R. MASON A SIR H. VANE
Ratisbonne, le i5 octobre i63o.
Très honorable et très honoré Seigneur.
Il paraîtra peut-être étrange à certaines personnes en Angleterre qu'après les premières ouvertures faites il y a longtemps par Tabbé de la Scaglia en vue d'un traité de paix avec l'Espagne ; après les pourparlers de Gerbier et
i5 octobre i63o. de Rubens dans les Pays-Bas ; après rintervention de ce dernier au nom de rinfante entre les rois d'Angleterre et d'Espagne, et son voyage en Espagne entrepris expressément dans ce but; après un autre voyage d'Endymion Porter vers le roi de ce pays; après la mission bien connue de Rubens en Angleterre avec un mandat de ce même roi et l'ambassade extraordinaire de Sir Francis Cottington, commencée longtemps avant le commencement de cette diète; après tous ces traités secrets ou publics et après qu'un duc de Turcis eut été prétendument envoyé d'Espagne pour le service du roi d'Angleterre en faveur du comte palatin, il paraîtra peut-être étrange, dis-je, que l'ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté n'ait obtenu de l'Empereur qu'une seule audience et que de
tout ce temps il n'ait reçu qu'une dépêche d'Angleterre
De Votre Seigneurie le très affectueux R. M.
DCLXXXIX
22 octobre 1630. BALTHASAR MORETUS A JEAN VAN VUCHT.
En Anveres a 22 de Otubre i63o.
Aengaende mijn heer Rubbens doet geerne vriendtschap
sonder syne schade : soo U.L. gedient is met eene schilderije van drye oft vier personagien, sa! U.L, gerieven vande selve groote die U.L. is begeerende voor 100 pattacons.
Archives du Musée Plantin-Moretus. Copie de lettres i625-i635, p. i55.
TRADUCTION
BALTHASAR MORETUS A JEAN VAN VUCHT.
Anvers, le 22 octobre i63o.
Quant à Monsieur Rubbens, il fait volontiers une gracieuseté,
pourvu que ce ne soit pas à son détriment. Si vous pouvez vous contenter d'un tableau de trois ou quatre personnages, il vous le fournira de la grandeur que vous désirez pour cent pattacons.
DCXC RUBENS A PIERRE DUPUY. octobre i63o.
Monsietiv.
J ay esté très ayse d'avoir de vos nouvelles et je vous supplie de croire que le seul respect de ne vous importuner ma retenu de ne vous prévenir par mes lettres pour renouveller notre ancienne correspondence, laquelle jay regretté plusieurs fois davoir perdu (à mon opinion) par mes voyages d'Espagne et Angleterre, car elle ne m'estoit seulement agréable pour vos bons ad vis mais par vostre qualité et réputation me donnoit des atacques d'ambicion, oultre que ce bonheur me venoit de part de M. De Peresc que j'onore aultant que personnage du monde. J ay quelquefois de ses nouvelles, par le moyen d'un marchant naguerres venu de Marseille à demeurer en ceste ville. Il na jamays perdu son bon goust en matière dantiquité par les calamitez publiques de sa patrie (i), ains a tousjours continué à m'envoyer de ses gentillesses accoustumées, me donnant part de ses observacions et desseyns tirez de quelq. pièces antiques et particule dun tripos de bronse trouvé en un temple ruineus de Neptune, et plusieurs aultres galanteries. Je suis bien ayse qu'il est de retour chez soy, après une si longue et ennuyeuse absence. Mons. de Valavez son vray frère de nature et courtoysie, m'at honnoré aussi quelq. fois de ses lettres. Il me semble que la peste faict sa gyravolte par toute l'Italie on escrit de Venise qu'ellç y faict des grans progrès. Quant à la mort de Monsieur le Marquis Spinola je ne puis dire aultre particularité sinon quelle at esté causée par des travaulx et ennuys, vires ultra sortemq. senectae. Il semble quil estoit las de vivre on a veu une siene lettre escrite se portant ancor bien qui disoit Espero que N. S^ me hara la merced da cavar mi vida con este mes de settiembre; o antes (2). Il estoit fort degousté pour les mauvais offices quon luy rendoit en Espaigne et particul* Mons"" lAbbé Scaglia sen estoit déclaré partie, et tout exprès allé en Espaigne pour luy faire la guerre, et digia auparavant il n'estoit pas bien avecq Mons"" le conte
(i) La peste et la guerre avaient désolé la Provence dans ces dernières années.
(2) J'espère que Dieu me fera la grâce de m'appeler à lui à la fin de ce mois de septembre ou
même avant.
octobre i63o. dOlivarcs. Ce néantmoins il n'est pas vray qu on Tat despouglé de ses charges contre son gré avant sa mort mais bien supposant sa mort et ayant digia S. Ex""* mesme prévenu se sentant à lextrémité à transférer le governement en la personne du marquis de S^ Cruz. Son mal estoit un léthargue duquel ayant esté creu mort le 12 de settembre il revint et quant on pensoit estre asseurée son escapade, une récidive lemporta le 25 du mesme moys. Il at, selon qu on escrit de tous costez parachevé ceste guerre avecq sa vie. C'est une marque de la grandeur de son destin et de la puyssance de son génie. J'ay perdu en sa personne un des plus grans amys et patrons que j avoys au monde comme je puis tesmoingner par une centurie de ses lettres, (i) Quant à Mons. de Saint Ambroyse je vous asseure que je suis son très humble servûteur et que j estime aultant son amitié et faveur que me manquant ses bonnes grâces je feroys mon comte davoir perdu ma fortune en France, sans plus penser à louvrage de la Royne-Mère du Roy ou chose quelquonque de ce costé là. Aussi je confesse luy estre débiteur de tous les bons succès passez etc'*. Et pour le présent je ne sçay pas qu'il y at aulcun différent entre nous sinon quelq. malentendu touchant les mesures et symmétries de çeste galerie de Henry le Grand, Je vous supplie dentendre s'il y a quelq. rayson en mon endroict me remettant entièrement à vostre jugement. On m'at envoyé les mesures de tous les tableaux dès le commencement les accompagnant monsieur lAbbé de ses lettres fort exactement selon sa coustume et m'ayant gouverné selon ses ordres et fort avansé quelques pièces des plus grandes et importantes, comme le Triumphe du Roy au fond de la galerie depuis le mesme Mons^ lAbbé de S* Ambroyse me retranche deux pieds de la haulteur de tableaux et aussi il hausse tant les frontispices sur les huys et portes qui percent en quelques endroicts les tableaux que sans remède je suis contrainct d'estropier gaster et changer quasi tout ce que jay faict. Je confesse que je lay senti fort et plaint à Mons'^ l'Abbé mesme (nul autre) le priant pour ne couper la teste au Roy assis sur son chariot triumphal me faire grâce d'un demy-pied, et aussi luy remonstrant lincommodité de laccroyssement des portes susdittes. Jay dict à la ronde que tant de traverses au commencement de cest ouvrage me sembloyent des mauvays Augures pour espérer un bon succès, me trouvant abattu
(i) En marge : On m'escrit de Brusselles que le ducq d'Alve présentement viçeroy de Naples est déclaré governeur de Milan.
de courage et à dire la vérité aulcune* dégousté par ces nouveautez et octobre i63o.
changemens à mon très grand préjudice et de louvrage mesme, lequel
diminuera grande^ de splendeur et lustre par ces retranchemens, toutesfoix
si on les eult ordonnez de la sorte du commencement on pouvoit faire
de la nécessité vertu. Ce non obstant je suis tout prest pour faire tout
ce que me sera possible pour complaire e servir Mons^ l'Abbé et je
vous prye me favoriser de vostre moyen. Quid enim mali feci. Je vous
en seray redevable de mon très humble service tout le durant de ma
vie outre lobligacion précédente qui ma mis au rang de ceulx qui font
profession d'estre ce que je suis, Monsieur
Vostre très humble et très affect^ serviteur
PlETRO PaUOLO RuBENS.
Anvers ce I030. (Rubens n'a pas rempli la date du mois.)
Je vous prie m'excuser d'avoir pris la hardiesse d'escrire ceste en la langue francoyse sans en avoir aucune cognoissance ce que jay faict seulement pour ceste foix en cas quil fust besoing de la communiquer à mons^ de S* Ambroyse.
Monsieur je vous prie de bayser bien humblement de ma part les mains à mons^ vostre frère.
Autographe à la Bibliothèque nationale de Paris.
Publié par Gachard. Bulletin de la Commission royale d'histoire II, p. igi ; par E. Cachet. Lettres iîiédites de Rubens^ p. 255 et par Ad. Rosenberg, op. cit. p. 195.
COMMENTAIRE
Le marchand de Marseille. Ce marchand était un Anversois, ami de Rubens, nommé Picquery, qui avait habité Marseille et qui était revenu à Anvers vers i63o.
Spinola dirigeait le siège de la ville de Cazal lorsqu'il tomba malade et se fit transporter à Castello de Incisa entre Alexandrie et Nice où il mourut le 25 septembre i63o. Le 4 septembre, la ville de Cazal lui fut livrée, à l'exception de la citadelle qui provisoirement fut laissée aux Français commandés par Monsieur de Toiras. Le 27 novembre i63o, la ville et la citadelle furent remises entre les mains du duc de Mantoue, ce qui mit fin à la guerre entre la France et T Espagne.
octobre i63o. La Galerie de Henri IV. Rubens fut chargé par la reine-mère de peindre,
en même temps que la Galerie représentant Thistoire de Marie de Médicis, une seconde galerie représentant celle de Henri IV. Le 7 mars 1622, Peiresc écrivit à Aleander : « Pierre-Paul Rubens est retourné chez lui. Il a entrepris de faire les peintures des deux galeries de la reine-mère au prix de vingt mille écus. » Il termina la première avant de songer à mettre la main à la seconde. Au commencement de 1628, il avait commencé les dessins de cette dernière; après son retour d'Angleterre, il s'était mis sérieusement au travail et dans la présente lettre il expose les difficultés survenues qui Tempêchent de continuer cette besogne, la plus importante à ses yeux qui lui fût jamais commandée. Les troubles politiques survenues en i63i la lui firent abandonner complètement. Quelques tableaux étaient fort avancés, les esquisses d'autres étaient exécutées. (Voir à ce sujet mon Œuvre de Rtéens n9^ y 55 à 762.)
DCXCI
24 octobre I630. PEIRESC A JEAN-JACQUES CHIFFLET.
J ai donné à M. Rubens le dessein d'un trépied de bronze antique [trouvé] en ces quartiers de deçà puis peu de mois où il se void bien des marques de ces anciens mystères delphiques et fatidiques. Je vouldrois que vous eussiez veu Toriginal mesmes, car je m'asseure que vous y trouveriez à dire des merveilles • . . .
Cependant je vous dois de nouveaux compliments du livre de Lalaing que j'ay enfin receu avec les portraits de M" Rubens, Gevartius et Puteanus, bien marry de n'avoir eu par mesme moyen le vostre. Beaugencey, 24 Octobre i63o.
Bibliothèque de Carpentras. Minutes des lettres de Peiresc, Tome III.
COMMENTAIRE
Le dessin d'un trépied de bronze. Ce fut entre le 8 et le 18 décembre 1629 que Peiresc envoya à Rubens les dessins et discours du trépied en bronze. (Voir plus haut pages 3i6, 3i7 et suivantes.)
Le Livre de Lalaing. Il s'agit, à n'en pas douter, de VHistoire du bon M octobre i63o. chevalier Jacques de Lalain. Cette Histoire est racontée dans une chronique longtemps attribuée à Georges Châtelain, actuellement reconnue comme l'œuvre de Jean Lefèvre, seigneur de Saint Rémy. Au moment où Peiresc écrivit la présente lettre, l'Histoire du bon chevalier n'existait qu'en manuscrit. Peiresc en avait fait faire une copie ; dans la lettre qu'il écrivit le 21 juillet 1629 ^ l'un des frères Dupuy, (i) il dit : « J'ay esté bien aise d'apprendre que vous ayez receu la coppie du manuscrit de Jacques de Lalain, que j'avois faict transcrire sur un exemplaire du sieur Chifflet, n'ayant pas sceu que M. Godefroy ne M"" Chrestien en eussent de semblables, car j'eusse eu recours à eux plutost qu'au dict sieur Chifflet, mais il importe peu d'où que la coppie en vienne, pourveu qu'elle soit bien correcte. Cependant, je vous remercie de l'advis de ces deux autres exemplaires, pour m'en pouvoir prévaloir en la collation si besoing estoit. » La transcription faite pour Peiresc est conservée à la bibliothèque Inguimbertine à Carpentras. Quatre années plus tard, VHistoire du bon chevalier Jacques de Lalain fut publiée par Jules Chifflet, d'après un manuscrit qui se trouvait dans la bibliothèque de son père Jean-Jacques (Bruxelles, 1634, in-4<>).
(i) Lettres de Peiresc aux Frères Dupuy, publiées par Tamizey de Larroque, II, p. i33.
DCXCII
6 décembre i63o. IN NUPTIAS
Nobilis Clarissimique Viri
D. PETRÎ-PAULi RUBENÎi,
EQUÎTIS,
Regiae Majestati in sanctiore Concilio a Secretis, etc,
Saeculi sui Apellis, secundum se Sponsi :
ET
Lectissimae Virginis