DES ŒUVRES DE GOLTZIUS
Le frontispice composé et dessiné par le chevalier Pierre-Paul Rubens, l'Apelles de notre siècle, représente la Renaissance de l'antiquité.
Du côté gauche, dans le haut de la planche, se trouve le Temps, sous la forme d'un vieillard ailé, tenant une faux, et, à côté de lui, la Mort qui précipitent dans Tabîme des âges les représentants "des monarchies de Rome, de la Macédoine, de la Perse, de la Médée.
La monarchie romaine est représentée par une déesse casquée et renversée qui, dans la main gauche, tient une statuette de la Victoire ; dans la main droite, une lance sans fer. C'est ainsi que Rome est représentée sur les anciennes monnaies.
La monarchie de la Macédoine ou de la Grèce est représentée par une figure d'Alexandre, casqué et cuirassé, tenant la foudre de la main droite ; tel que, selon Pline (lib, XXXV, cap. X), il a été autrefois peint par Apelles.
Le royaume des Perses est représenté par la tête de Darius, coiffée du diadème ; Alexandre assis sur le dos de ce roi, l'écrase.
Le royaume des Mèdes est rappelé par la figure d'un prince, coiffé d'un turban, tenant l'arc et le carquois renversé, vêtu d'habits amples et flottants, tels que les Mèdes en portaient, et près de disparaître dans le gouffre obscur et ténébreux du temps.
A droite de la grotte se tient Mercure, coiffé du pétase, qui, d'une main, tient une houe, dont il s'est aidé pour déterrer les bustes en marbre des généraux romains et grecs qui se trouvent près de hi\. De l'autre main, il retire de la grotte la statue presqu'intacte d'un ancien empereur romain couronné de lauriers et vêtu du manteau militaire. Un peu plus haut Hercule, vêtu des dépouilles du lion, tend- un grand vase rempli de monnaies à un esclave légèrement vêtu.
Minerve, la déesse des arts, casquée, tient un flambeau, explique et déchiffre les monnaies déterrées des anciens rois et des empereurs.
Au milieu du frontispice, on voit le buste de l'Antiquité voilée, couronnée de lauriers et ornée d'une chaîne formée de diverses monnaies. Un livre ouvert posé sur sa poitrine fait allusion à l'histoire et à l'interprétation des monnaies.
Sur la tête de l'Antiquité est perché le Phénix, symbole de la Renaissance et de r Éternité.
. .3 février i63i. COMMENTAIRE.
Cette explication d'une composition rubénienne est une des très rares pièces de ce genre que nous possédions. Elle est écrite probablement par Gevartius, et nous permet de saisir sur le vif combien d'ingéniosité Rubens mettait dans ces pièces allégoriques, dont parfois certains détails restent inexplicables pour nous. Le frontispice portait dans un carré blanc au milieu de la page le titre gravé : « Romanae et Graecae Antiquitatis Monumenta e priscis numismatibus eruta per Hubertum Goltzium Herbipolitam Venlonianum civem Romanum. Operis seriem, ad Lectorem Praefatio indicabit. » Dans le bas on lit : « Pet. Paul, Rubenius invent. Corn. Galleus sculpsit. » La gravure fut payée à Galle le 28 juin i632. Elle ne fut utilisée qu'en 1646, lorsque l'ouvrage parut avec l'adresse : ce Antverpiae, ex officina plantiniana Balthasaris Moreti. M.DC.XLV. » in-folio.
DCXCIX i4févrieri63i. BALTHASAR MORETUS A BALTHASAR CORDERIUS.
R^ in Christo Pater.
Imagines tandem absolutae, atque adeô hoc ipso vespero quo has scribo. In sequentem septimanam trecenta quinqiiaginta exemplaria excusa curabo, et mittam quot licebit per cursorum hîc praefectum ; imô per Dominam Viduam Baronis de Tassîs, quae huic imperat, et nescio quam legem nuperrimè indixit, ne minoris folia impressa quàm ipsas epistolas aestimaret. Caeterùm imagines placituras spero ; quas non semel refingi atq. emendari curavi, donec mihi et Apelli nostro Rubenio placèrent : adeô ut tempore acquisita bonitas facile omnem moram compenset
Antverpiae in officina plantiniana 14 februarii i63i.
Archives du Musée Plantin-Moretus. Copie des lettres latines 1628-1633, p. 160-
TRADUCTION. H février i63i.
BALTHASAR MORETUS A BALTHASAR CORDERIUS.
Révérend Père.
Enfin les gravures sont terminées et cela le soir même que je vous écris la présente. La semaine prochaine, j'en ferai tirer trois cent cinquante exemplaires et je les enverrai autant que possible par le gouverneur des postes, c'est-à-dire, par Madame la baronne douairière de Tassis, qui se trouve ici à la tête de ce service. Elle a édicté, en dernier lieu, je ne sais quel règlement, en vertu duquel les feuilles imprimées ne paient pas moins que les lettres. Pour le reste, j'espère que les gravures vous plairont ; je les ai fait refaire et corriger plus d'une fois jusqu'à ce qu'elles me plussent à moi et à notre Apelles Rubens; de sorte que l'excellence de l'ouvrage compensera largement le temps perdu.
Anvers, de l'imprimerie plantinienne, le 14 février i63i.