C. GEVARTius lud
Original aux Archives du royaume de Belgique. Cartulaires et manuscrits n^ 542 (Fonds Routard) pp. 667-669.
TRADUCTION
Sur le Mariage du noble et illustre homme Pierre-Paul Rubens, chevalier, secrétaire de Sa Majesté royale au Conseil privé etc, Apelles de son siècle, rheureux époux, et la très distinguée demoiselle Hélène Fourment, incomparable par la conduite et par la beauté, le 6 décembre i63o.
Lorsque Zeuxis se prépara à peindre les traits de THélène grecque, et ses yeux brillants et son doux visage, il choisit dans la ville de Crotone cinq vierges pour composer de leurs beautés diverses la beauté de son héroïne* L'une lui fournit Texquise blancheur de son front ; l'autre la chevelure qui lui descendait en ondes ardentes de la tête ; une autre encore ses joues empourprées, son cou d'ivoire, ses yeux brillants comme des astres, ou les roses de ses lèvres; celle-là ses épaules dodues, ses seins fermes; celle-ci sa poitrine de neige, ses mains blanches comme le lait. Ainsi l'artiste réunit en un seul tableau les dons répartis par la nature à plusieurs belles. Mais plus grand que Zeuxis est Rubens dont on ne saurait dire s'il se distingue plus par l'éloquence que par l'art; voilà qu'il possède l'image vivante de l'Hélène anversoise, qui de loin dépasse Hélène la Grecque. Elle ne s'enorgueillit pas des fausses grâces du cygne de Leda quoique ses membres soient plus blancs que la neige. Entre ses sourcils ne serpente nulle tache comme celle qui, dit-on, souilla le front de la fille de Tyndare. Sa poitrine de neige renferme tous les dons que possédaient les filles de la Grèce et du Latium. Telle naquit un jour Vénus sortant des eaux, adorable dans sa chevelure déployée ; telle aussi Thétis fut réunie à son mari Pelée, quand la Thessalie donna asile aux grands Dieux. La beauté de ses
formes est surpassée par Tagrément de ses manières, par sa gracieuse simplicité, ^ décembre i63o.
par sa chaste réserve. Elle sera fidèle à Thomme de son choix qu'elle aimera
d'un amour paisible. Thésée et Paris aiguiseront en vain leurs armes contre
elle. Prépare-toi donc à de nouvelles luttes amoureuses, Apelles de notre siècle
florissant; ton art ne saurait plus faire des progrès nouveaux; rien ne dépasse
la beauté des formes créées par toi ; Timage chaste et vivante de ton Hélène
te sourit déjà.
Et toi, Vierge, sois heureuse d'un mari, dont le nom illustre est chanté par la renommée, qui de ses couleurs anime Tunivers entier, qui, par la beauté de ses œuvres, dépasse la nature, devant qui s'inclinent Praxitèle, Parrhasius, Titien et Quentin Matsys. Qui énumérera les temples et les palais royaux qu'il a ennoblis de ses mains ? Le Tage, le Tibre, le Danube et l'Arno le vénèrent, mais l'Escaut se réjouit de pouvoir se glorifier de le posséder. La Seine admire les merveilles de son art et reste éblouie devant l'histoire de la Reine. Parlerai-je de ses études du pays latin et de l'art grec et de sa connaissance de l'histoire la plus ancienne? Et encore sa gloire comme peintre est peu de chose si on la compare à ses connaissances et à ses talents comme conseiller du roi. Naguères la Tamise s'étonna de l'entendre parler au nom de son souverain et de le voir conquérir les rameaux de l'olivier verdoyant. Qu'il aille, lui qui a passé ses deux fois cinq lustres, reverdir dans ta jeune floraison ; dans tes bras, jeune épouse, il rajeunira et il puisera une vigueur nouvelle dans tes charmes ainsi que la belle Hébé empêcha son mari- Hercule de ressentir les suites fâcheuses de la vieillesse.