouvaient se défendre contre les Français, ce n'était pas une raison que l'Espagne (quoique les deux nations se trouvent reconciliées) abandonnât ce nid ouvert à la discrétion des Français, et cela dans un endroit aussi rapproché des états de S. M. catholique. J'apprends que le roi d'Angleterre et le grandtrésorier n'attachent aucune importance à cette affaire et sir François Cottington doit déjà être près de l'Espagne par le bon vent qui a soufflé ces jours derniers, quoique pour le moment il se soit tourné en sens contraire. Que le bon Dieu, etc.
(Londres, le 23 novembre 1629.
DCXLV RUBENS A UINFANTE ISABELLE. 24 novembre 1629.
Serenisima Seùora :
Ayer escrivî a V. A. largamente con el ordinario, y oy despacho un estraordinario para alcançarle en Dobla, ô que sino le encontrare passe hasta Bruselas ; la causa es que el gran Thesorero me ha hablado en este instante con grandissima alteraçion y afecto, mostrândome una carta del Tailler de los 16 deste que dice haver entendido de propia boca de Don Carlos Coloma, que sus instrucciones no han llegado aun de Espana, y que no puede venir sino es haviendo llegado, pero que
24 novembre i6a9. sc aguardava cl corrco dentro de pocos dias- que sin duda ninguna las trayria. Esta nueva ha hecho tal Ilaga en el corazon del Thesorero, que me dixo claramente que desde esta ora tiene el negocio por roto, y que sin duda los francesses, y particularmente este Embaxador Chasteauneuf, tienen razon de decir que los Espanoles se burlan del Rey de Inglaterra, y que no tienen intencion de emviar Embaxador ninguno a esta corte, sino solo llevar con vanas promessas al seftor Cotinton a Espana y entender sus propossiciones, y conforme a ellas se governaràn y resolverân emviar Embaxador a Inglaterra ô no. Dixome el Thesorero que estava arrepentido de haverse embarcado tan adelante en este negocio, y ha ver empenado de la misma suerte a su Rey contra el parecer de la mayor parte de su consejo, de que todo el disgusto les lloveria âcuestas a él y al senor Cotinton. Mas que aun era tiempo de impedir y remediar semejante engano con despachar maflana un correo espresso (como se harâ indubitablemente) al senor Cotinton a Espafia, que sin duda le encontrarâ en alguna parte antes de llegar a Madrid, con ôrden de su Rey que no passe adelante ô buelva atrâs hâcia Lisboa, y se entretenga alli hasta nueva ôrden de S. M. con avisso cierto de que Don Carlos aya llegado a esta corte. Quisso el Thesorero que yo dièse este aviso a V. A. quanto antes, y que muestre manana las cartas que he tenido del mismo Conde-Duque y de V. A. con el nombramiento de Don Carlos para el Rey mismo. Tengo por tan mala esta tardanza en esta ocasion, que maldigo la ora en que vine a este Reyno. Plegue a Dios que yo saïga del con bien. No dire mas que supplicar a V. A. haga toda la diligencia possible para obviar el inconveniente dicho. Nuestro Senor, etc. Londres 24 de Noviembre 1629.
Traduction espagnole aux Archives de Simancas. Leg. 25io, f. i5i. Publié par Cruzada Villaamil, op. cit. p. 258, et par Ad. Rosexberg, op. cit. p. 3io.
TRADUCTION