LE ROI CHARLES I A SIR FRANCIS COTTINGTON
Whitehall, 19 [29] novembre 1629.
Très fidèle et bien-aimé, salut !
Il n'y a rien que nous tenions en plus haute estime que de garder notre parole et notre promesse royales envers les princes auxquels nous les avons engagées. Cela nous fait attendre pareille conduite honnête et correcte des autres sans infraction ni altération. C'est pourquoi, nous envoyons la dépêche expresse par le présent courrier (auquel nous recommandons de faire diligence pour vous rencontrer à votre première arrivée à Madrid). Elle nous est inspirée par le retard inattendu de l'arrivée de Don Carlos de Coloma. Nous apprenons par des renseignements venus de Bruxelles que ce retard trouve son explication d'un côté dans l'attente d'instructions devant venir de l'Espagne, et non encore arrivées, mais attendues par le prochain courrier; d'un autre côté par le doute s'il serait l'homme correspondant à vous que nous envoyons en Espagne, ou si un autre devrait être désigné à sa place, question sur laquelle le Marquis de Mirabel est en pourparlers. Nous ne comprenons pas bien comment il se fait que les ordres et les instructions nécessaires ne soient pas encore arrivés à Bruxelles concernant l'envoi de don Carlos, eu égard à tout ce qui s'est passé concernant cet envoi mutuel d'ambassadeurs, choses dont vous vous souviendrez aisément. Et, quoique le marquis de Mirabel soit un homme d'honneur de tous points et à tous égards, cependant tout le monde comprendra qu'il ne lui faut pas beaucoup de temps pour se décider et qu'on produirait un singulier effet en changeant d'ambassadeur au moment où une partie des bagages de don Carlos est déjà prête à Dunkerque, comme nous l'apprenons par le capitaine du navire de guerre que nous avons envoyé expressément pour le transporter ici. Quoique jugeant des autres d'après notre
sincérité, nous ne soupçonnons pas aisément quelqu'intention déloyale, 29 novembre 1629. cependant, comme notre honneur nous est trop cher pour l'exposer à quelqu'aventure, aussi longtemps que vous n'aurez pas reçu de nous l'avis que nous avons reçu satisfaction sur la mission que nous attendons de l'autre côté du détroit, notre volonté est que, après votre arrivée à cette Cour, au lieu de demander une audience au Jioi, vous envoyiez à Sa Majesté ou au duc d'Olivarez, comme vous le croirez opportun, un message de cette teneur : que vous êtes envoyé là par nous, chargé de pleins pouvoirs et d'instructions pour commencer et si c'était nécessaire pour terminer les négociations en vue d'un traité de paix à conclure entre les deux couronnes et du rétablissement de la paix dans la Chrétienté, mais qu'il a toujours été entendu par nous et promis par eux, aussi bien eu égard au point d'honneur qu'aux conditio7is requises pour traiter une affaire si importante, qu'une ambassade réciproque viendra de leur côté pour répondre à la nôtre, que, en conséquence, nous vous avons commandé de surseoir à toute démarche et de ne demander audience ni de commencer aucune négociation, quand même ils vous en feraient la proposition y ava7ît que nous ne vous ayons fait savoir que 7wus avons reçu satisfaction sur ce point. Voilà ce que vous aurez à faire immédiatement après votre arrivée et à observer p07wtuellement en attendant des ordres ultérieurs. Cependant, quoique nous vous ayons fermé la bouche et les oreilles comme ministre d'État^ nous attendons de votre habileté que, par des entretiens privés avec l'un et l'autre, vous appreniez pourquoi ils tardent de leur côté d'envoyer tin ambassadeur et ce que nous pouvons espérer de leurs bonnes intentions à nous donner satisfaction.
Donné sous notre seing à notre Cour de Whitehall, le ... de novembre
DCXLVII RUBENS AU COMTE-DUC D'OLIVAREZ. 14 décembre 1629.
Excelle7ttissimo mio Sig)iore :
lo mi vado mettendo in ordine per il ritorno a casa mia in conformità della licenza concessami da V. Ex' di poter andârmene qualquè giorni doppo larrivo del signor don Carlos in questa corte, perché veramente non posso più differirla senza gran pregiudicio délie cose mie domestiche, che per la mia longa absenza de dieciotto mesi vanno in perditione, ne si possono rimettere in buon stato se non mediante la mia presenza.
i4ciécembrei629 lo suppHco humilmcnte V. Ex*" sia servita di conservarmi nella sua;
buona gracia e protettione, et tenermi per escusato se non si è fatto
davantaggio nel negocio incargatomi, considerando che arrivai in questa
corte de pessima staggione, trovando la fattion contraria nel colmo per
la pace fatta inmediatamente con Francia e rinforzata per la presenza
di quel ambasciatore : che non fù poco di sostener la nostra prattica in
piedi, et attacar il negocio in qualque forma con quella poca facultà
che mi restô in mano, sendo mancato il principal soggietto délia mia
commissione, oltra che si sono spianate difficoltà grandissime toccante
l'andata del signor don Francesco Cotinton in Spagna, e doppo la sua
partita sopra la venuta di don Carlos. Di maniera che non mi resta altro
che di sperare che la mia rettissima intentione et buon zelo verso il
servicio de S. M. se non agradecimiento, al méno meritarà perdono. Yo
sarô in ogni luoco sempre prontissimo a ricevere i commandamenti di
S. M. et di V. Ex^ et a spendere la vita e robba per il lor servicio ogni
hora che si dignaramo d'impiegarmi. E con quest' animo bacio humi-
lissimamente con ogni affeto e rispetto gli piedi di Vostra Eccellenza,
come
Humilissimo e devotissimo suo servitore,
PlETRO PaUOLO RubENS.
Di Londra, il 14 di décembre 1629.
Autographe original aux Archives de Simancas. Estado. Leg. 2148. Publié par Gachard op cit. p. 3ii. Traduction Ibid. p. 181. Ad. Rosenberg, op. cit. p. 3i2.
TRADUCTION
RUBENS AU COMTE-DUC D'OLIVAREZ
Très excellent Seig7teiir.
Je fais mes dispositions pour retourner chez moi en conformité de la permission que Votre Excellence m'a donnée de partir d'ici quelques jours après l'arrivée du seigneur don Carlos Coloma dans cette cour : car véritablement je ne saurais différer davantage sans un grand préjudice de mes affaires domestiques, lesquelles vont se ruinant par ma longue absence de dix-huit mois, et ne pourront se remettre en bon état qu'au moyen de ma présence. Je supplie humblement Votre Excellence de daigner me conserver en sa bonne grâce et protection,
et de me tenir pour excusé s'il ne s'est pas fait davantage dans l'affaire dont u décembre 1629.
j'ai été chargé, en considérant que j'arrivai ici au milieu des circonstances
les plus défavorables : car la paix récemment conclue avec la France avait
donné la prépondérance au parti qui nous était contraire, et l'arrivée de
l'ambassadeur de cette couronne vint le renforcer encore. Ce ne fut pas peu
de chose que de maintenir notre position et d'entamer l'affaire avec ce peu
de ressources qui m'était resté entre les mains, le principal objet de ma
commission étant venu à manquer (i). En outre, de très grandes difficultés
ont été aplanies touchant le voyage de sir Francis Cottington en Espagne
et la venue ici de don Carlos Coloma. De sorte qu'il ne me reste qu'à
espérer que ma très loyale intention et mon bon zèle pour le service de
Sa Majesté mériteront, sinon des remercîments, au moins quelque indulgence.
Je serai en tous lieux toujours très prompt à recevoir les commandements de
Sa Majesté et de Votre Excellence, et à sacrifier ma vie et mes biens
pour leur service chaque fois qu'elles daigneront m'y employer. Et dans ces
sentiments, je baise très humblement, avec toute affection et respect, les pieds
de Votre Excellence, comme
Son très humble et très dévoué serviteur,
Londres, 14 décembre 1629. Pierre-Paul Rubens.
DCXLVIII CHARLES I AU SECRÉTAIRE F. COTTINGTON. i5 décembre 1629.
Westminster, Dec. [i5], 1629.
Right trusty & welbeloved Counsellcf wee greete y on well :
By o'' letters of the 19''' of the last, sent by an expresse, wee gave you direction to suspend ail manner of proceeding, by vvay of publique audience in any thing w^^ concernes o"" service in that Court till new order ; & this upon such advertisement wee had from Bruxells of causeles delay (as wee had reason to conceave) of the comming of Don Carlos de Colonna ; w*'^ was promised to correspond w*^ our sending of you into Spayne. Since, wee hâve receaved sufficient satisfaction from thence
(i,i n veut probablement parler de l'affaire qu'il avait élé chargé de négocier avec le duc de Soubise.
i5 décembre 1629. by Icttcrs from thc Infanta to Rubens, w*'^ give us assurance that Don Carlos shalbe at Dunkerke by the '^'^ of this présent to take his passage, against w^** day wee are desired to send such of our shipps as are necessary for his transport, in w*'^' wee will not fayle. And in regard the cause of stay of your proceeding is therby taken away, wee hâve thought fitt w*** the soonest to cease the effect likewise ; & therfore hâve commaunded this second expresse messenger to be dispatched unto you w'^' thèse our letters, to sett you in the same state you were before o^ countermaund ; & to authorise you to followe yo^ former commission according to yo^ instructions, with this onlie réservation, that you make no further use of yo^ credentiall letters, but in giving knowledge that such you hâve in yo'^ hands (whereof you may shewe the copie to whome you thincke fitt) & that the stay of the delivery of them proceeds of this, that wee are informed Don Carlos cornes w*^out any from the King of Spayne : for W^ this raison is alleadged, that whilst Princes are actually in warre it is not proper credentiall letters should passe betwixt them : & the same reason holding on our side as on that King s must be a rule equally to both : but yf you should find that, out of affection to the publique peace, they hâve there past by usual formes & sent credentialls to Don Carlos (as Rubens sayth it is very likely they hâve donc upon second thoughts) wee then leave it unto you w*^out scruple to deliver yo'"^ ; & hovvsoever yo"^ commission (w^^^ serves as letters patents) you may shewe & make use of as may most advantage the accélération of the treaty : of w*^^ a principall fruict consists in the well manadging of tyme : & in that regard wee use this diligence in sending this express, who, in ail apparance wilbe in that Court before Don Carlos arrivall hère, & is likely enough to meete you there at yo^ first arrivall. For further particulars, W^ may concerne yo"" negotiation, wee refer you to the letters of the Viscount Dorchester, one of o"^ principall Secretaryes.
Given under o'" Signett at o^ Pallace of Westminster the
La minute de cette dépêche ne porte pas de date. Au dos on lit :
His Majesty to S"^ Francis Cottington the ... of December 1629 by Dunker...
Londres. Public Record Office. Foreign State Papers, Spain 68. Publié par NoÈL Sainsbury. op. cit. p. 140.
TRA D UCT ION . 1 5 décembre 1629.