RUBENS A L'INFANTE ISABELLE
Madame sérénissime.
Hier, j'ai écrit longuement à Votre Altesse par le courrier ordinaire et je vous envoie aujourd'hui un courrier extraordinaire pour le rattraper à Douvres
et, s'il ne le rencontre pas, de poursuivre sa route jusqu'à Bruxelles. La cause 34 novembre 1629.
en est que le grand-trésorier vient de me parler avec grande colère et émotion
en me montrant une lettre de Tailler du 16 de ce mois qui l'informe
avoir appris de la bouche même de Don Carlos Coloma qu'il n'a pas encore
reçu ses instructions d'Espagne et qu'il ne, peut se mettre en route avant
qu'elles ne soient arrivées, mais que dans les premiers jours le courrier est
attendu qui, sans aucun doute, les apportera. Cette nouvelle a causé un tel
chagrin au trésorier qu'il m'a déclaré ouvertement que dès ce moment il tient
la négociation pour rompue et que les Français, et particulièrement leur
ambassadeur Chateauneuf, avaient certainement raison de dire que les Espagnols
se moquaient du roi d'Angleterre, qu'ils n'avaient aucune intention d'envoyer
un ambassadeur à sa Cour et qu'ils n'avaient voulu qu'attirer par de vaines
promesses Cottington en Espagne, entendre ses propositions et se décider en
conséquence à envoyer un ambassadeur en Angleterre ou non.
Le trésorier me dit qu'il se repentait de s'être avancé si loin dans cette affaire et d'y avoir également engagé son souverain contre l'avis de la majorité du Conseil, tout le blâme devant en retomber sur lui et sur, Cottington. Mais il dit qu'il était encore temps d'empêcher cette fourberie et d'y remédier en envoyant demain un courrier exprès à Cottington en Espagne (ce qui se fera certainement), qu'il rencontrera sans aucun doute avant son arrivée à Madrid ; il lui remettra un ordre du Roi de ne pas continuer sa route, mais de retourner à Lisbonne et de s'arrêter là jusqu'à l'arrivée d'un nouvel ordre de S. M. et de l'avis certain de l'arrivée de Don Carlos dans cette Cour. Le trésorier a voulu que j'envoie cette information à V. A. le plus tôt possible et que je lui montre demain les lettres que j'ai reçues du comte-duc et de V. A. et qui contiennent la nomination de Don Carlos par le roi lui-même. Je tiens ce retard dans la présente conjoncture pour si mauvais que je maudis l'heure où je suis venu en ce royaume. Plaise à Dieu que j'en sorte bien ! Je termine en suppliant V. A. de faire toute la diligence possible pour obvier à la faute signalée. Que le bon Dieu, etc.
Londres, le 24 novembre 1629.
COMMENTAIRE
Cette lettre de Rubens arriva à peu près en même temps à l'Infante que l'ordre du roi de faire partir Coloma pour Londres. Philippe ayant été informé par les lettres de Rubens que Cottington était sur le point de se rendre en Espagne avait expédié cet ordre le 5 novembre 1629. Isabelle envoya un courrier à Rubens pour qu'il avise le roi d'Angleterre que l'ambassadeur
24 novembre 1639. espagnol serait à Dunkerque le 20 décembre (i). Coloiïia écrivit également à Rubens pour lui annoncer sa prochaine arrivée à Londres et pour lui dire qu'il était animé des meilleures intentions l'autorisant à en donner connaissance à qui il voulait (2).
Rubens s'empressa de communiquer ces bonnes nouvelles au gouvernement anglais. Leur eflfet ne se fit pas attendre : le i5 décembre, Charles I envoya une dépêche à Cottington que nous reproduisons ci-après sous DCXLVIIL
DCXLVI 29 novembre 1629. LE ROI CHARLES I A SIR FRANCIS COTTINGTON.
Whitehall, November 19, 1629.
Righi trtistie and well-beloved wee greete yoti well :
There is nothing we hâve in more spécial recomendation then punctually to observe owr Royal word and promise w^ Princes towards whom we are that way obliged. This making us expect the like faire and free dealing from others withowt change or altération, is the cause of the expresse dispatch of this Currier (w'** charge to make diligence, and meete w**" you at y' first arrivai at Madril) springing from an unexpected delay of the cumming of Don Carlos de Colonna ; w""** by advertisments from Bruxells, we understand to be excused; one while, by expectaôn of Instructions from Spaine, not yet arrived there, though looked for by the next Currier ; an other while, by dowbt whether he should be the man employed unto us to correspond w*^ owr sending you into Spaine, or some other in his roome; the Marquis de Mirabeli
(i) He despachado correo à Rubens para que signifique a aquel Rey y sus ministros ... que don Carlos Coloma se hallarâ en Dunkerque à los 20 deste, para passar en Inglaterra en el vaxel del dicho rey. (Lettre de Tlnfante à Philippe IV du i3 décembre 1629. Correspondance, t XXVI, fol. 290. Citée par Gacaard op. cit. p. 180.)
(2) Dans une dépêche du 14 décembre, l'ambassadeur vénitien Soranzo fait savoir au doge que Coloma : « ha scritto lettere a Rubens dell' ottima volontà con che viene, et con toti amplificationi sopra ci6 che da Rubens sono state publicamente mostrate per prepararle buono concetto. » (Citée par Gachard op. cit. p. 181).
CHARLES I, ROI D'ANGLETERRE Ciravé d'après van Dyck
being in speach for that purpose. Why sufficient order and instruction 29 novembre 1629.
should not be allready at Bruxells concerning the cumming of Don Carlos
(considering ail w^^ hath passed abowt this mutual sending, w^*' you
can readily call to minde) we can not well comprehend : and though
the Marquis of Mirabell be a person of honor, and every way withowt
exception, yet is it obvions to every man's understanding wath time
will be required for his preparaôn and what to putt this change in
efïect, part of Don Carlos traine being already at Dunkerke, as we
understand by the Captain of owr Ship of warre, sent over expresly
to transport him hether : and though making judgment of others by
owr owne sinceritie, we are not easely jealous of any sinister intention,
3^et because owr honor is too deare unto us to expose it to adventure,
untill you receave knowledge from us that we hâve satisfaction in
sending unto us from that side, owr pleasure is after y^ arrivai at that
Court you should, (i) instead of askmg audience of that King, send to
him or Olivares (as y on s hall think fitt) a message to this porpose,
That y e wer sent thither by tis ftdl fraughted with Power s & Instructions
to begi7in & if need wer to end a Treatie of Peace betwine the two
Cronnes & for the establishing of peace in Christendom, but that it
was ever tmderstood by us & promised by them, as well for point of
konnor as convenience for treating theas greate affaires, that a reciprocall
Aînbassage should corne fro7n them to answer yours, of which we fy^tdin^
a delay, hâve commanded you nether to defnand audie^ice nor to begi^in
anie treatie, though it bee offered by them, till wee hâve sent you word
of our satisfaction in this Point, This is what ye ar to delyver to the^n
at y our first C07ning & punctually observe till further commands : but
though we hâve stoped both your month & eares as a Publique Minister,
yet we expect of your industrie, by com7nunications with dyvers as a
Privât Par son, both what is the caus of this delay on there syde of
sending an A^nbassador, a7td what 7nay bee hoped of ther good inte7itio7is
to give us satisfactio7i.
Given under our Signet at owr Court at Whitehall, the ... of November, 1629.
(li Toute la partie imprimée en italique est écrite de la main de Charles I, qui a barré le texte écrit de la main du Secrétaire Lord Dorchester.
29 novembre 1629. Autographe du Secrétaire Lord Dorchester, corrigé par le roi Charles I. Londres.
Public Record Office. Foreign State Papers, Spain 68.
Publié par NoÊL Sainsbury, op. cit. p. i38.
Comme on le voit, la dépêche royale n'est pas datée. Sainsbury lui donne la date du 19 novembre. Si cette date se justifie par quelque document, il est clair qu'elle doit être comprise selon le calendrier anglais et qu'elle équivaut au 29 novembre du style nouveau.
TRADUCTION