CLXXI. — A R. Lindet. Le 2j juin
Mon frère, j'écrivais hier l'incluse, parce qu'il faut sortir à huit heures aujourd'hui. Vous serez étonné de la stupidité de nos ennemis. Je vous ai toujours dit qu'il était impossible que cela réussît. Cependant, nous avons des traîtres. Gouvion, le frère d'armes de La Fayette, a été informé du projet d'enlèvement la veille de la Pentecôte : les avis ont été répétés depuis. Bailly a pu être dupe de La Fayette. Le Comité des recherches met de l'importance à faire mine de tout savoir et de ne rien faire, et il est d'une absurde crédulité. Les démagogues outrés, dit-on, criaient la semaine dernière, de toutes leurs forces, qu'il fallait les tètes de Bailly et de La Fayette.
On ne peut plus douter de la perfidie de Bouille. Noailles le patriote arriva hier de Strasbourg. Cette arrivée est bien à propos : il savait que Bouille s'était compromis en envoyant des escortes de hussards et de dragons au-devant du roi, sous prétexte de faire assurer un convoi d'argent. Que penser de tous ces gens-là? Entre nous, le meilleur noble vaut bien un bout de corde. Il ne
faut pourtant pas semer la défiance sur ces gens-là. Le peuple se sauvera malgré ses amis et ses ennemis. (Papiers R. Lindet.)