‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 51 sur 104 · RAPPORT FAIT AU ROI · texte numérisé non relu

RAPPORT FAIT AU ROI

Le Secrétaire Jeronimo de la Torre rapporte que le Comte-duc lui a ordonné de s'informer auprès du Conseil si, prenant en considération que don Carlos Coloma est passé en .Angleterre et que Sir Francis Cottington est arrivé ici, Pierre-Paul Rubens pourra quitter Londres et retourner en Flandre, ayant achevé ce qu'il avait mission de faire et le Conseil a été d'avis que, s'il plaît à Votre Majesté, on pourra écrire à don Carlos qu'il voie s'il a besoin là-bas de Rubens et que s'il a besoin de lui il le retienne et que sinon il lui dise que Votre Majesté lui permet et approuve qu'il retourne en Flandre.

Votre Majesté ordonnera ce qui lui plaira le mieux.

Madrid, le 26 février i83o.

(Il y a quatre paraphes.)'

DCLXl

BALTHASAR GERBIER A LORD COTTINGTON. (i) iz février i63o.

Moftsieur.

J'ay receu une lettre de votre main dattée du 24 janvier, le principal article auquel je me suis aresté est celuy où il vous plaist me faire rhonneur de me commander de vous escribre librement m assurant que mes lettres ne vous seront désagréables.

La première publicque et seconde privée audiance de Don Carlos vous aura esté amplement déduitte et touttes les sircumstances d'icelles, que les discoureurs icij avoient j a faict courir un bruict que D. Carlos n'estoit venu que pour un complhnant et par ainsi vouloient tirer en conséquence que c'estoist au grand désadvantage du roy que vous estiez envoie comme pour aller rechercher la paix. Vous aurez aussi sceu la difficulté que Ton a voulu faire aveoir au roy cPacepter la lettre de rinfante au roy tout procédant d'une Carlillada, le roy Ta toutesfois

(i) Les mots en italique sont en chiffres dans l'original et ont été déchififrés par Lord Cottington.

i^ février i63o. ucceptée apprès luy avoir esté promis que P Infante estoist acoustumée de traitter le roy de France de la mesme façon, (i) Monsieur Rubens par sa prudente conduite a surpassé ces petitts difficultés et reporte une letre dtt roy à Plnfante quy est une responce siville et pleine de respects.

Le S"* Rubens a pris congé du Roy et de la Reyne, faict estast de partir dens quattre ou cinq jours, nonobstant qu'un chasqu'un souhaitte sa demeurre pour beaucoup de raisons et n'estoist que cest une vanité de vouloir les choses apprès quelles ne sont plus possibles, je souhaitterois que le Conde Duque n eust pas seullement mandé à Rtibens qu'il demeurast s'il le creust nécessaire, mais qu'il luy eust expressément commendé de la part du roy et qu'il luy eust envoyé calité équipollantte pour estre jointe avec Don Carlos, car selon que je remarque la constalation de certaines personnes icij qui font tout et gui peuvent ^o\iv enpescher ceste affaire, il est plus que nécessaire d'aveoir des bons aides et le plus qu'il ce peut pour soutenir les foibles et reparer d'arguments eficatieux les subtilles objections des uns et malicieuses menées des aultres dont le nombre est grand, le succès des holandois du costé desquels les Puritains se joignent faict parler ceux qui sont transportez d'un zelle aussi violant que dangereux les fouges et impétueuses espérances que le Cardinal faict que le roy de France pousse les holandois à la continuation de la guerre leur promettant toutte assisstance ce qu'ils confirment par la ratification du Traitté.

// Tio (Le Lord Trésorier) a esté en extremme peine à la réception de vostre lettre parce que vous luy aviez fort peu escribt referrant à la lettre de Dorchester laquelle estoist en chiffre, et a esté besoin que Rubens laye remis en meilleur estast, car il estoist du tout désespéré ne sachant le content de la lettre de Dorchester ny se qu'il s'en pouvoist promettre, aussy à la première ouverture que Rubens luy en faisoit il ce conporttoit comme si toust estoist rompu, mais apprès a bien g^ousté que cest follie de croire qu'en l'affaire du Palati^t il ce puisse faire auqune chose sans (Empereur et le Duc de Bavière et de ce sentiment sont touts les aultres Ministres, hormis ceux quy ont estes les principaux du traité de France quy font

(i) Il s'agit de la lettre écrite par Tlnfante â Rubens, pour être communiquée au roi, dont il est question dans la lettre de Charles I à Cottington datée du [i5] décembre 1629.

le Diable par malice autant qiie par Ignorance jusques à un tel poinct ^ février i63o.

que j'en suis las, ce que je dis en confidence parce que vous m'escrivez

que je vous escrive librement, m asseurant que vous le prendrez en bonne

part j'ay ceste confidence et que vous attribuerez à mon zelle ce que je

dis sur ce subject encore que cela touche à celui à qui j'ay de l'obligation

pour mon affaire particulière.

Seullement je prendray la libertté de vous dire librement puis que vous me le commendez que j'ay grande Ocasion de me plaindre pour plusieurs particularîtez, expérimentant estre véritable qu'il n'a pas tenu à vostre bonne disposition que Gerbier aye esté plus enploié, Gerbier ne cédant à personne au monde de fidellité et de disposition, laquelle est née avecque luy et a donne des preuves sy signallées qu'il ne cedde en secretesse à personne du monde que comme il a eu l'honneur d'aveoir commencée c'este affaire, l'on ne le devoit aveoir laissé ainssi à servir de Signor Jeronimo cest à dire estre tavernier de Rubens et non seullement fier les passages quy entreviennent en ceste affaire à aultres (contre lesquels je ne fais nulle exception) mais que ces personnes là ayant à ce conportter avec Gerbier en la présence de Rubens comme s'il ne falloit en nulle façon se fier de Gerbier quy a avallé ces piluUes amères patiament toutesfois avec un Esprit offencé veu qu'il a donné des preuves si clairs que l'on ce pouvoist fier de luy, de quoy je feray récitt d'un argument.

Gerbier a sceu depuis la première heure que Rubens a négotié jusques à présent tout ce quy cest passé, Rubens ne luy ayant rien celle, lequel n'a pas eu de mauvais advis de Gerbier quy ce comporttant en ceste façon c'est rendu capable de l'advertir de plusieurs choses et Gerbier ayant tout sceu depuis le commencement et du papier que le Lo : Très. (Lord Trésorier) avoist signé et le contenu d'Icelluy, quavec Vérité Rubens et Gerbier avoient premièrement projecttez ensemble, demeurant en mesme essence, et fort peu de parolles changées, et depuis ainssi envoyé. De sorte que l'on faisoit grand tort à Gerbier de craindre que la privance qu'il avoist avec les Holl[andais] pouvoist estre désadvantageuse qu'il n'estoit pas possible qu'il ne se laissât eschapper quelque parolle et que pour cela le Lo[rd\ Tres[orier] ne ce pouvoist résoudre de ce fier de luy ; c'estoist un pouvre argument

^ février i63o. contrc la fidcllité de Gerbier qiiy sçait faire différence des personnes et des affaires ; et quoyque Gerbier aye Obligation aux Hollandais pour laveoir assisté en ces affaires particulières et aveoir este lamij de Son Maistre sy est ce que [les] Holland\ois\ n ont jamais sceu tirer de Gerbier la moindre particularité, Gerbier aiant dès son aage de discrétion eu ceste qualité de secretesse ; en ces passages particul[ièrement] Gerbier ne demende aultre tesmoing que Riibens et le temps quy a peu faire cognoistre que tout ce quy cest passé entre [le] L[ord] Tres[orier], Riibens et vous personne n'en a rien sceu. Gerbier ne faict cest relation pour aultre fin sinon d aléger sa douleur en se plaignant à vous, et s en sera la fin. Je croy aussi que la dernière lettre que j ay envoyé sous couvertte du Lo\rcl\ Trés[orier] a esté ouvertte parse que le Lendemain que je Tavois donnée le roy me vint demender en secret si Carlile m'avoist dist que le roy vouloist faire Riibens Chevallier. Je sçay que Ame vivante ne sçavoit c'este particularité et que le roy ne men pouvoist parler sy [le] Lo[rci\ Tres[orier] n'avoist faict ouvrir ma lettre; tout cela procedde de mesfiance pour laquelle il na nulle cause; quant à ce quy est de Riibens le roy lavoist promis secrettement et quand il prist congé il ne Ta pas faict, quoy que je croie qu'il le pouroist encore parce que le roy a réservé une Bague qu'il luy veust donner de sa main propre. Je suis bien aise que Rnbens n a rien sceu de la résolution que le roy avoit parce que ce seroit une honte s'il ne le faict d aveoir changé et on pouroist atribuer la cause à celuy quy pour n'en aveoir eu cognoissance Ta plustost enpesché que portter de la facillité. Le roy a pris de Gerbier un cordon de Diamant et une Bague pour donner à Rnbens. Dieu sçait quand Gerbier en sera paie, et aussy des charges de lo mois d'entretennement pour Rtibens ; c este une pauvre récompensse destre chargé et encore exclus de la confiance. Monsieur, vous m'avez donné une liberté d'escrire franchement, j ay ceste confiance que je le fais à une personne généreuse et à celuy quy me fera l'honneur de me donner la libertté que je me puis nommer toute ma vie,

Monsieur de Vot. Excell.

le très humble et très obéissaint serviteur B. Gerbier.

Ce 17 [27] Febvrier i63o.

Au dos : Gerbiers letter written to my Lo : Cottington and by him ^ février i63o.

deciphered.

Feb. 26. i63o. Recep. Sep. 12 i633.

Londres. Public Record Office. Foreign State Papers, Spain 69. Traduction anglaise d'une partie dans Noël Sainsbury, op. cit. p. 142.

COMMENTAIRE

Gerbier n'eut pas à attendre longtemps le paiement de la bague, du cordon de chapeau en diamants et de Tentretien de Rubens. Le 20 février (2 mars) i63o ; le roi lui fit remettre un mandat de 5oo livres sterling pour les deux bijoux et le 29 (sic) février (11 mars) suivant un autre de 128 livres 2 shillings 11 pence pour Tentretien de Rubens, de son beau frère M. Brant et de leur suite, depuis le 7 décembVe 1629 jusqu'au 3 mars i63o, la dernière période du séjour de Rubens à Londres.

Voici le texte de ces deux mandats :

M^ Gerbiere. A warrant for a privie seale of 5oo 1* unto M^" Balthasar Gerbiere for a diamond ring and a hatband by him sold to his Ma^^^ to be presented unto Signor Piere Paolo Rubens Secretary and Councillor to the King of Spain. Feb. 20 1629-1630.

Mj Gerbiere. The Charges & Entertaynment of Sig^ Piere Paulo Rubens, Secretary & Councillor of State to the King of Spain by his Ma^^^s expresse command defrayed at Balthasar Gerbiere, Esq. his Ma^^^^ servants house with M^" Brant the sayd Sig^ Rubens brother in law & their men from the 7 ot december last to the 22 of Feb''. 1629-1630.

L, 128-2-11 Allowed the 29 of Feb^. i63o.

(HooKHAM Carpenter. Pictonal Notices consisting of a Memoir of Sir Anthony Van Dyck etc. p. 168).

Le 3 Mars i63o (21 février 1629, style anglais), le roi conféra à Rubens la dignité de Chevalier. Dans la liste des chevaliers créés par Charles I ce jour-là, on lit : Feb. 21. 1629-1630. Sir Peter Paul Rubens, ambassador from the archdutchesse at Whitehall. (Ibid. p. 168).

DCLXII 3marsi63o. G. GAGE A ENDYMION PORTER.

(London, February 20, 1629-30.) Sir,

I hâve been twice at y"^ house to wayte on y"^, and to tell y'' that Sig'* Rubens parte th very well satisfied of y*^ favour and affection to him, and is very sorrye for the affliction which Got hath sent y'^; but wee hope both that by this time y'^ comforte is well-advanced, which I shalbee extreame glad to understande, as likewise of ail occasions wherin I may shew myself

Y'' most affectionnât humble servant

This Saturday morning. G. Gage.

To my honourable friend, M"* Endymion Porter.

Original. Londres, Public Record office. Noël Sainsbury, op. cit. p. 146.

TRADUCTION

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