I. (1) A M. DONATO BUCCI, A CIVITA-VECCHIA
[Paris], 8, rue Caiimartin, 6 septembre 1838.
A mon retour d'Amsterdam, j'ai trouvé, monsieur, les sept dernières lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Leur contenu m'a fort intéressé.
Je vous prie de continuer à me donner des faits énoncés bien clairement. Tout ce qui se passe dans votre ville m'intéresse beaucoup ; je suis presque un de vos concitoyens et me réjouis avec vous des embellissements que vous devrez à la bonté du souverain et au crédit de votre respectable évêque.
Je n'ai pas cru devoir mettre une petite croix pour M. Ma... à M. le comte de Praslin qui retourne dans ce pays que l'on regrette toujours lorsqu'une fois on l'a bien connu.
Présentez mes respects à madame la princesse de Canino et à sa charmante fille. Cette âme noble trouve-t-elle le bonheur dans sa nouvelle position ?
Le Ministère m'a fait payer ici 83 francs à tort, ce me semble, c'est le remplaçant qui devrait payer. C'est probablement un nouveau tour de passe-passe de l'homme (2) qui a forcé la serrure du cabinet où j'avais enfermé mes effets ; j'ai quelquefois envie de lui intenter un procès pour vol. Tôt ou tard, il sera connu et chassé. Des négociants respectables m'ont assuré que si l'on va au bureau pour faire viser son passeport, on ne trouve personne, mais que si l'on donne cinq francs à un valet de place, le passeport est visé en trois minutes ; il serait curieux d'avoir la preuve d'une telle malversation. Pourrai- je prouver en justice que le Grec a forcé la serrure de mon cabinet ? Il a dit à M. Gai que c'était le vent qui avait forcé cette porte. La vieille domestique m'a dit avant mon départ qu'il m'avait volé dos chemises. Répondez-moi, je vous prie, un peu on détail sur les belles actions
(1) Collection C. Stryienski. Lettre dictée par Beyle, qui a tenu cependant à écrire de sa main la phrase en italique.
(2) Lysimaque Tavernier, qui gérait le consulat en l'absence de Beyle, et duquel nous tenons le récit du mariage manqué en 1835. Voir Comment a vécu Stendhal, p. 58-60.
226 CORRESPONOANCE DE STENDHAL
do ce bravo hommo. On pourrait songer par la suite à Toto ou à Constantin. Lr taraud peintre de ce nom qui a eu un sueeès fou à Paris est retourné à Genève, je pense que vous le reverrez d'ici à un mois.
Je vous supplie de tirer sur moi pour ce que je vous dois ; j'ai l'habitude de n'avoir pas de dettes et cela me gène. Tirez sur moi au domicile de M. Flury-Hérard, rue Saint-Honoré, à Paris, n» 333. Il y a bien longtemps qup j'ai prié M. Flury d(> payer les traites venant de vous (1).
Vous avez bien dû penser, Monsieur, en no recevant pas de réponse de moi, que j'étais absent ; j'ai été 150 jours hors Paris.
Présentez mes respects à madame la duchesse Ga... que le Grec a endoctrinée et qui ne m'aime guère. En revanche, faites les plus tendres compliments à ses deux aimables filles que j'aime de tout mon cœur et que j'aimerai toujours. Donnez-moi des détails sur les antiquités que vous avez découvertes. M. Ma... a-t-il trouvé la tête de son Apollon ? Vous m'obligerez beaucoup si vous voulez écrire les cinq ou six aventures principales de l'avocat ; nous les lirons ensemble. Est-ce dans l'ancien jardin de M. Ma... que l'on bâtit ces maisons qui doivent être terminées au mois de novembre ?
Tirez bien vite sur moi. Bii'n des choses i\ la Casahie (2).
G,')!). — I AU BARON DE M.\ RESTE
[Paris.... octobre 1838].
Demain vendredi, à 11 h. 3/4, Clara, moi, Sharpe, etc., allons à Meudon, toutefois s'il fait beau. En sortant, passez chez moi, ou au Café Lores, ou chez Sharpe. La réunion est rue Taitbout, devant l'horloge, à midi précis.
(1) On retrouva en effet, au décès de Beyie, une traite de Bucci, remboursée à M. Flury-Hérard.
(2) Adresse : Signer Donato Bucci, negozianti in oggetti d'anfiquita. Civila- Vecchia; Etats Romains.