‹ Correspondance de StendhalChapitre 31 sur 134 · A M. SALVAGNIOLI.^POËTE ET AVOCAT, A FLORENCE · texte numérisé non relu

A M. SALVAGNIOLI.^POËTE ET AVOCAT, A FLORENCE

Cicita-Vecchia, le ... octobre 1831-

Je voudrais bien, aimable compatriote de Boccace, ne pas choquer votre vanité nationale. On me comble de politesses à Florence ; pourquoi offenser une ville si aimable ? D'un autre côté, si je ne dis pas la vérité, je tombe dans le genre plat et faux.

fi2 COHHESPONDANCE DE STENDHAL

Donc, en demandant bien pardon à votre vanité italienne, j'oserai dire qu'il me semble qu'il y a une condition essentielle pour faire du beau style italien : c'est de ne présenter qu'une idée, deux tout au plus dans une immense page italienne, telles que celles de V Anthologie. Délayez donc infiniment les pages que je vous envoie, en les traduisant ; d'une page, faites-en quatre.

Autrement vous serez inintelligible pour des lecteurs un peu accoutumés au style verbeux, où l'auteur caresse la paresse du lecteur en prenant soin de tout expliquer.

Effacez ou, pour mieux dire, ne traduisez pas ce qui vous semblera faux. Diminuez la saillie de ce qui vous semblera exagéré. En un mot, plaidez la cause du Rouge (1), comme vous le voudrez ; ceci n'est qu'un mémuire fourni par le procureur à l'habile avocat.

[Naples, le] 14 janvier 183'i.

Cher ami, je vous écris de la Speranzella. Comprenez-vous ? La Speranzella, derrière Toledo, à laquelle on monte par la Trinita degli

o fiésiria ».

Spagnuoli. Je pense sans cesse à vous depuis que je suis ici, ce qui fait que je vous écris sans avoir rien à vous dire.

(1) Le Rouge et le Noir.

(2) Lettre mutilée par Colomb ; rétablie dans le texte original. (Voir Soirées du Stendhal club, p. 253).

L'image ci-jointe est la cause de ma venue; figurez-vous une lave de huit à dix pieds de large qui sort exactement du bord du ci-devant cratère (lequel est plein, ce qui annonce une grande irruption, disent les Vésuvistes). Cette lave fait deux toises par minute ; son cours a six ou sept cents toises. Si elle continuait toujours de la même ardeur, elle menacerait Résina, mais elle se calme tous les jours. Hier donc, à deux heures, je suis arrivé à la source de la lave et y suis resté tout ébaubi d'admiration, jusqu'à deux heures de nuit. Il y avait là, pour commencer par rang d'utilité, un polisson qui vendait du vin et des pommes, qu'il faisait cuire sur le bord de la lave. Ce polisson a fait mon bonheur. Il y avait le Prince Charles, celui que l'on dit fils d'un Anglais, parce qu'il est moins énormément rond que le King et ses autres frères. Il faisait imprimer des morceaux de lave comme on imprime des oublies, avec des moules de bois, et à tout moment les moules prenaient feu. On aurait pu faire de très beaux bustes colossaux avec cette lave. Cela coûterait le prix du moule en bois ou en plâtre, et les bustes seraient éternels. Les chambellans du prince empêchaient les curieux de rester à l'endroit vers lequel son Altesse Royale roulait ses pas impérieux. Rien de plus ridicule qu'un chambellan à cette hauteur. Le prince changeant de place à tout moment, j'ai bravé le chambellan, sans y songer, et le prince a été très honnête pour les Français. J'étais là avec M. de Jussieu, de l'Institut, mon ami ; c'est un esprit fin et dégoûté de tout comme Fontenelle ; il me tient pour fou.

Sur le cratère il y a un petit pain de sucre, qui jette des pierres rouges toutes les cinq minutes. M. de Jussieu a voulu y aller et s'est joliment écorché les mains et les chevilles en parcourant une plaine composée de filigranes de lave qui se brisent sous les pieds. La montée est abominable ; c'est mille pieds de cendre, avec une pente de quarante-cinq degrés, tout juste. Sans cesse le pied sur lequel on s'appuie pour monter recule. Dans ma colère, j'ai fait cinq ou six plans pour rendre ce chemin commode avec mille écus. Par exemple, des troncs de sapin mis au bout les uns des autres et un fauteuil glissant sur ce plan incliné et remorqué, comme aux montagnes russes, par une petite machine à vapeur. Le roi de Naples acquerrait un nom européen avec cette belle invention.

A propos, on est fort content de l'idée qu'a eue ce jeune avare de nommer M. San Angelo ministre de l'intérieur. Le San Angelo est un brasseur d'affaires, sans trop d'idée du juste et de l'injuste, un Dar-

gout, qui a été préfet en deux ou trois endroits ; on se loue de lui à Foggia.

J'avais deux projets : être prudent et écrire lisiblement. En vérité, parlant à vous, je ne puis. Cette lettre attendra le bateau à vapeur. J'ai passé six heures au charmant bal de M. de Latour-Maubourg, où le roi était, et je vous assure le moins fat, le moins affecté de tous les porteurs d'uniformes qui se trouvaient là. lia fait ma conquête. Il ne marche pas, il roule, comme Louis XVI, dit-on. Avec cela et garni d'énormes éperons, il veut danser. Mais qui n'a pas des prétentions ? Celles du King ne s'étendent pas au-delà de danser, comme vous allez voir.

Il avait engagé mademoiselle de Laferronays, la cadette, qui rougissait jusqu'aux épaules de danser avec un roi. Ces épaules étaient à deux pieds de mes yeux. Le roi a dit : « Ah ! mon Dieu, mademoiselle, je vous ai engagée, croyant que c'était une contredanse, et c'est une galope ; je ne sais pas cette danse. — J'ai dansé bien rarement la galope, a dit la demoiselle, prononçant à peine. Ils avaient l'air fort embarrassés. Enfin le roi a dit : « Voilà le premier couple qui est parti qui ne s'en tire pas trop bien, espérons que nous ne nous en tirerons pas plus mal », et le bon sire s'est mis à sauter; il est fort gros, fort grand, fort timide ; vous jugez comment il s'en est tiré. Ses éperons, surtout, le gênaient horriblement.

Cela est vrai dans tous les sens ; il se ruine pour son armée. Il a huit mille Suisses qui font peur à l'armée et l'armée fait peur aux citoyens. Figurez-vous qu'un colonel suisse (souvent marchand drapier ou épicier ruiné à Fribourg) reçoit à Naples six mille ducats, plus le tour du bâton sur l'habillement et les rations. J'ai écrit quatre pages sur l'état actuel politique ; elles vous ennuieraient. Ce qui est incroyable, incompréhensible, contradictoire avec les mœurs du dix-neuvième siècle, c'est qu'on prétend que ce grand jeune homme, qui a le derrière si gros, a de la fermeté. Je ne veux pas dire de la bravoure, chose si inutile à un roi ; il a la force d'avoir une volonté et d'y tenir. Si cela se confirme, c'est mon héros.Commençant ainsi à vingt-deux ans, il sera roi d'Europe à cinquante. On le dit peu puissant, ce qui ne l'empêche pas de parler constamment à une anglaise à la mine pointue; le mari, véritable aristocrate, est ravi. Pour combler sa joie, le prince Charles fait la cour à la sœur de sa femme. Ce prince Charles est un fat sans figure, comme le prince héréditaire de Bavière, qui vient en Italie se former le cœur et l'esprit, est un fat avec figure.

M. de Latour-Maubourg a fait ma conquête ; c'est un homme raisonnable, chose bien rare dans ce métier, je vous le jure. Avez-vous lu une note de M. Chateaubriand dans ses Discours historiques ? Mettez quatre dièzes à ce qu'il révèle et vous n'y serez pas encore. On ne vit qu'avec les ultras d'un pays qui, encore, pour vous faire la cour, vous cachent, ou s'abstiennent de parler devant vous de tout ce qui peut vous choquer. Dominique en sait plus au bout de deux jours, en parlant à ses négociants, que ces beaux messieurs qui sont ici depuis deux ans. Leur ignorance est au point de ne pas distinguer les uniformes ; ils prennent un chambellan pour un maréchal de camp.

Madame la princesse ou duchesse Tricasi passe à Naples pour la plus jolie. Toutes ces dames sont duchesses. Madame Tricasi a l'air piqué d'une beauté française qui ne fait pas assez d'effet (la physionomie de madame de Marcellus-Forbin, si vous voulez). Je préfère madame la duchesse de Fondi. Madame la princesse Scatella ou Catella, mariée depuis cinq ans, n'a pas encore d'amant ; c'est une rare beauté qui ressemble à une figure de cire. Quant à moi, je préfère à tout une marquise sicilienne, blonde, vraie figure normande, dont personne n'a pu me dire le nom. J'ai revu tout cela à deux bals du Casino des nobles, via Toledo, vis-à-vis le palais du prince Dentice. La duchesse Corsi

est leste, vive, alerte comme une Française : la sublime a l'air

de mademoiselle Mars, il y a trente ans, dans les Araminte. Mademoiselle de Laferronays l'aînée ressemble à M. de Chateaubriand ; on lui donne beaucoup d'esprit, du génie. Ce n'est peut-être que l'étiquette faite demoiselle. En dansant, et elle danse beaucoup, elle a l'air d'accomplir un devoir de diplomatie.

La société à Naples fait masse. Ce n'est pas comme à Rome, où la broderie à l'air d'emporter l'étoffe, où les étrangers (uit l'air de faire le monde, dans lequel quelques Romains apparaissent par-ci par-là. Il y a ici quatre-vingts femmes dont je puis vous copier les noms dans mon journal et que l'on trouve partout. Souvent leur amant ne leur parle pas dans le monde. Napoléon a réformé les mœurs ici comme à Milan. On ne cite plus, comme ayant plusieurs amants à la fois, que des dames qui ont passé leur jeunesse en Sicile, pendant que Napoléon civihsait l'Italie. La tristesse protestante qui infecte Paris se fait sentir ici dans la société Acton, que je n'ai point vue. Naples est plus remuant et plus criard que jamais. Le contraste est épouvantable entre Toledo plus vivant que la rue Vivienne (car ici on ne passe pas, on demeure dans la rue), et la sombre Rome.

66 COHRESFONDANCE DE STENDHAL

La mosaïque découverte il y a deux mois à Pompeï est réellement ce qu'on a trouvé de plus beau en peinture antique. C'est un objet d'art presque au niveau de l'Apollon, non pour la beauté, mais pour la curiosité. C'est une bataille ; un roi barbare sur son char va être pris par des guerriers portant casques et piques. Un barbare se fait tuer pour sauver son roi, lequel roi, sur son char, a une mine des plus effarées. Ces personnages sont à peu près de grandeur naturelle. On empêche de dessiner et même d'écrire devant ce chef-d'œuvre.

(1) Bolo[gna] était amoureuse depuis vingt ans d'un amant qui s'est trouvé impuissant ; par dépit, elle cherche à se donner à un autre homme un peu bête, qu'elle croit sincèrement aimer. Delà ses folies. Elle peut trouver sept à huit ans de bien-être avec cet animal à deux têtes. Que dites-vous de la mine de l'amant impuissant, qui ne veut ni faire, ni laisser faire ?

Un paysan faisait un trou à Misène ; avant-hier il a trouvé deux têtes de marbre, que j'ai achetées ; j'ai gagné à cette loterie. J'avais reconnu les beaux yeux de Tibère. Croiriez-vous que ce coquin est fort rare ? Il a cependant régné vingt-deux ans, je crois, et sur cent vingt millions de sujets. Enfin, mon buste vient, pour le mérite, immédiatement après les chefs-d'œuvre ; il me coûte quatre piastres, et on l'estime cent au moins. L'un des meilleurs sculpteurs de Rome, mon ami intime (il aime le beau, comme moi, avec passion, folie, bêtise), M. Vogelsberg s'occupe à faire un nez à mon buste. Si je crève, la circonstance unique de ma mort, me donnant de l'audace, vous recevrez ce buste sans frais et le ferez arriver chez M. Dijon (2).

Avez- vous eu votre liberté au l'^'' Janvier ? C'est une grande épreuve; nous le sentîmes tous en 1814. Comment vous en tirez-vous ? Dictezvous à une jeune femme de chambre l'histoire sincère de votre vie de Paglietta, à Naples ? Plus, votre conspiration pour livrer le port de Naples aux Anglais, de concert avec madame de Belmonte ; plus, la vente des boutons avec l'empreinte de Saint-Pierre ; plus, l'arrivée à Genlis avec dix-huit sous, et enfin la délicieuse histoire des présents de confitures.

Je m'amuse à écrire les jolis moments de ma vie (3) ensuite, je ferai

(1) Ce paragraphe fait allusion à l'état politique de la Romagne dans laquelle il y avait beaucoup d'effervescence. Le pape, l'Autriche, les libéraux, s'observaient avec anxiété. Quelques-unes des lettres précédentes et des suivantes donnent le mot de l'énigme. (R. C). Voir : Farges, Stendhal diplornale,pdiSsim.

(2) Le comte Mole.

(3) Vie de Henri Brulart.

probablement comme avec un plat de cerises, j'écrirai aussi les mauvais moments, les torts que j'ai eus et ce malheur que j'ai eu de déplaire toujours aux personnes auxquelles je voulais trop plaire, comme il vient de m'arriver à Naples, avec madame des Joberts (née à Bruxelles). Bien entendu, je ne songeais pas à l'amour ; ses yeux étaient doux et me plaisaient, et le contour du profil ressemblait à madame de Castellane. Hélas ! comme auprès de la Giudita (1), j'ai vu un président Pellot m'enlever toutes les préférences. Ne dites pas mon voyage à ces chers amis, qui me font rayer des listes de la croix. Je pense qu'en invoquant l'oubli la petite jalousie s'éteindra. Dites : Il devient vieux, U se rouille. Ne sortez pas de là.

Savez-vous mon chagrin réel : comment lirez-vous cette lettre ? Combien faudra-t-il de besicles ? Enfin, lisez un peu tous les dimanches, quand vous n'aurez rien à faire. On se fiche de nous de la façon la plus plaisante ; mais sempre benedicere dei Domini Priori.

Croyez que je vous suis tendrement attaché.

A.-L. FEBURIER.

Aimeriez-vous des vues de Naples au simple trait ? Cela aide et ne gâte pas la mémoire. Comprenez-vous ce ne gâte pas ; il dit plus qu'il n'est gros. Ces vues au trait ont deux pieds de long sur douze ou quinze pouces de hauteur. Je vous enverrai mon exemplaire, autour d'un bâton, si vous en êtes digne. J'ai vu deux têtes antiques de terre cuite chez M. San Angelo (à Corso di Napoli), le nouveau ministre en un mot. Ah ! que ne puis-je les voler pour vous ou pour moi !

De chez moi {Civita-Vecchia), 28 février 1832.

Lisez, si ce jour-là vous en avez envie, cher ami, et puis renvoyez à M. Colomb (par la poste) ; mon agent général loge n» 35 rue Godotde-Mauroy.

(1) Madame Pasta.

En écrivant à M. Rœderer, j'ai pensé que c'était un homme de 1780, plaçant sans doute le bon ton à trouver que l'autorité (qui donne les grâces et pensions) a toujours raison. Je n'ai pas voulu prendre de la couleur noire sur ma palette. Vous qui avez eu l'honneur insigne, le seul vrai, d'être condamné à mort (1), ajoutez du noir. Hier ot le 26, on voulait faire tomber des têtes ; j'aurai peut-être à ajouter quelque chose avant de cacheter.

Le 21, à Forli, à la tombée de la nuit, les soldats se sont mis à tuer tout ce qu'il y avait dans la rue. Le plaisant, c'est qu'il n'y a eu que des ultras de tués. Entre autres, un ultra, célèbre usurier, qui, depuis trente ans, ne manquait pas les litanies de la Madonna dol Fuoco. Ses neveux, ne le voyant point rentrer, ont osé, à minuit, au milieu des coups de fusil des corps de garde, aller à la recherche de l'oncle avare ; ils l'ont trouvé au dépôt des cadavres, à la municipalité, tout nu et ayant à côté de lui sept à huit lettres de change à lui appartenant, que les voleurs d'habits avaient laissé là, comme inutiles paperasses. Tout le nœud de la comédie, c'est que M. Albani a imprimé et écrit à Rome que, effrayé de la colère des bourgeois le 21 ou plutôt et au plus tôt le 22, il avait appelé les Autrichiens, tandis que la proclamation du brave Hongrois Radetsky est imprimée dans les journaux do Milan ou de Modène, le 20 ou le 21, au plus tard. Or il y a cinquante lieues au moins de Forli à Milan.

Pourquoi diable aussi proclamer ? Le duc de Modène, lui-même, s'est senti obligé à faire un journal ultra, tant l'opinion s'occupe de politique. Aussi, adieu la musique ! Ces indignes Romains, qui applaudissent Bellini, viennent de siffler les Caniatrici villane, que le pauvre vieux Fioravanti, âgé de soixante-dix-neuf ans, avait fortifiées d'instrumentation. Le pauvre vieillard était présent à l'orchestre. Je n'ai pas eu le chagrin d'être là. Depuis un mois, comme vous comprenez bien, je suis comme Actentirkoff, à mon poste.

Nettiber (2) est comme un ancien ministre se faisant ultra pour rester. Albani, qui a trois fois plus d'esprit et d'activité, malgré ses quatre-vingt-quatre ans, est Villèle. Lambruschini est la Bourdonnaye, l'homme aux catégories, formes aimables, accoutumé aux reinesse (3) et Louis XVI placé au dogat par le hasard.

(1) Voirie Rouge elle Noir, (ih^xt. XXXVIII. Di Fiore est le prototype d'Altamira.

(2) Le cardinal Bernetti.

(3) Remises, ajournements.

Avez-vous reçu, cher ami, une lettre énorme ? mais j'écrivais de la Speranzella ; j'ai espéré que le lieu de la scène soutiendrait votre attention. Au reste, il se peut que vous n'ayez pas pu lire ; je suis arrivé à ce point de décadence, que, dès que je cherche à former des caractères passables, je suis absurde. Vous saurez que j'ai un chagrin ; tous les secrétaires d'ambassade et consuls me font des compliments de condolécince, sur ce qu'un homme de ma portée n'a pas une certaine chose (ce n'est pas la vérole que je veux dire). Indiquez-moi un moyen de prouver que je ne suis pas malheureux d'une chose à laquelle, si j'étais seul, je ne penserais pas une fois par mois. L'essentiel est d'aller à Livourne, dans trois ou quatre ans. L'âme est un feu qui s'éteint s'il ne s'augmente ; le pauvre diable d'employé, qui n'obtient ou ne refuse pas de l'avancement, marche à la destitution.

Que si j'étais évêque ou seulement inamovible référendaire à la Cour des comptes, mon égoïsme ne vous parlerait pas de moi pendant deux pages.

Notre position est amusante depuis quinze jours ; chaque quart d'heure peut tout changer. Je vous écris à trois heures du matin ; le courrier que j'attends à huit peut bouleverser toutes les données. Y a-t-il eu débarquement à Ancône ? (1) La citadelle a-t-elle résisté comme Manuel résista pour se faire empoigner et chasser de la Chambre ? M'arrive-t-il deux mille hommes ici ? Je les attends depuis quinze jours.

Pesaro est ivre de joie ; idem à Pérouse, Spoletto ; le voisinage du tricolore les rend folles.

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