‹ Correspondance de Rubens et documents épistolaires concernant sa vie et ses œuvresChapitre 8 sur 104 · L'INFANTE ISABELLE A PHILIPPE IV · texte numérisé non relu

L'INFANTE ISABELLE A PHILIPPE IV

J'ai reçu la lettre de Votre Majesté du 27 du mois passé par Pierre-Paul Rubens et conformément à ce que me mande Votre Majesté il partira aussitôt pour l'Angleterre, afin d'y traiter de la suspension d'armes entre la couronne de Votre Majesté et celle de ce pays-là. Rubens n'a pas ordre de demander que les Hollandais soient compris dans la suspension d'armes, parce que le commis Jean Kesseler est occupé à traiter de la trêve avec eux à Rozendaal et jusqu'à présent il y a quelqu'apparence que l'on s'entendra. Mais bientôt, par les dispositions que j'ai prises, on verra quelles sont leurs intentions et si cette négociation était rompue et qu'il n'y avait pas moyen d'en arriver à nos fins, j'en aviserais Pierre-Paul Rubens, avant qu'il parte pour l'Angleterre, pour qu'il fasse en sorte de faire comprendre dans la suspension d'armes les Hollandais avec les autres. J'espère que l'ordre lui en arrivera à temps. Je lui ai donné les instructions conformément à l'intention de Votre Majesté.

De Bruxelles, le 17 mai 1629.

COMMENTAIRE

Rubens passa peu de jours dans son pays, il partit avec les lettres de l'Infante ; le 18 mai, il se trouva à Dunkerque où il devait s'embarquer. Le 22 mai, Cottington adressa un sauf-conduit pour Rubens à don Carlos de Coloma et lui donna l'assurance que le roi d'Angleterre était très content de l'envoi de Rubens, non seulement eu égard à l'objet de sa mission, « mais encore pour le désir qu'il a de connaître une personne d'un tel mérite. »

Le 24 avril, cinq jours avant le départ de Rubens de Madrid, la paix avait été signée entre la France et l'Angleterre. Après la prise de La Rochelle, le 28 octobre 1628, et le complet insuccès des Anglais devant

la ville assiégée, Charles I n'avait plus de raison pour continuer les hostilités, ^7 mai 1629.

et il se prêta d'autant plus volontiers à un accord que ses finances étaient

épuisées et que le prétexte pour en demander à son parlement venait de

disparaître par la chute du boulevard du protestantisme en France. Cette grave

nouvelle ne pouvait être connue à la Cour de Madrid au moment où Rubens

la quittait, mais elle devait être parvenue à Bruxelles avant qu'il y arrivât

et devait être un stimulant pour presser son départ pour Londres.

DLXXX PIERRE DUPUY A PEIRESC. ismaiieag.

. . Pendant le peu de séjour que fait ici M*" Rubens, je rendis un petit service à M. Vris qui lui fut assez agréable^ car layant adverti de son arrivée, nous nous trouvasmes chez lui et le recommandois fort à mon dit s^ Rubens, et le priai de faire de bons offices pour lui auprès de M"" de S^-Ambroise, ce qu'il me promit de faire par lettre, ayant desjà prins congé de lui. Le dit s' Rubens voulut voir ses derniers ouvrages que le s"" Vris apporta et feurent grandement estimez M"" r Ambassadeur de Flandres, au logis duquel il demeuroit, les veit aussi, qui en ayant fait récit à celui d'Espagne, il Test venu visiter chez lui. Je voi qu'il commence à estre fort connu et n'a que faire de chercher des protecteurs, car ses ouvrages le recommandent assez. Je veux mal à M"" Monstier (i) qui continue tousjours à lui faire de mauvais offices; c'est un marault indigne de la cognoissance de gens d'honneur. Nous ne lairrons pas cela sans reproche à la première rencontre. Le dit S'^ Rubens veit le palais de la Roine M(ère) avec tout son ameublement et me dit n'avoir rien veu de si magnifique en la Court d'Espagne. La chambre où est son lict qui est renfermée dans un grand pavillon ressemble à ces lieux enchantez descrits dans les Amadis; il n'y a que M"" de Balzac avec ses hyperboles capable d'en faire la description. .

(i) Le peintre Daniel du Monstier dont le caractère, s'il faut en croire les lignes qui vont suivre, était loin de valoir le talent.

x8 mai 1629.

Le siège de Bos le Duc continue tousjours. Je n ai peu voir les derniers advis. Si ceux qu'on ma dit sont véritables, (i) les Hollandois en seront bientost les maistres, car ils asseurent que le prince est desjà logé dans le mares, duquel costé la ville est moins fortifiée et qu'il se dessèche par quantité de moulins à eaûe faits pour cet effet. Il faut savoir ce que nous mandera M^ Rubens qui désire fort que le commerce de nos lettres se rétablisse.

De Paris ce i8 May 1629.

Autographe. Carpentras, registre XLI, tome II, fol. 92.

Publié par Ph. Tamizey de Larroque. Lettres de Peiresc aux frères Dupuy. Tome II, pp. 692, 695.

COMMENTAIRE

La reddition de Bois le Duc, que Ton annonçait comme prochaine au mois de mai, n'eut lieu que le 17 septembre 162g. La ville capitula et la garnison se retira avec les honneurs de la guerre.

Monsieur de Barozzi, secrétaire du duc de Savoie et créature de Tabbé de Scaglia, arriva à Londres le 5 février 1629.

DLXXXI

20 mai 1629. DON CARLOS COLOMA AU COMTE DE CARLISLE.

Monsieur.

Depuis que Je ay receu vre dernière par laquelle il vous pleut m'advertir de vre arrivement en Angleterre en santé je suys esté fort désireux de avoir de vos nouvelles et beaucoup de ocasions pour m employer en Vre servise et de estre onoré de vot. commendem*. Je veux croyre que cependant il ne sest présenté chose que m'aportast ce bonheur estant très aseuré de ce que me tenet au rang de vos très humbles serviteurs veu que par deçà nous vous réputons pour Tun des plus passionés au service et conformité de nos bons Roys, il se

(i) Par dessus ces mots Dupuy a écrit : Si les advis qui sont venus.

traite maintenant fort vivement de sela et peutestre que leurs M*** 20 mai 1629.

employèrent quelque un de nous en cesi. Je vous suplie de croyre que

en ceste et toute autre occurence je vous serviray d'une volonté entière

et très sincère afection et comme Pierre Paul Rubens s'en va vers sele

Court pour le soget que entenderez je me sers de ceste comodité pour

vous rrementonner mon service et vous prier bien humblement de

favoriser le dict Rubens de la courtoisie que vous est si nayfve ce que

rredondera à ma sarge pour vous rreconoître Tobligacion en toute sorte

d ocasions de ausi bon cœur que je ferey toute ma vie

Monsieur

Vre très humble et

très obéissant serviteur

Don Carlos Colomna.

De Bruseles, ce 20 May 1629.

Londres. Public Record Office. State Papers. Flandres 1629. Traduction anglaise dans Noël Sainsbury, op. cit. p. I25.

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