SûUFFLOT A MaRIGNY
Paris, le 15 février 1758.
J'ai examiné, Monsieur, la demande de Jean Cressort, tapissier en basse lisse ; c'est un bon sujet, qui est dans le cas de mériter votre protection ; mais il n'est pas dans celui d'avoir la pension; je l'avais mis sur les rôles des gratifications de 1756 et 1757 pour cinquante livres, faisant moilié de celle qu'avait le nommé de Vos pour l'engager à se perfectionner et qui s'est mal conduit ; et j'avais marqué l'autre moitié au jeune Lang/ois, très bon sujet dans la basse lisse, pour l'encourager à se perfectionner dans les tètes. Le dit Jean Cressor pourra aujourd'hui, si vous l'agréez, passer à une gratification de cent vingt livres que laisserait Beaupin frère du défunt, en lui donnant vu sa bonne conduite et son infirmité la pension de cent cinquante livres que quitterait Pierre Grignon, qui est à tous égards le plus dans le cas d'obtenir, si vous voulez bien la lui accorder, la pension de deux cents livres qu'avait feu Beaupin, J'ai l'honneur de vous envoyer ci-inclus un état des pensions et des noms de ceux qui les ont, sur lequel j'ai noté en marge ces changements au cas que vous les agréiez et que vous vouliez bien leur en faire expédier le brevet.
On travaille avec le plus grand zèle et le plus grand soin tant en haute qu'en basse lisse à vos tapisseries et à vos fauteuils (1); les métiers de M. de Vaucanson réussissent au
(1) Le 21 février 1761, Marigny signera un ordre de délivrance pour son hôtel d'une tenture des Amours des Dieux, haute et basse lisse des Gobelins, comprenant en haute lisse l'Enlèvement d'Europe d'après Pierre et Vénus et Vulcain d'après Boucher, et en basse lisse Pluton et Proserpine d'après Vien et Neptune et Amimone d'après Garle Van Loo. — Plus le meuble, consistant en un écran, un sopha et douze fauteuils.
mieux et ne coulent pas tant que j'aurais cru, malgré la perfection avec laquelle ils sont faits ; il est vrai, Monsieur, que j'ai trouvé, comme j'ai eu l'honneur de vous l'écrire dans le temps, des sapins que nous avions depuis très longtemps dans le couvent des Capucines, qui nous servent à faire les rouleaux et nous en évitent l'achat ; nous y en trouverons encore plusieurs, et comme les nouveaux métiers sont d'un avantage très considérable pour la perfection de la basse lisse et que M. de Vaucanson n'a pas des ouvrages absolument bien pressés, je vous supplie, Monsieur, d'agréer qu'il nous en fasse encore quatre ou cinq dans le courant de la présente année, tant grands que moyens ; ce sera une dépense d'environ 1.800 livres qui sera faite pour longtemps et dont il résultera un très grand bien. M, de Vaucanson agit dans tout ceci avec le plus parfait désintéressement ; il tient un compte exact de l'achat du bois, du fer et des journées de ses ouvriers, et c'est sur cela qu'il m'a donné le montant des trois métiers sur lesquels on travaille à présent.
Archives Nationales, 01 4546.