SOUFFLOT A MAR1GNY
Paris, le 21 juillet 1765.
J'ai eu l'honneur de vous écrire le 9 du courant la mort de deux tapissiers des Gobelins ; j'ai pris depuis les informations nécessaires pour vous proposer ceux qui sont dans le cas de leur succéder, soit pour les logements, soit pour la gratification que YEtourneau laisse ; il l'avait obtenue, quoiqu'elle fût des ateliers de basse lisse, par extraordinaire, en attendant une pension d'ancienneté, et pour récompense de rattachement qu'il avait marqué au service du Roi en refusant de passer en Russie, où on lui faisait des offres avantageuses. Il paraît juste que cette gratification retourne aux ouvriers de basse lisse qui sont dans le cas de mériter; parmi eux celui qui parait y être le plus est le jeune Cornillon, officier de tête chez M. Neilson, qui lui donne annuellement une gratification de sa poche, pour l'attachement qu'il a marqué à la manufacture en refusant aussi des offres qu'on lui faisait afin de l'en-
gager à la quitter (i). La gratification, Monsieur, qu'avait le dit Y Etourneau et qui vaque, étant de cent livres, épargnera à M. Neilson, qui est fort chargé par d'autres dépenses, la pareille somme qu'il donnait par an au jeune Comillon. Quant au logement, le défunt V Etourneau a un fils, bon officier de tête, qui mérite par sa conduite et son talent la grâce que vous lui ferez si vous voulez bien, Monsieur, le lui accorder.
Hiecman, ouvrier fort incommodé qui vous avait supplié de l'aider de quelque chose et à qui M. Neilson avait avancé beaucoup d'argent, est mort le même jour que Y Etourneau ; il avait un logement qui se trouve vaquant et qui doit passer à un tapissier en basse lisse. M. Neilson voudrait attacher de plus en plus à ses ateliers le sieur Descranes et ses deux fils, qui vinrent il y a quelques années de la manufacture de Beauvaisàcelle des Gobelins, avec le reste de leur famille, et qui se conduisent très bien à tous égards ; en conséquence il vous supplie de vouloir bien leur accorder ce logement, qui les mettra un peu plus à leur aise en leur épargnant un loyer, et qui les fixera davantage au service du Roi (2).
Archives Nationales, O1 2046.