AU MARÉCHAL SOULT
iMINlSTBE DES AIFAIHES ÉTRANGÈRES.
Civita- Veccliia, le 'l'J jdin'icr 1S40.
Mniisji'iii- le Ministre,
Je prends la liberté d'adresser à \ Olre J'^xeelleuce une courte notice sui' les statues découvertes à Cer^'eteri, aiuieiuie ville étrus(pu', située à vingt-deux milles de Civita-Vecchia, sui- la route de Rome.
(I) Il s'agit 'liin l)iiste ;inli(|iif <li' Tiht'To. iiclicti' |iai- Hcn |i! an iikhiicmI on il venait d'être trouvé dans nne fouille [irt^s du cap Mysène, et offert en juin 1839 à M. le comte Mole, comme un témoignage de profonde pratitude. (R. C.)- Voir lettres du l'"'' novembre 183i et du 21 mars 1835. Ce buste est actuellement au musée du Louvre.
M. Paul Calabresi qui a trouvé ces statues le 10 janvier, m'a dit que M. Visconti, le commissaire des antiquités à Rome, les avait estimées à 12,000 écus (65,222 francs). Deux, de grandeur colossale, sont magnifiques. M. Calabresi espère les vendre au roi de Bavière, qui vient souvent en ce pays et fait des acquisitions. Ce propriétaire craint que le gouvernement romain ne veuille prendre ces statues pour le musée de Rome, auquel cas il suppose qu'il lui serait difficile de toucher le prix convenu.
Veuillez agréer, etc.
H. BEYLE
A ROMAIN COLOMB A PARIS
Civita-Vecchia, le 29 jatuner 1840.
Hier, mon cher ami, je suis allé à Cerveteri, ancienne ville étrusque, à vingt-deux mille de Civita-Vecchia, sur la route de Rome, pour voir les statues déjà célèbres de M. Paul Calabresi.
Le 10 janvier, M. Calabresi faisant enlever les pierres d'une vigne à lui, située sur le mamelon de tuf volcanique, derrière Cerveteri, a cPécouvert onze statues de marbre, la plupart pins grandes que nature ; deux assises, à dcmi-nucs, sont colossales: on n'a trouvé jusqu'à présent que neuf têtes. — Les têtes et les bras ont été travaillés dans des morceaux de marbre séparés, de façon que les têtes peuvent s'ôter à volonté.
Les deux statues nues, de proportions colossales, dont l'une me semble appartenir à Tibère, sont fort belles. — Des statues colossales de femmes drapées sont remarquables, surtout par la hardiesse avec laquelle le marbre a été attaqué ; deux statues d'hommes également drapées, viennent ensuite.
Deux statues, revêtues de cuirasses fort ornées, me semblent inférieures, quoique offrant toujours la même hardiesse dans la façon dont le marbre est travaillé. Une tête de jeune femme, trouvée seule, est fort belle.
Le travail de la plupart de ces statues me semble appartenir au siècle d'Adrien ; elles pourraient représenter des personnages du siècle d'Auguste. J'ai vu aussi beaucoup de fragments de draperies
d'un travail remarquable. Il y a bien des années que l'on n'a fait une découverte de cette importance. Pourquoi ne viendrais-tu pas voir ces belles choses ?
Ces statues ont été probablement cachées dans un puits de vingtcinq pieds de profondeur, creusé dans le tuf volcanique, peut-être pour servir de tombeau.
Le caractère particulier des statues de Cerveteri, ce sont les têtes coupées en rond, au bas du cou, de façon à pouvoir être enlevées. C'était peut-être une collection de statues appartenant à une maison de campagne située sur une colline, à une lieue de la mer ; elles auraient été cachées un peu avant un pillage.
On trouve des détails sur l'histoire de l'ancienne Cœre, maintenant Cerveteri, dans l'excellent ouvrage de feu le professeur Nibby, sur les environs de Rome. — La ville étrusque de Cœre est connue par le traité qu'elle conclut avec Carthage. Rien de plus triste que le village qui porte le nom de Cerveteri ; encore est-il désolé par la fièvre. Quelques savants placent la ville de Cœre quatre milles plus au nord, au lieu où se trouve le village de Ceri, duché de don Alexandre Torlonia.
Civita-Vecchia, le 29 mars 1840.
Je suis tout honteux quand je pense à la longue lettre à laquelle vous vous êtes cru obligé, il y a un mois. Quel saut pour une grenouille galvanisée ! — Avant-hier quatre pouces de neige ici et à Rome, ce qui arrive tous les dix ans.
M. de Genoude ayant voulu finasser, en faisant demander son audience à Sa Sainteté par un prêtre en crédit et non par M. Lambruschini, n'a rien obtenu ; puis il est revenu au cardinal secrétaire d'Etat, qui a fait la sourde oreille ; ensuite au prêtre, qui l'a trouvé ridicule. Il était déshonoré auprès de la finesse italienne, il obtient enfin son audience, et oublie net (\v parler à Sa Sainteté du rétablissement des oratoriens, objet prétendu de son voyage à Rome. A peine dans l'antichambre, il s'aperçoit de son oubli, et fait demander un supplément d'audience, chose qui ne se fait jamais. Le pape, qui est
la bonté même, accorde en souriant, et ce Français, qui passe pour si fier à Paris, prend la fuite pour éviter les sifflets anonymes.
J'ai eu de fortes migraines ; je prends de la belladonna et je viens d'acheter un fusil. Au total, vaut-il la peine de vivre ?