DON FRANCISCO MONCADA, MARQUIS D'AYTONA A PHILIPPE IV
Sire.
En même temps que ron apprit la sortie du duc d'Orléans de France, il arriva à Bruxelles un homme de confiance qui lui demanda de le secourir, et avec celui-ci vint un gentilhomme du duc de Lorraine qui en donna également connaissance à Son Altesse et demanda aussi aide et secours pour le duc d'Orléans. A tous les ministres de Votre Majesté qui forment le conseil de Son Altesse, il a paru que Ton ne pouvait refuser de l'assister et de le soutenir en toute chose qui ne causerait pas de rupture avec la France, pour empêcher le cardinal de Richelieu de l'opprimer ou de le forcer à s'unir à lui. Pour cette raison. Son Altesse (l'Infante) envoya en Lorraine et en Bourgogne le greffier des finances Jacques de Brecht, personne d'intelligence et de confiance, pour engager l'un des deux princes à se rendre en Lorraine et l'autre à 1'}^ recevoir. Ce délégué apporta au duc d'Orléans 25. 000 écus de l'argent qui se trouve à Anvers à la disposition du marquis de Mirabel : ceci pour détourner si possible le duc d'Orléans de venir dans ce pays. Le duc de Lorraine accueillit bien la proposition qui lui avait été faite d'ici et donna l'hospitalité au duc d'Orléans qui de son côté préféra ne toucher d'aucune façon aux 25. 000 écus qui lui avaient été envoyés. Là-dessus le greffier Brecht revint, en laissant déposés là les 25. 000 écus pour qu'ils pussent être donnés au duc d'Orléans quand il en aurait besoin. C'était là le désir du duc de Lorraine.
Depuis lors le duc de Lorraine continua à envoyer diverses personnes à Son Altesse pour] lui rendre compte de ce qui se passait, ce qui était de peu d'importance, jusqu'à ce que, peu de temps avant que je devais entrer en campagne, arriva à Bruxelles avec des lettres de créance du duc d'Orléans et du duc de Lorraine le commandeur de Valençay, un homme à ce qu'il paraît de bon jugement, de caractère résolu et fort attaché à la reine-mère. Son Altesse me l'envoya pour que j'entendisse ses propositions et pour traiter avec lui. Mais, comme je devais incontinent entrer en campagne,
D. J V^n Dyrk Em^r. Titutx
FRANÇOIS DE MONCADE, MARQUIS D'AYTONA Gravé d'après van Dyck par Luc Vorsterman
je priai Son Altesse de désigner Rubens pour entrer en pourparlers avec ce 3o juillet i63i. personnage afin de voir si Ton pouvait tirer de lui quelque affirmation et certitude. De ses discours et propositions et de son entretien avec moi et avec Rubens naquit sa demande d'autorisation de retourner en Lorraine pour tirer une résolution plus ferme du duc d'Orléans et du duc de Lorraine et ainsi, à notre départ de Bruges, Rubens vint par ordre de Son Altesse pour me communiquer la résolution concernant Valençay que je trouvai bonne parce qu'elle nous fait gagner du temps pour rendre compte à Votre Majesté.
Il y alla et retourna en toute hâte sans rencontrer le frère du roi. Le duc de Lorraine lui conseilla d'en agir ainsi, mais il vit ce duc hors de Nancy; il n'apporta pas l'engagement qui lui avait été promis et me dit que, pour rassurer le parti du frère du roi, il était nécessaire que la reine-mère fût en liberté. Au moment même, où il me disait cela, arriva un gentilhomme envoyé par le duc de Lorraine pour s'informer auprès de S. A. si elle accueillerait dans ses États la reine-mère dans le cas où elle s'échapperait de sa prison. S. A. en délibéra avec le cardinal de la Cueva et avec moi, et nous iûmes tous deux d'avis que le cas ne souffrait pas de délai suffisant pour consulter V. M. ni pour remettre à plus tard une déclaration catégorique, et ainsi il fut répondu que si les affaires de la reine étaient dans un état qui souffrait quelque délai, il y avait lieu de consulter V. M., non parce qu'on hésitait à recevoir la reine, mais pour que S. M. fût à même de se prémunir contre ce que le Cardinal voudrait exécuter dans ses États si la reine y venait; dans le cas cependant où la reine se trouvait tellement pressée qu'elle ne pouvait pas différer sa résolution. Son Altesse ne manquerait pas de faire pour elle ce qui était dû à sa personne royale.
L'envoyé du duc de Lorraine partit avec cette réponse. Et, pendant qu'on préparait la dépèche pour en rendre compte à V. M., arriva Monsieur de Sigot, le secrétaire et le confident du duc d'Orléans. Pendant que je traitais avec lui, arriva à Bruxelles un gentilhomme, envoyé par la reine-mère, pour informer S. A. qu'elle s'était réfugiée dans ces contrées et pour demander à S. A. si elle pouvait y séjourner avec sécurité. On voyait par là que la nouvelle de la réponse donnée au duc de Lorraine n'était pas encore arrivée. Son Altesse répondit avec les égards dus et m'envoya hier à Avenues, où se trouvait la reine, pour aller la voir de sa part et apprendre ses intentions.
J'arrivai à Avesnes le 26 juillet et trouvai la reine fort reconnaissante du bon accueil qu'elle avait trouvé auprès de Son Altesse. Et, après lui avoir adressé tous les compliments dont S. A. m'avait chargé, je dis à la reine que S. A. désirait savoir son intention et ce qu'elle voulait qui fût fait à son service en y ajoutant que S. A. ferait tout ce qui lui était possible de faire
3o juillet i63i. sans prendre les ordres de V. M. Et posant mes questions autant que possible pour découvrir sa pensée, elle me répondit en riant que, puisqu'elle se trouvait déjà entre les mains de Y. M., elle avait à faire ce que V. M. désirait. Elle me dit qu'elle approuverait ce dont le marquis de la Vieuville conviendrait avec moi et acceptait comme intermédiaire Rubens que j'avais emmené à cet effet.
Jusqu'à présent je n'ai pas eu à régler des choses d'assez grande importance pour en rendre compte à V. M. d'une manière certaine. Mais, ce que j'ai pu conclure de nos entretiens, c'est qu'ils demanderont à V. M. une somme de 200.000 écus et la permission ou l'assistance secrète pour lever quelques troupes, afin que avec celles-ci, avec ce qu'ils ont déjà levé ailleurs et les nombreuses intelligences qu'ils conservent en France, les plus grandes que jamais aucun parti y ait possédées, ils pussent entrer en campagne. Je pense également qu'ils demanderont des navires pour pouvoir tenter un coup considérable sur les côtes de la France.
Hier au soir, la reine fit son entrée dans la ville de Mons, parce que j'avais pressé son départ d'Avesnes, cette ville étant fort ouverte, et pour ne pas donner l'occasion au roi de France de diriger ses forces contre sa mère en la voyant si près de la frontière.
L'intention de la reine, en s'enfuyant de Compiègne, fut de s'établir à Cappelle avec l'aide de ses domestiques et de connivence avec le gouverneur de cette place. Elle n'était plus qu'à deux lieues de distance de cette place lorsqu'elle apprit que le père du gouverneur était entré dans la ville et en avait chassé son fils. Par là, la reine se sentit presque perdue et prit la résolution d'entrer dans ces États. Passant la frontière, elle arriva à un hameau où elle passa la nuit ne se hasardant pas à arriver à Avesnes avant de savoir si on la recevrait. Dès qu'elle se vit en sécurité dans cette place, elle envoya un gentilhomme au roi, son fils, pour lui rendre compte de sa sortie de France. Ce gentilhomme rencontra le roi au sortir de Paris et, entre autres choses, il se répandit en plaintes contre le gouverneur de Cappelle qui n'avait pas admis la mère du roi dans la place et qui avait commis une sorte de trahison, parce qu'ainsi il avait obligé la reine-mère de sortir du royaume ; si la reine avait pu parler librement avec lui, elle ne serait jamais sortie du royaunie. Le roi se rendit immédiatement au lieu de résidence du cardinal et de là répondit à sa mère ce que son ministre lui dicta. Ils n'arrêtèrent pas ce messager ni aucun de ceux que la reine a envoyés jusqu'ici en France.
Un paysan, qui avait servi de guide à la reine, s'en alla à Paris demander au roi un pourboire, parce qu'il avait si bien conduit la mère de Sa Majesté. Le roi le remercia et lui donna six doublons, mais lui dit que le lendemain
le cardinal le ferait arrêter. On a laissé sortir les effets et les bagages de 3o juillet i63i. la reine, mais on a arrêté son trésorier.
Tous les jours arrivent non seulement les domestiques de la reine, mais beaucoup d'autres cavaliers et des personnes de haute qualité. On dit que le cardinal off*re à la reine le gouvernement d'une des provinces du royaume avec toutes les places fortes en garantie de sa sécurité et que Ton donnerait au duc d'Orléans une armée de 3o.ooo hommes, dont on paierait la solde, pourquoi cherche fortune hors du pays. La reine et tous ses ministres sont persuadés que V. M. ne rompra pas avec la France et ils affirment presque que le roi de France ne rompra pas non plus avec V. M. Ils sont, en outre, assurés que V. M. ayant une guerre si lourde à soutenir contre les Hollandais, ne pourra les assister puissamment. Ils entretiennent, comme j'ai dit, de nombreuses alliances en France et espèrent qu'en entrant en campagne la plus grande partie du royaume sera avec eux.
Votre Majesté ni aucun de ses royaux prédécesseurs n'a jamais eu une occasion aussi propice pour humilier . ses plus grands ennemis, ceux qui contrebalancent le plus sa grandeur, parce que jamais on n'a vu comme à présent à la disposition de V. M. une reine qui a gouverné pendant d'aussi longues années la France et qui y a obligé tant de personnes, et un frère du roi, l'héritier présomptif de la couronne.
Je prie Votre Majesté de vouloir bien m'informer de sa royale volonté, non seulement par le chemin de la France, mais encore par l'Italie et par l'Angleterre, car, par suite des nouveaux événements en France, on pourrait contrarier le passage des courriers de Votre Majesté. Aussi longtemps qu'on ne saura ce que V. M. ordonne en cette affaire, on ne pourra rien faire d'important, sinon ce que la nécessité forcerait de faire, comme le serait de rompre les premiers avec le roi de France, ce qui, quoique la chose ne soit pas croyable, pourrait arriver. Votre Majesté se trouvera en ces États avec une grande armée dès qu'arriveront les forces qui viennent de l'Italie et, si les hommes d'affaires paient les lettres de crédit, cet état de choses pourra être maintenu.
Que Dieu garde V. M,
Mons, 3o juillet i63i.
DCCXII iraoûti63i. RUBENS AU COMTE-DUC D'OLIVAREZ.
Excellentissimo mio Signore.
No si doverà maravigliar V. E. se io mi ritrovo ancora qui, perché ley sa che no si ha sodisfatto sin adesso del canto suo aile objettioni iatte délia Serenissima et di me circa la qualità délia mia missione, et fra tanto si sono offerte délie occasioni cosi segnalate d'impiegarmi nel servicio di S. M. per di qua, ch'io ardisco di rimettere al giudicio del istesso signer abate Scaglia se conviene abbandonarle et venirme in Ingliterra nella congiuntura che il sig^ Necôlade si è partito aquella volta, oltra che non abbiamo ancora aviso del arrivo del sig' abate a quella corte. Non aspetti perô V. E. altro di me che una pura e semplice ubedienza in tutto et per tutto, et creda ch' io non mi trattengo qui ne m'ingerisco in cosa alcuna senon d'ordine espresso de la Serenissima e del signor marchese d'Aytona.
Grandi sono le novità di Francia, sendosi venuta a jettar nelli braccia di S. A. la regina madré, spinta délia violenza del cardinal de Richelieu, senzâ risguardo che lui sia creatura et che ella Thabbia non solo alzato del fango, ma posto nel luoco eminente donde fulmina contra di lei le saiette délia sua ingratitudine. Se io dovessi far il calculo secondo gli interessi di persona privata, rimeterei in dubio il negocio : ma considerando che gli gran prencipi devono fundar le lor raggioni di Stato nella reputatione e buona opinione appresso tutto il mondo, non veggo che per questo conto si possa desiderar davantaggio che la madré e suocera di tanti rè venga con tal confidenza a mettere la sua persona nel arbitrio di S. M. Catt*^, dando si stessa per ostaggio del suo figliuolo similmente fugitivo fuori del regno nel quai immediatamente deve succedere al fratello.
Certo che habbiamo nella età nostra un esempio chiaro quanto possa far del maie un privato che si muove più per lambicion propia che per il ben pubblico et il servicio del suo re, et a che signo si lascia trasportar un buon prencipe mal informato a violar gli obligj délia natura verso la madré et il propio sangue. Al riscontro, si come ogni
cosa dal suo opposito riceve maggior lustro, vede il mondo nella persona ir août lesi.
di V. E. di quanto appogio et allivio sia ad una monarchia corne la
nostra un ministro dotato di valore e prudenza e che non aspira ad
altro che a la vera gloria e grandezza del re suo signore : che sarà più
évidente secondo ch'ella saprà valerse délia occasione che il signor Iddio
gli ha posto nelle mani.
Et se mi è lecito, per la solita sua benignità, di dire la mia opinione, pare quanto V. E. si mostrarà più avversa d'ogni rispetto o collusione col cardinal di Richelieu, declinarà non solo maggiormente la invidia et infamia che luy causa generalmente a tutti li favori ti de* prencipi, ma si acrescerà et confirmarà in infinito la verissima opinione che si ha universalmente délia sua sincerità et félicita del suo governo.
lo non crederey aile relacioni delli nemici del cardinal, se non havessi provato, nella negoziazione di Inglaterra, che colla sua perfidia si è reso incapace di poter giamai più per Tavenire ingannar alcuno : che mi pare la peggior raggione di Stato che si possa pratticar nel mondo, poichè nel solo credito si funda ogni comercio del gêner humano. Questo ha causato la fuga de la regina madré ; questo rende irreconciliabile la sua causa e quella di Monsieur. Perciô la regina me ha detto di sua bocca propia ch' ella si accomodarà giamai co'l re suo figliuolo mentre che il cardinal non sia per terra, perché sa di certo che se giamai, sotto pretesto di qualsivoglia trattato, si fidaranno di luy, saranno persi senza remedio.
lo non ho giamai trattato di guerra, come V. Ex. ne pô far fede, ma procurato sempre, in quanto ho potuto, la pace da per tutto et se io vedessi che la regina madré o Monsieur mirassero a causar rottura tra le due corone, io mi retirerei délia pratticà : ma perche mi assicuranno che non hanno tal fine, non mi ritrovo scrupulo alcuno, sendo molto chiare le lor raggioni, perche il servirse apertamente délie armi di Spagna contra el cardinal, che si copre sotto la persona e manto del re di Francia, gli renderebbe tanto odiosi a tutti Francesi che sarebbe la ruina del suo partito; ansi si renderebbe Monsieur quasi incapace délia corona di Francia, alla quale tanto è lontano che lui aspire in vita del fratello quanto è certo che luy si défende délia violenza del cardinale e piglia V armi di nécessita, non trovando sicurtà per la sua vita e délia madré in alcun genero di pace,
iraoûti63i. È pero ben verisimile che un partito sia grosso, sendo composto
di tre fattioni, poichè non trovandosi il re di Francia troppo. ben complessionato, tutti spettano verso il sol Oriente, desiderando ognuno nella sua affectione preoccupar la sua buona gracia : di che potrei dar buon conto a V. E., havendomi il signor marchese d'Aytona impiegàto a far la diligenza per informarmene particolarmente : ma di questo bisogna fidârsi délia lor parola, non potendosi exigere documenti délie intelligenze secrète, che veramente sono grandissime ,rispetto Monsieur solo, ôltra che la regina, per il spazio di trenta anni, si è guadagnata et obligata una infinità de principi e gentilhuomini nelli quali consiste il nervio del regno di Francia : ma sopra tutto valerà lodio universale contra il cardinal, che va crescendo ciascun momento per lestremo rigore che usa con tutti, carcerando gli uni et exilando gli altri et confiscando lor béni senza formar processo. Manca solo che Monsieur possa alzar la bandiera e mettersi in campagna, a fine che possino levar la mascara e ricorrere alla sua piazza d armi, perché non sendosi formato ancora il partito, nissuno pô scuprirsi.
Con quelli che hanno délie fortezze in mano mi dicono haver intelligenze grandi, et che, tra gli altri, il duca di Bullon riceverà gente di Monsieur in Sedan, per mantenersi contra il re di Francia ; et il conde de la Rochefocaut, governator del Poictou, farà il simile con tutta la provincia, come mi assicura il propio suo fratello il marchese d'Etissac che qui è in persona. Similmente dicono che il governator di Calais si è offerto di rendere la piazza a Monsieur, il cui bravo fratello il commendatore de Valançay già di un pezzo si ritrova a Brusselas. Il simile dicono de la ciudad di Reimsi et altri luochi di Picardia. Mi assicuranno ancora d'haver intelligenza colli duchi di Guisa et Epernon et altri signori di qualità, oltra che hanno pratticato gli medesimi coroneli e capitani delli reggimenti di guardia di Sua Ma**^ che, venendo aile mani, promettino di voltar la casacca. Parte délia nobiltà è già ricorsa verso Monsieur, come mons^ de Ligniere, el conde de la Fullade, el marchese de la Ferté, mons"" de Caudray Montpensier, mons"^ du Roy, fratello del duco de Bullon, mons"" de la Ferté. Non occorre nominar il duca d'Elbeuf o Bellegarde, ne gli altri che già si sono dichiarati o stanno già con Monsieur, come il conde de Moret, fratello naturale del re, e il duca de Roane, cognato del duca d'Elbeuf, il marchese de
Boisi, suo figlio, e molti altri che s'oferiscano a far le lor troppe, iraoûnesi.
corne s'usa nelle guerre civile dentro il regno di Francia. Et in primis
il duca de Bullon farà de 4,000 fanti et i,5oo cavalli ; un prencipe
esterno Tistesso numéro de fanti de 5oo cavalli ; mons'' di Vateville,
suissero, 4,000 fanti ; un personnagio secreto, 3,ooo fanti e 5oo cavalli,
et di più una infinità délia nobiltà francese s offerisce a far délie levate
per Monsieur in tal quantità che si trova in pena per scusarse. Ma
tutto questo andarà in fumo in brève tempo se Monsieur non venerà
soccorso prontamente de danari per pagar le levate ; et come mi dice
il marchese de la Vieuvilla, persona primaria appresso la regina, se
lasciaremo raffredare quel furore propio délia nazion francese senza
servirsi del primo impetu, daremo tempo a gli artificj del cardinal, e
sventarano fra tanto Timprese et intelligenze, sendo la lor anima la
secretezza e pronta essecutione, et il tutto si risolverà in niente, et gli
amici di Monsieur e di la regina riceveranno, in premio délia lor
buona volontà, crudelissimi castigi, e pagaranno col sangue, vita e robba
gli altrui mancamenti; et se Monsieur in questi principj non si farà
valere per falta de la nostra assistenza, perderà il credito appresso gli
suoi ne potrà giamai ricuperarlo.
La somma che dimanda por adesso è tanto poca che non par verisimile a noi che possa farle gran effetto. È ben vero ch'io ho representato largamente a la regina la mala staggione che corre, stando il nostro esercito in fronte del nemico in campagna, al quai non potiamo, per non incorrere maggiori inconvenienti, levar le page per impiegar altrove. È perô la nécessita di Monsieur si urgente, e tanto fuor di raggione di lasciare scappar délie mani una cosi bella occasione quai non si è presentata in cent' anni, che bisognaria far délia nécessita virtù e contribuire il sangue per la reputatione et interesse di Stato di S. M. Cattolica, perche in effetto la liga cattolica co'l duca di Guisa e fratelli, nella quale gasto il rey don Felipe Secondo tanti milioni, non era da comparare in modo alcuno colla occasion présente.
Gran falta ha fatto a Monsieur che il duca di Feria non habbia pagato li 200,000 ducados al tempo preciso, che doppo moite dilacioni sono remessi al marchese de Mirabel, che poi gli assigna sopra il marchese de Aytona, che ben potrebbe pagarli se il milione destinato per Alemania e Francia fosse effectivo : ma consistendo in papelli, no
T'aoùti63i. volendo los hombres de négocie anticipar cosa alcuna, resta il povero Monsieur in bianco, e la regina madré burlata, che mi disse il marchese de Mirabel haverli offerto quella somma in Compiena per terza mano.
Sola V. E., appresso Iddio, pô remediar a questo, che di sua generosità naturale ama Timprese grandi, et ha non solo la prudenza et il valore ma anco la sustanza in mano per esecutarle. Ma bisognarà mandar prontamente qualche raggione nel provisione che possa arrivar a tempo per potersi metere in campagna prima che manchi il forraggio et si vuotino li granari. Questo non è negocio da farlo a meta, perché se non si socorre Monsieur di maniera che possa salir colla sua intentione, sarà ruinarlo doppiamente, e nel poco più o meno consiste el obligarselo in eterno co'l buon successo, o di perderlo insieme co'l beneficio; che in fine non potendo subsistere co'l nostro socorro, sarà sforzato a jettarsi nel azilo delli Hollandesi, si corne già il prencipe de Oranges gli ha offerto per sua retirata il suo prencipato : che di quanto pregiudicio et infamia sarebbe a Sua Maesta Cattolica rimetto da considerar bene a la prudenza di V. E.
È perô risoluto la regina e Monsieur di non servirsi in alcun modo delli ugonotti, ne rilevar in parte o in tutto quel partito, né causar altra ruyna nel regno di Francia, che tocante la persona del cardinale, il quai veramente non ha giamai procurato altro, con tutta la sua industria e forze, che contramminar, affrontar et abbassar la monarquia di Spagna, che doverebbe comprar a miliari la ruyna di un nimico tanto pernicioso, ne Thaverà giamai a si vil prezzo che per le mani e co'l sangue delli medesimi Francesi, li quali si dubitano che forsè, essendosi prevaluti di nostri subsidj, non lo recognosceranno colla débita gratitudine, benchè non si possa sospettar, al meno colle discordie intestine, si consumera gran parte di loro è s'indebbolirà quella nacion féroce per se stessa : di maniera che vinza o perda Tuno o Taltro, haveremo un nimico di manco.
Non è da temere che gli Holandesi siano a far qualche cosa di quest' anno, et habbiamo un esercito potente in piedi, del quale si potranno in apparenza reformar alcuni tercj e lasciargli passar alla desfilata verso Monsieur, si corne s ha praticato a tutti tempi, e particolarmente durante la tregua, senza dismembrar le compagnie, ma solamente cangiando di comissione, ne perciô corressimo un minimo
pericolo di rottura. Questo genero di soccorso, e quando pure ancore i'aoùti63i.
si desse passaggio alla deshilada a qualchè truppe di Monsieur per
Timpresa di Calais o Sedan, non sarebbe ancora per contrapesar la
minima parte delli aiuti che dà il re di Francia alli Holandesi, che
permette si batti il tamburo in mezzo Paris, e non solo provvede ma
spedisce e signa di sua mano le patenti de carichi et ufficj di quei
reggimenti che mantiene a sue spese a lor servicio, commandati da
marichialli, duchi e pari di Francia. Certo mi parerrebbe la maggior
indignità e indicio di fiachezza di suffrir tal cosa senza ardire di servirsi
alla pareglia d'una occasione cosi pia et honesta corne il soccorso délia
suocera et cognato di Sua Ma*^. Anzî mi rallegro di poter dare il
parabien a V. E. per esser caduta, come dal cielo, nelle sue mani,
questa materia cosi atta per dar lustro e splendore al suo governo,
sperando ch'ella vorrà e potrà disporla di maniera che ne resultarà una
gloria eterna al re nostro signore, e a V. E. fama immortale e merito
immenso appresso tutti gli ben affetti verso questa monarquia.
In effetto la somma che si dimanda per mettere Monsieur a cavallo, compresi li ducento mille del marchese de Mirabel, monta a trecento mille scudi d'oro, di 12 reali Tuno : che non essendo la provision di due mesi per Fiandra, con questo se farà la prova. Che si succède bene rimpresa, alimentaràse stessa dentro le viscère del regno di Francia; et se forse Monsieur non havesse seguito che si credi, si havrà sodisfatto con questo poco, dal canto nostro. Ma quando fosse necessario di continuar il subsidio, al miô parer non si potrebbe impiegar meglio la hazienda real per sicurtà nostra che nel sustento délie guerre civili in quel regno, che per il manco non potrà in quel mentre dar assistenza alli nostri nemici in Fiandra et Alemania.
Il marchese de la Vieu villa mi disse che il duca de Fritlandt haveva offerto il suo servicio a la regina, e credeva che venirebbe in persona con altri prencipi di Alemania, permettendo Sua Ma**^ Catto*'^ che si facino délie levate nelli suoi Stati per servicio di Monsieur : che non mi par cosa di poca consideratione.
Il signor Gerbier fa gran offerte a Monsieur da parte del re suo signore : di maniera che verisimilmente il signor abate Scaglia arrivarà in buona congiuntura, che certo ha molto maie instrutto in questa materia il suo amicissimo marchese di Santa Croce : ma credo, se
l'aoùtiôsi. stessero una hora insieme (se ben cognosco Thumor del uno e Taltro), lo tirarebbe facil mente nel suo parère. Che se V. E. pigliare, corne spero e richiede Thonor suo, il corrente negocio a petto, bisognarà proveder subito subito il più necessario, corne ho detto, e lasciar agire la serenissima infanta et il marchese d'Aytona secondo le occorrenze che si offriranno d'hora in hora, et che del altro canto il marchese di Santa Croce servi di riparo contra li Holandesi, ove, al parer mio, correrano poche faccende. Il prencipe d'Oranges favorisée ancora il partito di Monsieur di sotto mano, essendo lui irritato contra il cardinal per il tradimento délia fortezza d'Oranges. Sarebbe cosa desiderabile che riuscendo bene il negocio, si facesse finalmente, a spese del cardinal, che tiene il mondo imbrogliato, una buona pace universale> colla interventione di Francia e Inghilterra, non solo in Fiandra, ma anco nella Germania, anzi per tutta la cristianità. lo spero che il signor Iddio rhabbia reservato a V. E., che per la sua pietà e santa divozione verso il servicio di Sua Divina Maestà et del re nostro signore, mérita questa e maggior gloria d'esser Tunico stromento d'una si grande buon' opéra. Non posso traslaciar di dire a V. E. che il marchese de la Viovilla, esiliato come è, e confiscata la maggior parte delli suoi béni, contribuisce, per il sustento del negocio comune, 5o,ooo pistole : il quai mi disse, trattando seco d'ordine délia regina e del marchese d'Aytona sopra la materia, anco con interventione di mons'" Monsigot, primo secretario di Stato di Monsieur, che se si trovasse colla comodità solita, no farebbe difificoltà d'assistere un amico con tal somma che si prétende per Monsieur : che me parve una voce molto generosa et che doverebbe incitar il maggior monarcha del mondo a far più di questo per il suo cognato e suocera, insieme per non lasciarsi vincere délia magnanimità di un huomo privato. E perciô supplico V. E. sia servita di levar questo opprobio délia sua generosissima nacion spagnuola, che se gli imputa a torto, per una inveterata opinione generalmente, ch ella non si pô risolvere ad abbraciar promptamente Toccasioni, quandi si presentano, ma che deliberando senza fine manda ben spesso post bellum mixilium : che non quadra colla celere fretezza, virtù propia di V. E. Non penso che il marchese de Mirabel incitarà V. E., non so per quai gelosia, a far gran cosa per Monsieur, perche, a dire il vero, questi signori francesi non ardiscono di communicarli le lor imprese
secrète, con tutto ciô che lui facia instanza per saperlo, non perche si iraoùti63i. diffidano délia sua persona, ma délia poca secretezza di qualche suo ministre, il quale non cognosco, ne voglio cargar alcuno, ma solo riferisco quello che mi viene detto da buona parte. È perô vero che il marchese de Mirabel ordena si paghino a Monsieur 5o,ooo ducados, che pare tanto poco che si buttarà a perdere senza frutto alcuno ; et al parer mio gli soccorsi si devono dare a proportione del bisogno, o lasciargli del tutto, per non perdere Tamico et il danaro in una volta. lo aspetto délia generosità di V. E. délie gran resolucioni in questa congiuntura, bench'è dura fatica di persuaderlo a questi signori, che non hanno considerato cosi d'appresso, come io, il genio heroico di V. E.
Con che humilmente mi raccommando nella gracia di V. E., et di verissimo cuore li baccio i piedi.
PlETRO PaUOLO RuBENS.
Mons en Haynault, i^ de agosto i63i.
Mi disse la regina, rengraciando Sua Alt* per gli regali ch'ella gli haveva mandato, che certo furono gentillissimi et gratissimi a S. M., che il maggior regalo et il più caro sarebbe prompto soccorso al suo figliuolo, onde dépende tutto il suo contento ; che del resto si passaria leggiermente per la sua persona, servendo solo il favore e gracia secondo il bisogno prontamente in quel particolare. Mi disse voler mandar in Spagna persona espressa per jettarse a gli piedi di Sua Maestà, benchè la nécessita sia tan pressante che la risposta sarà tarda per aspetarla prima del soccorso, havendo già il re di Francia gran truppe che marciano per opprimer Monsieur ancora imparato.
Copie aux Archives de Simancas. Estado. Leg. 2045.
Publié par Gachard, op. cit. p. 324. Traduction Ibid. p. 2i3. Ad. Rosenberg, op. cit. p. 3i5.
TRADUCTION
RUBENS AU COMTE-DUC D'OLIVAREZ
Très excellent Seigneur,
Votre Excellence ne doit pas s'émerveiller si je me trouve encore ici, puisqu'elle sait que jusqu'à cette heure il n'a pas été satisfait, de son côté,
1^^ août i63i. aux objections faites par la Sérénissime Infante et par moi touchant la nature de ma mission (i), et entretemps il s'est offert des occasions si notables de m'employer par ici au service de Sa Majesté, que j'ose remettre au jugement de Tabbé Scaglia lui-même s'il convient que j'y renonce pour aller en Angleterre alors que M. Necolalde vient de s'y rendre, outre que nous n'avons pas encore reçu avis de l'arrivée de M. l'abbé à cette cour (2). Que Votre Excellence n'attende donc autre chose de moi qu'une pure et simple obéissance en tout et partout et qu'elle veuille croire que je ne demeure ici et ne m'ingère en rien que d'ordre exprès de la Sérénissime Infante et du seigneur marquis d'A)rtona.
Grandes sont les nouveautés de France, puisque la reine-mère est venue se jeter dans les bras de Son Altesse, poussée à cela par la violence du cardinal de Richelieu, lequel, sans égard à ce qu'il est sa créature et qu'elle l'a non seulement tiré de la boue, mais encore mis à la place émineîite qu'il occupe, lance contre elle les foudres de son ingratitude. Si je devais n'envisager que les intérêts d'une personne privée, je douterais de ce qu'il y a à faire : mais, considérant que les grands princes doivent prendre pour fondement de leurs raisons d'État leur réputation et la bonne opinion du monde à leur égard, je ne vois pas que, sous ce rapport, on puisse désirer plus que ceci : que la mère et la belle-mère de tant de rois vienne, avec une telle confiance, remettre sa personne au pouvoir de Sa Majesté Catholique, se donnant ellemême pour otage de son fils, semblablement fugitif du royaume sur lequel il doit régner immédiatement après son frère.
Certes, nous avons, de notre temps, un exemple manifeste de tout le mal que peut faire un favori qui est mû plus par ambition personnelle que par le bien public et le service de son roi, et du point jusqu'où un bon prince, mal informé, peut se laisser conduire à violer les obligations de la nature envers sa mère et son propre sang. Au contraire, et comme toute chose reçoit plus d'éclat de ce qui lui fait opposition, le monde voit, en la personne de Votre Excellence, de quel appui et soulagement est pour une monarchie telle que la nôtre un ministre doué de mérite et de prudence, qui n'aspire à rien qu'à la véritable gloire et grandeur du roi son maître. Et cela sera plus évident encore selon que Votre Excellence saura profiter de l'occasion que le seigneur Dieu est venu lui offrir.
Et si elle me permet, par sa bénignité accoutumée, de dire mon opinion.
(i) En Angleterre.
i2) Il n*y arriva qu'au mois de septembre. Il eut ses deux premières audiences du roi Charles le 21 et le 23 de ce mois, comme nous l'apprend une lettre écrite par lui, le 26, à Philippe IV.
il me paraît que plus Votre Excellence se montrera éloignée de toute intelligence i^ août i63ï. et collusion avec le cardinal de Richelieu, et plus non seulement s'affaiblira Tenvie et Tinfamie qu'il attire sur tous les favoris des princes, mais encore s'accroîtra et se confirmera infiniment l'opinion très justifiée qu'on a universellement de la sincérité de Votre Excellence et des succès de son administration.
Je ne croirais pas aux rapports des ennemis du cardinal si, dans la négociation d'Angleterre, je n'avais acquis l'expérience que, par sa perfidie, il s'est rendu incapable de pouvoir jamais plus abuser quelqu'un : ce qui me paraît la pire raison d'État qui se puisse imaginer au monde, puisque sur le crédit seul se fonde tout commerce du genre humain. Cela a causé la fuite de la reine-mère ; cela a rendu irréconciliables sa cause et celle de Monsieur. Pour cela la reine m'a dit, de sa propre bouche, que jamais elle ne s'accommodera avec le roi son fils tant que le cardinal ne sera pas par terre : car elle sait, avec certitude, que si jamais, sous prétexte de traité, quel qu'il fût, ils seraient perdus sans remède.
Je n'ai jamais poussé à la guerre, comme Votre Excellence en peut faire foi, mais toujours j'ai tâché, en ce qui m'a été possible, de procurer la paix partout ; et si je voyais que la reine-mère ou Monsieur eût en vue d'amener une rupture entre les deux couronnes, je ne me mêlerais plus de l'affaire. Mais, comme ils m'assurent qu'ils n'ont pas un tel but, je ne me sens aucun scrupule, d'autant que leurs raisons sont fort claires : car s'ils se servaient ouvertement des armes d'Espagne contre le cardinal, qui se couvre de la personne et du manteau du roi de France, ils se rendraient si odieux à tous les Français que ce serait la ruine de leur parti ; et Monsieur deviendrait par là presque incapable de succéder à la couronne de France, à laquelle il est aussi éloigné d'aspirer du vivant de son frère, qu'il est certain qu'il se défend contre la violence du cardinal et qu'il prend les armes parce qu'il y est forcé, aucun genre de paix ne lui offrant de garantie pour sa vie et celle de sa mère.
Il est bien vraisemblable que son parti soit très nombreux, étant composé de trois factions, parce que le roi de France n'étant pas trop bien complexionné, tous regardent vers le soleil levant, et chacun désire s'acquérir la bonne grâce de Monsieur. Je pourrais rendre bon compte de cela à Votre Excellence, le seigneur marquis d'Aytona m'ayant chargé de faire toutes diligences pour m'en informer particulièrement : mais lâ-dessus il faut se fier à leur parole, car on ne peut exiger de preuves écrites des intelligences secrètes, qui véritablement sont très grandes, par rapport à Monsieur seulement, outre que la reine, par l'espace de trente ans, a rendu ses obligés et ses affectionnés une infinité de princes et de gentilshommes dans lesquels consiste le nerf du royaume de
l' août i63i. France : mais ce qui surtout agira en leur faveur, c'est la haine contre le cardinal, laquelle va en augmentant chaque jour, par l'extrême rigueur dont il use envers tous, emprisonnant les uns, exilant les autres, et confisquant leurs biens sans forme de procès. Il ne manque qu'une chose : c'est que Monsieur puisse arborer son drapeau et se mettre en campagne, afin que ses adhérents puissent lever le masque et se rassembler à leur place d'armes, car, tant que le parti n'est pas formé, personne n'ose se découvrir.
Ils me disent qu'ils ont de grandes intelligences avec les gouverneurs des forteresses, et qu'entre autres le duc de Bouillon recevra les gens de Monsieur à Sedan, pour se maintenir contre le roi de France. Le comte de la Rochefoucauld, gouverneur de Poitou, fera de même avec toute cette province, comme me l'assure son propre frère le marquis d'Estissac, qui est ici. Ils disent encore que le gouverneur de Calais, dont le brave frère, le commandeur de Valençay, est déjà depuis quelque temps à Bruxelles, offre de rendre cette place à Monsieur, et qu'il en sera de même de la ville de Reims et d'autres lieux de Picardie. Ils m'assurent encore qu'ils sont d'intelligence avec les ducs de Guise et d'Épernon et d'autres seigneurs de qualité, sans compter qu'ils ont pratiqué les colonels mêmes et les capitaines des régiments de la garde du roi, lesquels, si 'on en vient aux mains, ont promis de tourner casaque. Une partie de la noblesse est déjà allée vers Monsieur, comme M. de Lignières, le comte de la Feuillade, le marquis de la Ferté, M. de Caudray-Montpensier, M. du Roy, frère du duc de Bouillon, M. de la Ferté. Il n'est pas besoin de nommer le duc d'Elbeuf, ni Bellegarde, ni les autres qui se sont déclarés déjà ou qui sont avec Monsieur, tels que le comte de Moret, frère naturel du roi, le duc de Rohan, beau-frère du duc d'Elbeuf, le marquis de Boissy, son fils, et plusieurs autres qui s'ofifrent à lever leurs troupes, comme c'est d'ordinaire dans les guerres civiles en France. Et d'abord le duc de Bouillon lèvera 4,000 gens de pied et i,5oo chevaux; un prince étranger le même nombre d'infanterie et 5oo chevaux; M. de Vateville, Suisse, 4,000 gens de pied; un personnage secret, 3,ooo gens d'infanterie et 5oo de cavalerie; de plus, une infinité de personnes appartenant à la noblesse française s'offre à faire des levées pour Monsieur en tel nombre qu'il se trouve embarrassé pour s'en excuser. Mais tout cela s'en ira bientôt en fumée, si Monsieur n'est promptement secouru d'argent pour payer les levées, et, comme me l'a dit le marquis de la Vieuville, personne qui occupe le premier rang auprès de la reine, si nous laissons se refroidir cette furie propre à la nation française, sans avoir tiré parti du premier mouvement, on donnera du temps aux artifices du cardinal, et par là s'évanouiront les entreprises et les intelligences, car l'âme de celles-ci est le secret et la prompte exécution, et le tout se réduira à rien, et les amis
de Monsieur et de la reine recevront, en récompense de leur bonne volonté, i'aoûti63i. de très cruels châtiments ; ils payeront, de leur sang, de leur vie, de leurs biens, les manquements d'autrui. Et si Monsieur, dans ces commencements, par faute de notre assistance, ne se fait pas valoir, il perdra tout crédit auprès des siens, et jamais il ne pourra le recouvrer.
La somme qu'il demande, quant à présent, est si petite qu'il ne nous parait pas vraisemblable qu'il puisse avec cela faire un grand effet. Il est bien vrai que j'ai longuement représenté à la reine combien sont défavorables les conjonctures actuelles, notre armée étant en face de l'ennemi en campagne, à laquelle nous ne pourrions, sans nous exposer à de très grands inconvénients, retrancher rien de sa solde pour l'employer ailleurs. Les besoins de Monsieur sont cependant si urgents, et il serait si déraisonnable de laisser échapper une si belle occasion, qui ne s'est pas présentée en cent années, qu'il faudrait faire de nécessité vertu et donner son sang pour la réputation et l'intérêt d'État de Sa Majesté Catholique : car, certainement, la ligue catholique avec le duc de Guise et son frère, pour laquelle le roi Philippe II dépensa tant de millions, n'était à comparer en aucune manière avec l'occasion qui se présente aujourd'hui.
C'a été une grande faute pour Monsieur, que le duc de Feria n'ait pas payé les 200,000 écus à la date fixée : après bien des délais, ils ont été remis au marquis de Mirabel, qui depuis les assigne au marquis d'Aytona, lequel pourrait bien les payer si le million destiné pour l'Allemagne et la France était effectif ; mais, comme il consiste en lettres de crédit, et que les hommes de négoce ne veulent faire aucune avance, le pauvre Monsieur reste en panne et la reine-mère jouée : car elle m'a dit que le marquis de Mirabel lui a, par tierce personne, fait offrir ladite somme à Compiègnc.
Votre Excellence seule, après Dieu, peut remédier à cela : sa générosité naturelle lui fait aimer les grandes entreprises, et ella a non seulement la prudence et la valeur, mais encore les moyens nécessaires dans les mains, pour exécuter celle-ci. Mais il sera nécessaire d'envoyer promptement quelque provision qui arrive à temps pour qu'on puisse se mettre en campagne avant que les fourrages manquent et que les greniers se vident.
Ceci n'est pas une chose à faire à moitié, parce que, si Monsieur n'est pas secouru de manière qu'il puisse exécuter son dessein, ce sera le ruiner doublement. Du plus ou du moins, il dépend qu'il soit éternellement obligé pour le bon succès de l'entreprise, ou qu'il soit perdu avec les avantages qu'on peut se promettre de celle-ci ; et enfin, s'il ne peut subsister par notre secours, il sera forcé de se jeter dans les bras des Hollandais : déjà le prince d'Orange lui a offert, pour sa retraite, la principauté qu'il possède. De quel
If août i63i. préjudice et de quelle infamie cela serait à Sa Majesté Catholique, je laisse à la prudence de Votre Excellence à le considérer.
La reine-mère et Monsieur sont pour cela résolus de ne se servir en aucune manière des Huguenots, ni de relever ce parti en tout ni partiellement, ni de causer d'autre ruine au royaume de France qu'à Tégard de la personne du cardinal, lequel véritablement ne s'est jamais attaché à autre chose, avec toute son industrie et ses forces, qu'à contreminer, affronter et abaisser la monarchie d'Espagne. Celle-ci devrait acheter, même au prix de milliards, la perte d'un ennemi si pernicieux, et elle ne l'obtiendra jamais à si vil prix que par les mains et avec le sang des Français eux-mêmes, lesquels peut-être, après s'être servis de nos subsides, ne le reconnaîtront pas comme ils le devraient ; mais on peut s'attendre à ce qu'une grande partie d'entre eux périra par les discordes intestines, et que cette fière nation s'affaiblira ainsi de ses propres mains : de manière que, soit que l'un ou l'autre triomphe ou soit vaincu, nous aurons un ennnemi de moins.
Il n'est pas à craindre que les Hollandais fassent quelque chose cette année : nous avons une armée puissante, de laquelle apparemment quelques régiments pourront être réformés, qu'on laissera passer file à file vers Monsieur, comme cela s'est pratiqué de tout temps, et particulièrement durant la trêve, sans démembrer les compagnies et en changeant seulement la commission, et cela ne nous ferait pas courir le moindre danger de rupture. Ce genre de secours, et même quand on livrerait passage file à file à quelques troupes de Monsieur pour l'entreprise de Calais ou de Sedan, n'équivaudrait pas encore à la moindre partie de l'assistance que donne aux Hollandais le roi de France, lequel permet qu'on batte le tambour au milieu même de Paris, et non seulement ordonne, mais encore expédie et signe de sa main les patentes des charges et offices des régiments qu'il entretient à ses frais à leur service, commandés par des maréchaux, des ducs et des pairs de France. En vérité, ce serait, selon moi, la plus grande indignité et en même temps une marque de faiblesse, que de souffrir une telle chose sans oser rendre la pareille en embrassant une occasion aussi pieuse et aussi honnête que le secours de la belle mère et du beau-frère de Sa Majesté. Aussi je me réjouis de pouvoir féliciter Votre Excellence de ce qu'il est tombé, comme du ciel, en ses mains une chose si propre à donner du lustre et de la splendeur à son gouvernement : espérant qu'elle voudra et pourra la disposer de manière qu'il en résultera une gloire éternelle au roi notre seigneur, et à Votre Excellence une réputation immortelle et un immense mérite auprès de tous ceux qui sont bien affectionnés à cette monarchie.
La somme qui se demande pour mettre Monsieur à cheval est de trois
cent mille écus d'or, de douze réaux Técu, y compris les deux cent mille du l'ao^ti^Si.
marquis de Mirabel : elle n'égale pas la provision de deux mois pour les
Pays-Bas ; avec cela il fera son expédition. Si l'entreprise réussit, elle
s'alimentera d'elle-même dans les entrailles du royaume de France; si Monsieur
ne trouve pas les adhérents que l'on croit, nous aurons, avec ce peu d'argent,
satisfait à ce qu'on pouvait attendre de nous. Mais alors même qu'il fallût
continuer ce subside, à mon avis les finances royales ne se pourraient mieux
employer pour notre sûreté qu'en soutenant la guerre civile dans ce royaume :
car pour le moins il ne pourra, pendant ce temps, donner assistance à nos
ennemis en Flandre et en Allemagne.
Le marquis de la Vieuville m'a dit que le duc de Friedland a offert son service à la Reine : il croit que le duc viendra en personne, avec d'autres princes d'Allemagne, si Sa Majesté Catholique permet qu'on fasse des levées dans ses États pour le service de Monsieur. Et cela me paraît n'être pas de peu de considération.
M, Gerbier (i) fait de grandes offres à Monsieur de la part du roi son maître, de manière que vraisemblablement M. l'abbé Scaglia arrivera à Londres en bonne conjoncture. Certes, il a fort mal informé en cette matière son grand ami le marquis de Santa Cruz (2) ; mais je crois que s'ils étaient une heure ensemble (autant que je connais l'humeur de l'un et de l'autre), il l'amènerait facilement à son avis. Si Votre Excellence, comme je l'espère et comme son honneur l'exige, prend à cœur l'affaire qui est sur le tapis, il faudra de suite, de suite, pourvoir au plus nécessaire, comme j'ai dit, et laisser agir la sérénissime Infante et le marquis d'Aytona selon les occurences qui s'offriront d'heure à autre, et que le marquis de Santa Cruz nous serve de défense du côté des Hollandais, où, à mon avis, il se fera peu de chose. Le prince Frédéric-Henri favorise aussi sous main le parti de Monsieur, étant irrité contre le cardinal pour la trahison du château d'Orange (3). Il serait désirable, si l'affaire réussissait bien, qu'il se fît enfin, aux dépens du cardinal, qui tient le monde en trouble, une bonne paix universelle, à l'intervention de la France et de l'Angleterre, non seulement aux Pays-Bas, mais encore en Allemagne et par toute la chrétienté. J'espère que le seigneur Dieu l'a réservée à Votre Excellence, qui par sa piété et son rare dévouement au service de Sa Divine
(r) Il était devenu Tagei^ du roi d'Angleterre auprès de Tlnfante Isabelle.
(2) Le roi venait d'envoyer Santa Cruz aux Pays-Bas, pour y commander les armées.
(3) Jean de Herthoge d'Osmael, seigneur de Valckembourg, gouverneur de la principauté d'Orange pour Frédéric-Henri, avait traité avec Richelieu afin de livrer à la France le château d'Orange. Il fut tué, en i63o, par les partisans du prince avant d'avoir pu mettre à exécution ce dessein. Voy. La Pise, Tableau de rhis foire des frinces et de la principauté cP Orange, pp. 835 et suiv.
l' août i63i. Majeâté et du roi notre seigneur, mérite cette gloire d'être l'unique instrument d'un si bon ouvrage et une plus grande encore.
Je ne puis laisser de dire à Votre Excellence que le marquis de la Vieuville, exilé comme il est et ayant la majeure partie de ses biens confisqujée, fournira cinquante mille pistoles pour le soutien de la cause commune. Conférant avec lui sur la matière, par ordre de la reine et du marquis d'Aytona, et à l'intervention de M. Monsigot, premier secrétaire d'État de Monsieur, il m'a dit que, s'il se trouvait avec la commodité accoutumée, il ne ferait psis difficulté d'aider un ami d'une somme comme celle qui se prétend pour Monsieur : ce qui me paraît une parole très généreuse et qui devrait porter le monarque le plus grand du monde à faire plus encore alors qu'il s'agit de son beau-frère et de sa belle-mère, et aussi pour ne pas le céder en naagnanimité à un simple particulier. Je supplie donc Votte Excellence d'ôter cet opprobre de sa très généreuse nation espagnole, qu'on lui impute à tort, par une opinion invétérée généralement, .qu'elle ne peut se résoudre ni embrasser promptement les occasions quand elles se présentent, mais que, délibérant sans fin, elle envoie bien souvent post bellum aitxilium : ce qui ne cadre pas avec la célérité, vertu propre de "Votre Excellence.
Je ne pense pas que le marquis de Mirabel engagera Votre Excellence (je ne sais pour quelle jalousie) à faire grand'chose pour Monsieur (i) : car, à dire la vérité, ces seigneurs n'osent pas lui communiquer leurs entreprises secrètes, malgré les instances qu^il fait pour les connaître : non qu'ils se défient de sa personne, mais pour le peu de discrétion de quelqu'un* de ses secrétaires que je ne connais pas : je ne veux d'ailleurs charger personne, et je rapporte seulement ce qui m'est dit de bonne part. Le marquis de Mirabel, il est vrai, ordonne qu'on paye à Monsieur cinquante mille écus : mais cfela est si peu que ce sera perdu sans fruit aucun. A mon avis, les secours doivent être proportionnés aux besoins, ou il n'en faut pas donner, pour ne pas perdre en" même temps et l'ami et l'argent. J'attends de ia générosité de Votre Excellence, en cette conjoncture, des résolutions grandes, bien que j'kie de la peine à en persuader ces seigneurs, qui n'ont pas considéré de près,'comtne moi, le génie héroïque de Votre Excellence. ......
Je me recommande humblement à la grâce de Votre Excellence, et du cœur le plus sincère je lui baise les pieds.
Pierre- Paul Rubens,
Mo'ns, V août i63i.
(i) Rubens se trompait en ce point, le marquis de Mirabel conseilla d'agir eu laveur du duc d'Orléans.
p. s. La reine me dit, en remerciant S, A, pour les cadeaux qu'elle lui a l' août i63i. envoyés, qui, certes, étaient très beaux et qui ont été infiniment agréables à Sa Majesté, que le plus grand et le plus vrai cadeau serait un prompt secours à son fils, d'où dépend toute sa satisfaction ; que, du reste, il fallait peu s'occuper de sa personne, mais faire servir promptement à cet objet particulier, selon le besoin, la faveur qu'on lui témoigne. Elle m'a dit vouloir envoyer en Espagne une personne exprès pour se jeter aux pieds de Sa Majesté, bien que la nécessité soit si pressante que la réponse sera tardive au cas qu'il faille l'attendre avant le secours, le roi de France faisant déjà marcher de gr?indes troupes pour opprimer Monsieur, qui n'est pas encore prêt.
COMMENTAIRE
A ces lettres du marquis d'Aytona et de Rubens se joignit celle du marquis de Mirabel du 6 août pour exhorter le roi d'Espagne de saisir cette occasion pour porter un coup sérieux à la force de la France. Le roi ordonna que le Conseil d'État en prît connaissance et délibérât sur le parti à prendre. Il se réunit le 19 août; la séance fut extraordinairement longue. Le comte-duc d'Olivarez, le duc d'Albe, le comte d'Onate, le marquis de Gelvés, le Père Confesseur, le marquis de Leganès, le marquis de Flores, don Gonzalo de Cordova, le comte de Puebla prirent successivement la parole. Ils se prononcèrent unanimement contre l'intervention en France telle que la proposa Rubens; le comte-duc, tout en rendant justice aux bonnes intentions du secrétaire du Conseil privé, trouva que sa lettre renfermait beaucoup d'absurdités et de verbiage italien. « Quand, dit-il, on emploie ces gens dans une négociation, ils y vont en aveugles et ne font plus attention qu'à celle-là. » (i) Les résolutions de Philippe IV, conformes presque en tout point à l'avis du Conseil d'État furent portées à la connaissance de l'Infante Isabelle avec les motifs sur lesquels elles se fondaient, par la dépêche royale du 23 août que nous publions à sa date. Le roi était d'avis de s'entremettre entre les partis ennemis pour amener une conciliation, mais ne voulait pas entendre d'une intervention active en France. Ses ministres étaient du même avis.
(i; No discurre çobre el papel de Rubens porque trae. muchos despropositos y chacharas italianasauHque cxee cierto que todo con muy buena intencion pero esta gente viendose empleada en una de estas negociationes obra con cequedad en ella y sus mas atencion que a aquello. (Consulte du 19 août i632. Archives de Simancas Esiado^ leg. 2045.)
DCCXIII loaoûtifôi. GERBIER AU SECRÉTAIRE LORD DORCHESTER.
Monsieur.
J'ay escript par ma dernière pour les mesures des tableaux que V. E. désire,- qu'il faut ayant que l'on puisse faire le marché. Mons^ Rubens m'a donné le nom de ceux de ce Pays quy mérittent d'y mettre la main, le dict S"^ Rubens est encore aveq le Marquis d'Aytonna près de la Reyne Mère laquelle tardera quelques jours encore à Monts et y prendra Médecinne.
Brussels ^^ i63i.
B. Gerbier. .
Londres. Public Record Office. Foreign State Papers. Flandres 57. Traduction anglaise publiée par Noël Sainsbury, op. cit. p. i58.
DCCXIV