‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 74 sur 104 · DCC · texte numérisé non relu

DCC

BALTHASAR MORETUS A BALTHASAR CORDERIUS. 21 février i63i.

R^ in Christo Pater.

Moram in imaginibus incidendis per brèves et frigidos Brumae dies excusari oportet ; atque insuper attendere, non quam citô, sed quam benè. Certe ut absolverant sculptores, qua^dam emendari curavi, non meo tantum sed Appellis nostri RubeniJ judicio : atque adeo omnino confido, exspectationi vestrae abundè satisfacturum.

Antverpiae in officinâ plantianâ 21 febr. i63i.

Archives du Musée Plantin-Moretus. Copie des lettres latines. Registre 1628i633, p. i63.

1^1 février i63i. TRADUCTION.

BALTHASAR MORETUS A BALTHASAR CORDERIUS.

Révérend Père.

Vous devez excuser le retard apporté à la gravure des planches par ces jours froids et brumeux et attendre non que le travail se fasse vite, mais bien. Certes, lorsque les graveurs avaient fini, j'ai fait faire quelques corrections, non d'après mon avis seulement, mais encore d'après celui de Rubens, notre Apelles, et je compte bien que maintenant elles répondront entièrement à votre attente.

Anvers, de l'officine plantinienne, le 21 février i63i.

COMMENTAIRE

Les gravures, dont il s'agit ici, n'étaient pas destinées à illustrer un livre imprimé par Balthasar Moretus; c'étaient des feuilles volantes. Elles n'étaient pas faites d'après des dessins de Rubens. Nous ne citons ces deux lettres que pour montrer comment l'imprimeur avait recours aux conseils de son ami le peintre et combien volontiers celui-ci se prétait à cette intervention.

DCCI

27marsi63i. RUBENS A PIERRE DUPUY.

Molto ilhistre Signor mio osservantissifno,

lo sono debitore di rispota a due lettere di V. S. délie quale la prima fù delli 17 di januario, e Tultima, che ricevetti per mano del signor suo fratello, di dieci di febraro, che mi fece l'honoré di visitarmi et mostrô colla sua gentillezza e cortesia d esser vero fratello di V. S. Mi dubito che il signor ducca suo padrone sarà partito di qui con poco gusto, perche, si come mi raccontô délia sua propria bocca, non restô troppo sodisfatto delli marchesi d'Aytona e Leganes, e quelli recipro-

camènte pichati ansi scandalizati del suo procedere. La causa fù che il 27 mars i63i.

signor ducca di Vandosme si faceva trattar d*Altezza e ricevetti le visite

di grandi di Spagna, aspettandole di piè fermo nella sua caméra, et

al uscire gli accompagnava scarsamente : che parve più strano perché

il principe di Conde si contentava d'Eccellenza e nel resto s accommodava

al usa délia nostra corte. Gli disgusti di Brusselles causarono d'altre

consequenze, di maniera che, ne al suo arrivo ne al partire di questa

città, fù sparata una sol canonata e recusata Tintrata nel castello : di

che mostrô gran sentimento, et a me rincrebbi in estremo di vederlo

partire con tanto di mal talento- È perô vero che délia serenissima infanta

restô intieramente contento. Fù notata una puntualità in Brusselles,

che venendolo vedere il giovanetto principe de Chimay, volse al uscire

il ducca di Mercurio accompagnarlo, ma fù dal padre ritenuto : che si

prese in mallissima parte. In somma se n' andô senza rendere le visite

a gli duoi marchesi sudetti, ansi si fece scusar per un paggia, fingendosi

indisposto, la sera précédente alla sua partenza.

Ma lasciamo andar questo principe per il mondo, che non mancarà di riscontrar délie cortesie conformi al suo merito e grado, e vediamo un poco le novità délia corte di Francia che certo sono grandissime, e piacerà a Dio che la catastrophe non sia infelicissima. lo hô gran obligo a quella disputa toccante le misure co'l signor abbate di Sant Ambrosio, che mi ha tenuto sospeso più di quattro mesi senza mettere la mano a Topera, e pare che qualque buon genio mi habbia ritenuto a non imbarcarmi più avanti. Certo io tengo tutto quello che hô fatto per fatica buttata a perdere, perche è da temere che una persona tan eminente non si confina per rilasciarla, e Tessempio délia scappata précédente causarà tal cautela in posterum che non occorre sperarla più In somma tutte le corti sono soggiette a gran varietà di casi, ma quella di Francia n abunda più d'ogni altra. È difficile far giudicio perfetto délie cose che si vedono da lontano, et perciô me ne tacerô più tosto che censurar maie.

Qui facciamo apparato di guerra con più fervore dcl solito, havendo Spagna proveduto denari più largamente del solito, et le provincie obedienti fanno un sforzo estremo a mantener molta gente a spese proprie : di maniera che potiamo sperare ch' el nemico non farà progresso quesf anno.

37 mars i63i. Coii chc, non avcndo altro, mi raccomando humilmente nella buona

gracia di V. S. e del signor suo fratello, et ad ambidue bacio di vero cuore le mani, restando per sempre.

Di Vostra Signoria molto illustre Servitor affettionatissimo,

PlETRO PaUOLO RuBENS.

D'Anversa, il 27 di marzo, lanno i63i.

Viene da Milano per générale del essercito reggio in Fiandra il marchese Santa Croce, che si crede sia già incaminato.

Quei libri mentionati nella sua lettera, cioè del imperator Juliano et Strologi greci, si trovono qui, e perciô non occorre che V. S. s'incommodi a mandarmeli : che nulla di manco resto obligatîssimo alla cortese offerta di V. S.

L'original passa dans la vente J. G. chez Charavay en 1846. En 1877, il appartenait à M. Hagemans alors membre de la Chambre des représentants en Belgique.

Publié par Ch. Ruelens Pierre Paul Rubens. Documents et Lettres. Bruxelles 1877. p. 144. Traduction p. 120. Gachard, op. cit. p. 317 ; Ad. Rosenberg, op. cit. 198.

Ruelens croyait la lettre écrite à Peiresc, Gachard à Valavez ; nous sommes convaincus qu'elle était adressée à Pierre Dupuy et que le frère, dont il est question dans le premier alinéa, est un frère de Pierre Dupuy, c'est-à-dire Jacques, prieur de Saint-Sauveur. Le ton de Rubens, quand il écrivait à Peiresc, était plus intime. Il n'aurait pas parlé à son ami résidant dans le midi, des nouvelles de la Cour de France, il ne lui aurait pas parlé de livres à envoyer ou à ne pas envoyer, il n'aurait pas parlé de Valavez comme d'un homme qu'il voyait pour la première fois. La lettre ne peut être adressée à Valavez, le premier alinéa le prouve de la manière la plus formelle ; Rubens n'aurait jamais adressé à son ami intime le compliment qu'il était vraiment le frère de Valavez et le frère qui lui avait remis la lettre aurait dû être Peiresc qui n'avait pas quitté la Provence.

TRADUCTION

RUBENS A PIERRE DUPUY

Monsieur.

Je suis débiteur d'une réponse à deux de vos lettres ; à celle du 17 janvier et à celle du 10 février que j'ai reçue par les soins de monsieur votre frère, qui m'a fait l'honneur d'une visite, et, par ses nobles manières et sa courtoisie, m'a montré qu'il était vraiment votre frère.

Je ne doute pas que le duc, son maître, ne soit parti d'ici médiocrement 37 mars i63i. •enchanté, car il m'a raconté, de sa propre bouché, qu'il n'est pas très satisfait des marquis d'Aytona et de Leganès, lesquels, de leur côté, sont piqués, voire scandalisés de ses procédés. En voici le motif : M. le duc de Vendôme se faisait traiter d'Altesse et reçut les visites des grands d'Espagne en attendant ceux-ci de pied ferme dans son appartem^ent, et en faisant à peine un pas pour les reconduire à leur sortie. Cela paraissait d'autant plus extraordinaire que le prince de Condé s'était contenté du titre d'Excellence et, pour le reste, s'accommodait des usages de notre cour.

Ces désagréments de Bruxelles ont produit d'autres conséquences, car à son arrivée à Anvers comme à son départ, on n'a tiré qu'un seul coup de canon et on lui a refusé l'entrée de la citadelle. Il en montra un grand dépit, et moi-même, à la fin, je fus triste de le voir partir aussi mal intentionné. Néanmoins, il est vrai qu'il a été entièrement satisfait de la Sérénissime Infante. On a remarqué un fait de son humeur prétentieuse à Bruxelles. Le jeune prince de Chimay était venu lui faire une visite; à la sortie de ce prince, le duc de Mercœur se mit en devoir de le reconduire, mais Vendôme, son père, le retint, ce qui fut pris en très mauvaise part.

En somme, il est parti sans rendre leurs visites aux deux marquis susdits; mais auparavant, il s'était fait excuser par un page, en feignant d'être indisposé le soir qui précéda son départ.

Mais laissons ce prince courir le monde : il ne manquera pas d'y recevoir des politesses en rapport avec son mérite et son rang. Voyons un peu les nouvelles de la cour de France : nouvelles qui, certes, sont de haute importance. Il plaira à Dieu de faire que la catastrophe ne soit pas très malheureuse ! Je suis très heureux de la discussion, au sujet des mesures, avec l'abbé de Saint-Ambroise qui m'a tenu en suspens pendant plus de quatre mois, sans que je misse la main à l'œuvre. Il semble, vraiment, qu'un bon génie m'a empêché de m'embarquer dans cette affaire. Je tiens certainement tout ce que j'ai fait pour un travail en pure perte ; car il est à craindre qu'un personnage aussi éminent ne finisse par l'abandonner, et l'exemple de l'aventure précédente me fera prendre dorénavant de telles précautions, qu'il ne m'arrivera plus de me livrer à des espérances.

Enfin, toutes les cours sont sujettes à de grandes variétés de hasard, mais â la cour de France, elles abondent plus qu'en aucune autre. Mais, comme il est difficile de juger parfaitement des choses qui se voient de loin, je me tais pour ne pas m'exposer à critiquer sans droit.

Nous faisons ici des apprêts de guerre avec plus d'ardeur que de coutume, l'Espagne ayant été plus large à nous fournir de l'argent, et les provinces

27 mars i63i. font d'extrêmes efforts pour maintenir, à leurs propres deniers, une nombreuse armée, de sorte que nous pouvons espérer de voir, cette année, l'ennemi arrêté dans ses progrès. N'ayant plus rien à vous apprendre, je me recommande humblement à vos bonnes grâces et à celles de monsieur votre frère et je vous baise les mains restant pour toujours

Votre très affectionné serviteur, D'Anvers, le 27 mars i63i. Pierre-Paul Rubens.

Le marquis de Santa-Cruz vient de Milan pour être général de l'armée royale en Flandre. On croit qu'il est déjà en route.

Les ouvrages que vous mentionnez dans votre lettre, c'est-à-dire de l'empereur Julien et des Astrologues grecs, je les trouve ici, il ne faut donc point vous donner la peine de me les envoyer. Je vous suis néanmoins très obligé de votre offre si courtoise.

COMMENTAIRE, (i)

Rubens fait allusion, dans sa lettre, à l'un des mille petits incidents de la politique ténébreuse de ce moment.

Le duc de Vendôme, César Monsieur, comme on l'appelait, était l'aîné des fils que le galant Henri IV avait eu de la belle Gabrielle ; le fils cadet se nommait moins modestement, Alexandre. Naturellement, tous deux avaient été légitimés ; tout naturellement aussi, un jour, ils montèrent une conspiration. A la cour de Louis XIII, d'ailleurs, les conspirations, vraies ou non, étaient de règle.

Richelieu — toujours, tout naturellement — eut avis de ce qui se tramait. Alexandre et César furent arrêtés, le 12 juin 1626, et enfermés au château d'Amboise. Alexandre, le grand prieur de France, y mourut. César demanda la liberté à son bon frère le Roi, et l'obtint à la condition de sortir de France pendant une année.

On annonça qu'il allait en Italie ; mais changeant d'avis, il se tourne vers le Nord. Il arrive à Bruxelles, le 23 février i63i, accompagné d'une belle suite de gentilshommes français : l'aristocratie belge et espagnole se rend à sa rencontre. Il descend à l'hôtel du comte de Rœulx, maître d'hôtel de l'Infante» Celle-ci s*est chargée de défrayer le séjour du noble voyageur.

(i) Monsieur Charles Ruelens fit suivre la traduction de cette lettre parue dans son Pierrc-Pauî Ruheiis, Documeiiis et Lettres (1877), d'un commentaire étendu, comme il fit d'ailleurs pour tous les documents publiés dans ce volume. Je me fais un plaisir d'en emprunter les principales parties.

Au commencement de mars, il fut reçu en audience par Tarchiduchesse. 37 mars i63i. Il était accompagné de son fils, Louis, duc de Mercœur, qui avait 19 ans.

Que venait-il faire chez l'Infante Isabelle ? Allait-il simplement accomplir un acte de politesse ? S'y présentait-il en victime de Richelieu et offrait-il ses services ? Etait-il chargé de quelque mission secrète ? Toutes les conjectures sont admises. Le caractère de Thomme qui tirait Tépée pour ou contre son roi, selon les accès de ses ambitieuses colères, et les roueries de la politique en ce temps-là autorisent plus d'une supposition. Il est possible qu'il eût déjà l'idée de se rendre en Hollande, auprès du stadhouder. La guerre n'était pas encore engagée et tous les jours il passait par nos provinces des gentilshommes de France, qui allaient joindre les armées de nos ennemis du Nord. Cependant le bruit courait en Belgique, disent les Tydinghen d'Anvers, que Vendôme ira de Bruxelles à Louvain et à Anvers, puis à Berg-op-Zoom, Bréda, Bois-le-Duc, La Haye, pour passer de là en Angleterre et en Allemagne, ou même en Suède.

De toutes les façons, sa présence ici était un danger pour le pays. Le marquis de Mirabel, ambassadeur d'Espagne en France, dans une dépêche au roi, son maître, prévenait celui-ci du danger qu'offrait le séjour du bâtard d'Henri IV à Bruxelles. C'était pour le cardinal un prétexte de porter ses troupes vers les frontières du Nord de la France, « ce qui serait d'autant plus présumable, dit-il, qu'il pourrait ainsi offrir une diversion favorable aux entreprises des Hollandais. Il serait urgent, je pense, d'engager l'archiduc de se tenir sur ses gardes et de surveiller les moindres mouvements de ses voisins. (Capefigue, Richelieu^ chap. 5o.)

Quoi qu'il en soit, nous voyons par la lettre de Rubens que le fils de Gabrielle d'Estrées n'eut pas lieu d'être satisfait de sa réception à Bruxelles, où l'on savait à quoi s'en tenir, sans doute, sur son compte, et où le marquis d'Aytona, ambassadeur du roi et général de la flotte et le marquis de Leganès, le gendre de Spinola, faisaient toutes les diligences pour rassembler des troupes contre l'agression imminente de la France.

Vendôme quitta donc Bruxelles. Il se rendit à Anvers, où il fit visite à Rubens.

A Anvers, la réception du prince se fit avec une maigre solennité, un seul coup de canon et un refus d'entrée pour la citadelle. A Bréda, occupée par les Espagnols, le gouvernement lui refusa de même l'entrée de la place, « sur la deffiance qu'il avoit que les HoUandois la muguétoient et avoient quelque <iessein sur icelle. » Ainsi s'exprime le Mercure françois (T. XVII, p. SgS). On avait donc vent de ses projets.

Enfin, il arrive à La Haye, le i5 mars et y fut bien accueilli. Il part le

27mar8i63i. 17 mai avec le prince d'Orange, comme lieutenant de celui-ci, pour le suivre dans la campagne entreprise contre la Flandre. L'armée hollandaise traverse l'Escaut, aborde à Watervliet et vient mettre le siège devant Bruges. Vendôme, chargé sans doute tout particulièrement de réduire la ville, lui fit sommation de se rendre et demanda à Tévêque une entrevue, par une lettre que Ton peut tout au moins qualifier de très-singulière, bien qu'elle émanât d'un homme qui passait pour avoir de l'esprit. Les Brugeois y répondirent par une chanson en français. {V. Kervyn de Lettenhove. Hist, de Flandre^ VI, 434.) La lettre et la chanson ont été reproduites dans le Recueil de chansons, poèmes elc, relatifs aux Pays-Bas, publié par la Société des bibliophiles de Belgique (T. I, p. 127). La tentative sur la Flandre n'ayant pas réussi, ou plutôt ayant été interrompue^ par ordre des États-Généraux des Provinces-Unies, Frédéric-Henri opéra la retraite de ses troupes et revint en Hollande. Nous soupçonnons fort les députés de Hollande et le stadhouder de s'être défiés de leurs alliés français, comme ils s'en défièrent plus fortement encore quatre ans plus tard, lors de la campagne en Brabant. César Monsieur n'aurait-il pas eu quelque envie de se tailler, au moyen de l'armée des Provinces-Unies, une petite souverainité dans les Pays-Bas espagnols ?

Son épée — peu redoutable d'ailleurs — ne fut pas longtemps au service des Provinces-Unies. Cependant il ne courut pas le monde, comme le croyait Rubens, il obtint de rentrer en France, où plus tard il conspira de nouveau.

Sans entrer ici dans des considérations sur les idées de Rubens en matière de politique nationale, nous voyons clairement, par cette lettre et par d'autres, qu'il approuvait les efforts qui se faisaient pour maintenir l'intégrité du pays. Ces efforts, en effet, furent considérables. Déjà à la fin de Tannée précédente, les Marquis d'Aytona et de Leganès, le comte de Coupigny, etc., avaient été députés auprès de diverses provinces pour obtenir des hommes et de l'argent. Toutes y consentirent, à condition de manier elles-mêmes les fonds votés et de procéder à une réforme générale de l'armée. Elles ne voulurent plus fournir des aides et subsides à TEspagne ; les rôles étaient intervertis ; le pays — indépendant encore, puisque l'archiduchesse était en vie — le pays prétendait se défendre lui-même ; l'Espagne apportant, bien entendu, son concours de troupes et de doublons. De cette façon, le patriotisme entrait en jeu, l'on évitait le gaspillage, et l'on ne dépendait plus de l'incurie du gouvernement de Madrid.

On établit ensuite par une ordonnance, en date du 5 mars i63i, une contribution forcée dont la répartition est curieuse comme tarif de la richesse sociale du temps.

L'Edit énumère toutes les classes, toutes les administrations, et fixe la taxe

individuelle dont le maximum ne dépasse pas cent florins. Il y a, d'abord, la 27 mars i63i.

Cour, dont le premier officier est le chapelain major qui doit donner 100 florins,

tandis que le cerrero-major et le salcier ne paient que 25 florins, les apothicaires,

chacun 12 florins et le lieutenant du maître des pages, seulement 6 florins.

Parmi les ecclésiastiques^ le cardinal de la Cueva et la dame de Nivelles doivent

100 florins, et les abbayes i florin, par religieux. Dans la Noblesse, les

ambassadeurs, ducs, princes, marquis et comtes verseront 100 florins, et leurs

serviteurs et servantes i florin. Les chefs officiers des grandes villes, le mayeur,

Tamman, etc., chacun 5o florins. A TUniversité de Louvain, le rector magnificus

doit 5o florins, les vendants de la bière des caves de la bière, chacun 3 florins.

En regard de Timmense armée de fontionnaires et de privilégiés, les marchands

ne sont taxés que de 25 florins à i florin ; ce qui ne prouve pas en faveur

de la prospérité commerciale. Quant aux rentiers, vivant sur leurs rentes, chacun

d'eux en est quitte moyennant 12 florins, moins de la moitié de la taxe du

salcier de la cour.

Grâce à ces efforts extrêmes, l'ennemi, en effet, ne fit guère de progrès cette année-là. Mais nous n'avons pas à faire ici l'histoire des événements militaires. Il suffira de dire, pour rester dans la lettre de Rubens, que le marquis de Santa-Cruz arriva à Bruxelles le 20 avril et qu'il ne réalisa point les espérances que l'on avait fondées sur lui.

Les ouvrages, dont il est question dans le post scriptum, sont probablement : i^ la nouvelle édition des œuvres de l'empereur Julien, donnée par le père Petau, en i63o, et qui contient plusieurs parties inédites, et 2° VUranologion seu systema variorum aiictorum qui de sphœra ac sideribus eorumque motibus grœce commentati sunt. Lut. Paris. i63o, f°. édition des astronomes grecs, donnée par le même père Petau:

Rubens se tenait au courant des publications de ce savant, mais intraitable jésuite, il en parle en termes très vifs dans sa lettre à Dupuy, du 22 avril 1627. (V. Cachet, Lettres, etc., p. 106 et plus haut Tome IV p. 246.)

DCCII 6avriii63i. PHILIPPE IV A UINFANTE ISABELLE.

Serenissima Senora,

Juzgo que estarâ ya ahi don Carlos Coloma, de vuelta de Inglaterra,

segun lo que me escriviô en carta de dos de febrero pasado. Y aunque

Enrique Teller, a quien Vuestra Alteza imbiô a aquella negociacion,

me dizen es persona de la confianza y inteligencia que convienne, podria

ser que como natural se recatasen dél aquel rey y sus ministros. Y asi

ordeno a Necolalde que pase luego : con que podrâ volver Teller, sin

que parezca novedad ni él se desconfîe. V. A. mandarâ que esto se haga

assî. Rubens es muy bien visto en aquella côrte y apto a proposito para

qualesquier negocio, por la discrecion con que los trata. Estos accidentes

de la prision de la reyna madré podrân dar occasion de tratar algo alli,

particularmente con la reyna, disponiéndola a declararse por su madré

con el sentimiento que el tiempo aconsejare. V. A. le mandarâ tambien

que pase à aquella côrte luego, pues no faltarâ pretexto para ello ; y

alla se le adbertirâ de lo que hubiere de hazer. Y en estas ocasiones donde

quiera son menester ministros de inteligencia y satisfaction. Dios guarde

a V. A. como desseo.

Buen sobrino de Vuestra Alteza,

Yo EL Rey.

Andrès de Roças.

Madrid, a 6 de abril i63i.

Original aux Archives du royaume, à Bruxelles Publié par Gachard, op. cit. p. 3i5.

TRADUCTION

PHILIPPE IV A L'INFANTE ISABELLE

Sénérissime Dame.

Je suppose que Don Carlos Coloma est rentré de sa mission en Angleterre, d'après ce qu'il m'a écrit dans sa lettre du 2 février passé. Quoique Taylor

que Votre Altesse a chargé de cette mission soit, selon ce qu'on me dit, une 6avrili63i. personne de toute confiance et très intelligente, il pourrait arriver que, comme il est du pays, le roi et ses ministres se tinssent sur la réserve avec lui. J'ordonne donc à Necolalde de se rendre sans délai en Angleterre ; et, en conséquence, Taylor pourra retourner à Bruxelles, sans que cela paraisse une révocation de la commission qui lui a été donnée, ni un manque de confiance envers lui. Votre Altesse veillera à ce qu'il en soit fait ainsi. Rubens est très bien vu à la cour d'Angleterre et très propre à négocier toute sorte d'affaires, par la prudence avec laquelle il les traite. Le fait de la détention de la reinemère peut donner lieu, dans cette cour, à quelque négociation, particulièrement avec la reine, afin de la disposer à se déclarer en faveur de sa mère d'après ce que les circonstances lui suggéreront. Votre Altesse ordonnera aussi à Rubens de se rendre tout de suite à Londres; les prétextes ne manqueront pas pour cela. Quand il y sera, on l'informera de ce qu'il aura à y faire. En de telles occasions, on a besoin de ministres qui aient donné des preuves d'intelligence et dont on ait eu lieu d'être satisfait. Que Dieu garde Votre Altesse selon ses désirs.

Bon neveu de Votre Altesse,

Moi le Roi.

Andrès de Roças.

Madrid, 6 avril i63i.

COMMENTAIRE

Il avait été question à la junte de Madrid du 21 décembre i63o de nommer Rubens résident à Londres en attendant que l'ambassadeur définitif fût désigné et arrivé à son poste. La possibilité de cette nomination même avait été prévue à Londres, comme il appert de la communication de l'ambassadeur vénitien que nous avons citée plus haut, page 356. Nous avons annoté à la même page que, à la place de Necolalde, l'Infante envoya à Londres Henry Taylor et que Rubens ne partit point.

Isabelle répondit au roi le 8 juin pour lui dire que Necolalde allait partir pour l'Angleterre. Elle ajouta : « J'y aurais déjà envoyé Rubens ; je ne l'ai pas fait faute d'occasion et parce que je n'ai pas trouvé en lui la volonté d'accepter cette mission, à moins que ce ne fût pour quelques jours seulement. » (i)

(i) A Rubens huvicra embiado tambien dios ha : paro no lo he hecho por no havei tenido ocasion ni hallado en él voliintad de acceptar aquella agencia, si no es por algunos dios. lCoiTes})ondance t. XXIX, fol. 56. Cité par Gachard, op. cit. p. 199.)

6 avril i63i. Rubens venait d'épouser Hélène Fourment le 6 décembre i63o. Dans son

ménage reconstitué, dans son atelier où les travaux de tout genre l'attendaient, il devait éprouver peu de goût pour quitter le pays et pour accepter un emploi qui pouvait le tenir éloigné pendant des mois. Il ne partit donc point. Taylor resta à Londres comme agent de Tlnfante, qui lui envoya ses lettres de créance le i3 septembre i63i. Le 26 mai de la même année, Charles I avait accrédité auprès d'elle Balthasar Gerbier « écuyer de son corps. »

Le désir du roi de voir envoyer Rubens à Londres fut regardé à Madrid comme un ordre et on crut là que le peintre n'aurait pas manqué d'y déférer et de se rendre en Angleterre. La lettre suivante le prouve.

DCCIII 5maii63i. ARTHUR HOPTON AU SECRÉTAIRE LORD DORCHESTER.

May it please yo"" Lo^ :

This kinge is now resolved to send for Leiger Emb' into Eng*^

Don Cristoval de Benavente, whoe is now in Venîce He hath shewed

himselfe a man of great integrity, wisdome, and modération, to the satisfaction of both sides. But I conceave hee canot bee in Eng^ yet thèse three monthes, and that may bee the cause why Rubens and Nicolaldy (v^hoe is a man much esteemed by the Conde of Olivarez) are comanded to goe presently thether, and to remaine there untill the Emb^^ arrivai!, thus much the Conde tould mee the last time I was v^'^ him.

Yo' Lo^ most humble servant Art. Hopton

Madrid May 5° i63i St° n^

Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Spain 70. Publié par Noël Sâinsbury. Op. cit. p. iS;.

TRADUCTION. ^ ^^ i63i.

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