‹ Correspondance de Soufflot avec les directeurs des bâtiments concernant la manufacture des Gobelins, 1756-1780Chapitre 218 sur 224 · Belle a d'Angiviller · texte numérisé non relu

Belle a d'Angiviller

A Paris, le 24 août 1778.

Monsieur, en 1774, sur la proposition de M. Soufflot, il fut arrêté par M. le Directeur général, alors, que l'établissement de la Savonnerie serait transporté attenant la manufacture des Gobelins, les bâtiments de la Savonnerie d'une part dépérissant et les terrains qu'elle occupe étant, par leur valeur actuelle, dans le cas de dédommager de la plus grande partie des dépenses nécessaires pour ce transport, qui était regardé comme devant produire par la suite une économie réelle par les affaires que la proximité de ces deux manufactures devaient procurer à l'une et à l'autre, par commande pour le dehors, les étrangers et gens riches pouvant se décider pour des ameublements complets, voyant dans le même lieu les productions de ces deux manufactures.

Dans ces vues, Monsieur, et M. le Directeur général ayant accepté et arrêté ce projet, il fut fait des offres avantageuses au sieur Boëmard qui venait d'acheter la maison dite le Grand Louis dont l'emplacement entrait dans le local nécessaire à cet établissement (1), ainsi que la brasserie attenante et qui est adhérente aux Gobelins et d'autre part à cette maison du Grand Louis; le sieur Boëmard accepta les offres qui lui furent faites (2) et il remit ses titres d'acquisition à M. le Direc-

(1) Dès 1771 l'administration songeait à acquérir pour le Roi la maison du Grand Louis attenant aux Gobelins ; Soufflot, dans une lettre à Marigny du 25 mai, l'estimait trente à quarante mille livres. En octobre 1773, l'abbé Terray en offrait encore 20.000 livres, Soufflot lui faisant remarquer qu'on aurait ainsi l'avantage d'avoir dans l'enclos des Gobelins tout le terrain nécessaire pour y réunir un jour la manufacture de la Savonnerie. (Cf. lettre de Soufflot à Guvillier du 16 octobre 1773. A. N. O1 2047).

(2) « Les 30 000 livres qu'on en avait toujours offert » (Lettre de l'abbé Terray à Gabriel du 2 juin 1774. A. N. O1 2047).

teur général ; mais lorsqu'il fut arrêté de lui remettre les fonds, ledit Boëmard se dédit malhonnêtement, et cette affaire resta là. Peu après la brasserie fut mise en vente forcée, et l'emplacement qu'elle occupe fut regardé comme suffisant à acquérir pour l'instant ; en conséquence M. Soufflot s'y transporta, et d'après l'estimation qu'il en fit il fut donné des pouvoirs à M. Rouard, procureur au Châtelet, pour les enchères à mettre lors de la criée ; le sieur Cacqué, architecte expert, ayant enchéri sur lesdits pouvoirs, cette' maison lui fut adjugée. Depuis ce temps, Monsieur, ce particulier n'a ni loué ni réparé cette maison, qui par là s'est d'autant plus détruite ; j'apprends. Monsieur, qu'une partie vient d'écrouler dans celle qui tient au corps de logis du nommé Vavoqae, tapissier rentrayeur de la manufacture,que cet éboulement peut préjudicier beaucoup à ce corps de logis, si par votre ordre, Monsieur, il n'y est remédié, d'après le compte qui vous en serait rendu, d'après la visite qui en serait ordonnée par vous. J'apprends en même temps que le sieur Cacqué a vendu au dit Boëmard cette maison ; d'après cela, Monsieur, je penserais que ce serait le moment le plus favorable pour faire cette acquisition par les Bâtiments, si ce projet ci-devant détaillé était de nouveau confirmé par vous; que d'après cela une estimation au nom du Roi en serait nouvellement faite, et que cette acquisition, dans l'état actuel de ce bien, ne pouvant être que peu conséquente, vous vous mettriez, Monsieur, à même d'effectuer cet arrangement avec épargne, lorsque les circonstances vous pourraient déterminer à ce transport. Dans cette circonstance j'ai cru, Monsieur, devoir vous prévenir de ces faits, ayant connaissance des vues et des décisions de M. l'abbé Terray alors (1).

Je suis avec le plus profond respect, etc., Belle.

Archives Nationales, O1 2056.

(1) « A M. Soufflot pour me marquer son avis », écrit d'Angiviller le

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