Soufflot a Marigny
Paris, le 1er août 1757.
Monsieur, je n'ai pris la liberté de vous demander la place du sieur Perron que relativement à l'idée où je devais être qu'il quitterait les Gobelins après ses six années de résidence, puisqu'il m'avait tourmenté à plusieurs reprises l'année dernière pour lui donner mon certificat ; sa raison
était qu'il s'arrangerait pour s'établir dans Paris où il travaillerait plus fructueusement qu'aux Gobelins ; mais comme il n'y habitait que depuis environ cinq ans quoique son brevet fût daté de près de six, je lui refusai le certificat et l'assurai que je ne pouvais le lui donner que quand il aurait fini son temps ; je l'ai vu prêt à s'écouler, j'ai craint, Monsieur, que vous ne fussiez sollicité pour sa place que je devais regarder comme vacante, je vous ai supplié par cette raison de l'accorder au sieur Gouget que je crois digne de la protection dont vous avez bien voulu l'honorer ; je vois qu'aujourd'hui le sieur Perron a changé d'avis, et que vu la difficulté et la dureté du temps pour un établissement dans la ville, il préfère rester aux Gobelins. Quoiqu'il ait tort de ne vqus avoir pas instruit de ce qui s'était passé, je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien lui accorder la grâce qu'il vous demande, et de conserver cependant au sieur Gouget celle que vous avez bien voulu lui faire qui peut avoir son effet, dans le cas où le sieur Perron changerait encore d'avis d'ici à la fin de son temps, ou dans celui où il vaquerait quelque appartement saffisant'pour le sieur Gouget auquel je vous supplierai d'avoir la bonté de donner le brevet, quand les six ans de l'autre seront expirés. Je pense, Monsieur, qu'il sera à propos pour lors de fixer la demeure dans la maison aux six années nécessaires pour acquérir la maîtrise afin qu'il ne prétende pas y rester de droit après ce temps, afin que vous ayez d'autant plus d'occasions de placer des gens de mérite, et que ceux qui auront fini leurs six ans soient convaincus, ainsi que le doit être le sieur Perron, que la continuation que vous voudrez bien accorder est une pure grâce, n'y ayant rien dans les règlements qui décide sur sa demande ; la preuve d'ailleurs qu'il n'en reste pas beaucoup au delà de leur temps, c'est que lui qui ne l'a pas fini est, selon son placet, le plus ancien (1).
Archives Nationales, O1 2044.
(1) Sur les plaintes delà communauté des orfèvres, cf. un « mémoire