‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 17 sur 217 · III. — Aux mêmes. Le 6 novembre · texte numérisé non relu

III. — Aux mêmes. Le 6 novembre

Messieurs, j'ai prié mon frère de vous communiquer les notes hâtives que je lui ai fait passer sur les opérations de la semaine.

Le règne du clergé n'est plus de ce monde : pour trop conserver, il a tout perdu (i). Le sort des évêques n'est pas décidé ; par la suite de l'épuration, le monde des évêques se trouvera réduit. On a différé la représentation de la pièce de Charles IX, jusqu'après la décision du

(i) C'est dans la séance du 2 novembre que se termina la discussion relative aux biens du clergé. Elle fut close par la motion de Mirabeau mettant à la disposition de la nation les biens du clergé, à charge de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte.

h CORRESPONDANCE DE THOMAS LIXDET

prc«ce« entre la nation et le clergré. Si on Teût anticipée Km%ï\t cl'^gé eût gagné son procès, nous étions menacés 4S't2se Saînt-Barthélem}' à l'inverse. Les monastères <niOfsmef( et de fsmfimes sont provisoirement fermés ; si on y^ ouvre, ce ne sera que pour en faciliter la sortie. La cauMT des parlements n'a pas exigé autant de séances que celle du clergé, personne .ne Ta défendue, et provi* soirement les parlements sont en vacances.

Le projet est de diviser la France en un nombre de départements, les uns en demandent 70, les autres 80, 120, 125, 203, etc. Chaque département serait le centre d^tme administration, d'une cour de justice, même d'un diocèse, et d'une élection pour TAssemblée nationale, si cependant on ne préfère pas le système qui propose, que chaque arrondissement de municipalité députe directement à TA^semblée nationale ( i }.

Les difficultés élevées à Marseille (2), par rapport à la juridiction prévôtale qui alarma les citoyens, et qui n^a point reçu officiellement le décret de réformation de la procédure criminelle, le refus du parlement de Besançon d'enregistrer les décrets, le défaut d'enregistrement et de publication dans un grand nombre de provinces, ont occasionné un décret qui oblige le garde des sceaux et les ministres à justifier l'envoi des décrets acceptés et sanctionnés, et qui oblige tous les tribunaux et municipalités à les enregistrer dans trois jours et publier dans huitaine, à peine d'être poursuivis comme prévaricateurs, etc.

Je souhaite que vous ne désapprouviez pas le décret qui exige une contribution d'un marc d'argent pour être député à l'Assemblée nationale. La discussion a été des plus orageuses et je ne sais comment il a passé. C'est une affaire terminée. Un certain nombre d'articles constitutionnels sont présentés à l'acceptation du roi, et les

d] Séance des j et 4 novembre 1789.

(2) Séance du 5 novembre.

premières lois qui paraîtront seront conçues dans la nouvelle forme présente.

Le ministère devient pénible : il a employé toutes les petites ruses en affectant la cordialité; on lui procure des désagréments. On a été sur le point de décréter, et peutêtre sera-t-il décrété demain, que les ministres sont invités à prendre séance à l'Assemblée nationale avec voix consultative. [On attend] qu*il ait été pourvu sur cet objet par la Constitution. Le but de cette motion est de mortifier les ministres.

[On veut] les avoir chaque jour pour témoins des plaintes et griefs, et pour leur ôter la faculté de tergiverser dans des réponses préparées. Peut-être quelques membres espèrent-ils monter aux places dont ils voudraient bien dégoûter ceux qui les occupent.

Au reste, ce décret, qui embarrasserait les ministres actuels, servirait trop, à mon gré, les ministres futurs, qui paraîtraient toujours à l'Assemblée escortés d'un nombre d'honorables membres dont les suffrages seraient accaparés. Je leur donne à toujours l'exclusion; nonobstant l'usage de nos voisins, l'influence du ministère me paraît plus redoutable que les lumières qu'il peut donner ne sont utiles.

L'établissement d'une caisse nationale est moralement certain. La Caisse d'escompte sera-t-elle transformée ou s'écroulera-t-elle? Quelle est sa situation? C'est encore un problème. M. Necker a proposé un appel des actionnaires de cette Caisse pour fournir 50 millions. Cela est impossible dans son état de détresse et d'incertitude.

L'administration de la police de Paris vient d'être provisoirement décrétée. Les représentants de la Commune agiront plus librement en agissant légalement. Toujours même difficulté pour avoir du pain. On a arrêté plusieurs particuliers accusés d'offrir de l'argent à des boulangers pour ne pas cuire. Il est certain qu'on cuit la quantité suffisante de pain : on Taccapare, on le fait dis-

lO CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET

paraître. Il est probable que TAmérique, qui a fait une abondante récolte, nous nourrira. Le Comité des recherches a été chargé d'un travail relatif aux plaintes portées sur les subsistances. J'ai renouvelé mes instances, et, ne pouvant faire entrer dans le mémoire que j'ai remis, des questions accessoires à celle qui était proposée, j*ai fait reparaître des idées que je vous ai déjà communiquées et conformes à celles dont je vous ai entretenu. A force de répéter des vérités dures, on les fait quelquefois entendre. Je ne vous dissimule cependant pas que je ne compte pas sur le succès, parce que Ton compte trop sur les secours d'Amérique. Au reste, il est très bon de publier les grandes importations de blé qu'on attend de cette contrée. Cette attente. doit ouvrir les greniers.

On a pendu, avant-hier, de par le peuple, un cocher du maréchal de Noailles à Sainte-Geneviève-en-Laye : il s'était pris de querelle avec quelques gardes de la milice nationale, s'était saisi d'un sabre et avait frappé six ou sept personnes dont quelques-unes sont mortes et les autres laissent peu d'espoir.

Je vous envoie un exemplaire du discours de M. Thouret, que l'Assemblée a jugé propre à disposer les esprits à la partition du royaume projetée.

Suivant les différents projets, la Normandie doit être divisée en 4, 5, 6 ou 9 parties. Dans la division... Bernay se trouverait le point central d'un département... il ne tiendrait pas à moi que l'abbaye fût donnée... » (Arch. Bernay.)

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