AL N. U. IL SIGNOR CONTE CINI, PIAZZA DI PIETRA, ROMA
1er avril [1840].
Votre lettre, mon aimable Comte, m'a fait à peu près l'effet du chant du coq sur feu saint Pierre. J'ai cru que vous alliez me parler des flacons plats d'eau de Cologne. J'allai chez le marchand le lendemain de mon arrivée, il était absent, je n'y ai plus pensé, j'y retournerai demain.
Il n'y a rien de nouveau pour l'affaire des bœufs ; seulement j'ai su, ces jours derniers, qu'on en avait acheté 3,000 en Sardaigne. La Sardaigne étant un pays encore plus sauvage que les environs de Civita-Vecchia, je suppose que les bœufs y sont à meilleur marché. Dès qu'il sera question d'achats, j'écrirai par la poste à vous et au ministre de Piansano. Dieu sait si la poste va à Piansano.
M. Horace Vernet sera à Rome en même temps que ma lettre ; il a fait la joie des habitants de Civita-Vecchia, grands et petits, en paraissant dans les rues vêtu en Bédouin ou en Turc, je ne sais lequel, ayant peu de pratique des modes orientales.
J'ai eu des nouvelles de Calcutta. Toute l'Inde Anglaise est occupée des préparatifs de l'expédition contre la Chine. Il y aura trois divisions anglaises : la première partira de Calcutta, la seconde de [en blanc], la troisième de Ceylan.
Mes lettres de Paris me font penser que la bataille des fonds secrets qui a dû se livrer le 24 mars aura fini à l'avantage des hommes d'esprit, MM. Thiers, Rémusat, Jaubert et Cubière.
On dit que Monseigneur Cioja, duc du Saint-Esprit, va être fait
2'M) COKHESl'ONDANCE HP: STKNDHAL
fur. (1), il borait H'iiiplaré pur M. l'iuti, iiiissiuimuirt'. \ uus devez .sa\uirfclaminux que moi.
Je regarde les canons sous mes fenêtres avec amour depuis que je sais le plaisir qu'ils font à M. Pepino. Nous avons eu un joli exercice à feu en l'honneur du cardinal de Angelis ; j'ai dîné à côté de ce prince et l'ai trouvé fort poli ; il a été ambassadeur avec le duc de Montebello dans les temps de l'espion Conseil. J'espère que M. Pepino se porte bien ainsi que mon amie M"*' \'irginie. S'ils se portent bien, leur aimable mère se porte bien aussi, et les amis du soir sont heureux et satisfaits. J'ai chassé hier cinq heures sans m'asseoir pour tâcher de me donner cette passion. Mais il faut de l'espérance (2) comme en amour, c'est là ce qui manque ; il faudrait savoir lancer un coup de fusil aussi bien que vous. Je ne tue rien de plus gros que des allouettes.
Adieu, bien des choses à tous les amis du soir et à leur aimable présidente.
J'ai fuit tous les efforts possibles pour être lisible.
Tout à vous.
Comte du TONNEAU.