‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 179 sur 217 · CCV. — Au même. Bernay^ le 28 janvier · texte numérisé non relu

CCV. — Au même. Bernay^ le 28 janvier

Mon frère, je crois que le célèbre D'André a reçu une juste preuve de la vénération du peuple; il est malheureux qu'on se porte à des violences qui troubleront le commerce, mais les spéculations dont le peuple est sans cesse la dupe doivent irriter contre les fripons. La liberté du commerce est admirable pour les honnêtes gens, mais il faut avouer que nous serons longtemps infestés de corsaires (2).

L'incendie de la Force et de Bicêtre nous auraient rendu une foule de scélérats dont d'autres auraient pu se servir (3).

11 serait bien vu de suppléer à l'armée de ligne par des bataillons de volontaires; insensiblement, l'armée de ligne diminuerait de force. L'on parviendrait à s'en pas-

(i) Gensonné avait fait, le i^' janvier 1793, son rapport sur la mise en accusation des deux frères du roi, du prince de Condé, de Calonne, du marquis de Laqueuille et du vicomte de Mirabeau. Moniteur^ XI, 15.

(2) Le peuple du faubourg Saint-Antoine avait, le 20 janvier, enfoncé un magasin appartenant à l'ex-constituant D'André et contenant du sucre.

(3) Pendant la nuit du 21, le feu avait pris à la prison de la Force; aucun prisonnier ne s'était évadé.

LÉGISLATIVE (l*' FÉVRIER 1792) 331

ser, ce qui vaudrait mieux que de la recruter aux dépens de la garde nationale. Officiers et soldats volontaires seront fidèles dans tous les temps : les officiers de ligne ne le seront jamais, et les soldats seront toujours suspects. La rivalité même sera dangereuse.

La rage et la stupidité de certaines gens rendent toujours croyables toutes les annonces de projets d'évasion ; les mécontents ne perdent pas encore espérance.

On attend bien impatiemment les petits assignats ; on redouble les frayeurs sur la contrefaçon.

On invite les citoyens au paiement de l'arriéré des aides ; on ne s'y prête pas ici bien volontiers.

M. Des Noês, patriote énergumène, dispute du matin au soir, et rend les séances de la municipalité un peu orageuses. Il en est presque résulté un cartel entre lui et M. Mutel. L'affaire s'est apaisée, après que la violence s'est exhalée en paroles améres et en mouvements démonstratifs.

CCVL — Au même. Bernay^ le /•' février 1792.

Mon frère, je m'attendais bien à l'opposition que vous avez éprouvée ; l'aristocratie ne peut pas se désespérer ; on la ravivera dans tous les coins, on veut égarer le peuple. Avignon, les colonies, l'armée, la liste civile, les puissances étrangères, le droit de multiplier les officiers : voilà des moyens d'effrayer et de ruiner. On veut forcer la banqueroute, on veut la guerre civile. Vous déclarerez infâmes des gens pour qui ce n'est pas un supplice de l'être.

Votre lettre aux Amis de Iç Constitution {i) est

(i) Voici cette lettre très intéressante, datée de Paris le 5 1 décembre 1791. J'en laisse de côté le début relatif à rémission d'assignats de 15 et de 10 livres, et de 5 livres et au-dessous, pour ne citer que le passage relatif à la politique étrangère :

« Je désirerais pouvoir vous annoncer la paix, mais Tempereur manifeste

Les lacirann ies c^—.

0^4 ^1 1* peitÉïinr pM ^le /sa pîc ;£«cr ^cx porter. La trvt arsbi^n a rsevi j£;ir r-^iirve. Ce 3icu:veabe3C çii répaad

'*^''*— -* l'â été iiice c i« da35 jc r3>«sxaBe. eUe « ècê

• pro^^t :et p-Ixi ^la.^ st « iie:l>-.£n eif^rts. i sermt pesc-ètr q«e sot» e^i.'Uîoits là çmzjeacje d'asicsdre aos fmttiwH oa, da rc« «Cteo^t qaeiqse tt^css^oa pi» caractérisée de Icsr p«rt.

• L'espcrear se pest pas le JLspeaser d'Amer. Si so«s alloos à fovt (« Brabaat «'«fêtera pov U liberté. La Prase prescra le PMCre exîréai^t^. et a'af ira qs'arec c^ccaspectioa parce qs'eUe pat ceMer d'estrr:ea:r ses forces et Je fixer ses regards sur La froBtière PoU-jgrne, LéopoUI a moias desseia d'attaquer aotre CoBStitotioa que compr;cMrr le Brabaat cootre orie ara^ prsssîeaae. Cec&e disposition Aécmaire pocr toî cosserrer des prorîaces qo: oot été libres, qui n\ iaau^s cessé de I être, et qai Teolcat dooaer la latitude de fiadépeadaacc k la portioa de liberté q*ji leur était conserrée soas le titre de privilè^. Les émiirf es vont se cacher dans llatérieur de l'Allemagne. Les meaaces de l'empereur n'cffraiest point, elles excitent l'impatience, et c'est ce moo> iremer^t que &o'js avons à craindre. Les événements généraux ne sont p«s contra.re^t matt trop de vivacité pourrait occasionner des malheurs particulier%,

• On nég^ocie, on intrigue aujourd'hui pour faire différer jusqu'au t; janvier lc% dccrets d'accusation. On ne parviendra pas à ce but. On rendra demain un i^rênâ hommaqe à l'égalité, on prouvera que les frères des rois %fjfii ce que %ont les autres hommes, que la justice nationale peut, seule, les proté((er ou le^ punir.

« L'Assemblée nationale vient de décréter qu'elle ne recevra, qu'elle ne fera aucun message de félicitation, aucune adresse, aucune réponse k l'occasion de la nouvelle année. La liberté, le sentiment doivent diriger toutes nos démarches.

M L'Assemblée nationale a complété l'organisation de l'armée, elle a pourvu au payement des dépenses de la guerre et des autres départements. Nous perdrons M. Bertrand, ministre de la marine. Les émigrés le regretteront : il favorisait beaucoup les voyageurs. Sa complaisance le portait à leur faire passer des congés pour justifier leur absence.

« L'Assemblée nationale rend à la liberté les quarante Suisses de Châtcauvieux que Tautocratic des officiers avait envoyés aux galères.

« Nous finissons Tannée en faisant tomber les fers des opprimés : nous commencerons Tannée 1792 en frappant les oppresseurs » (Arch. Bemay).

ne fonde pas mon espérance sur la probité, sur la bonne foi, sur la sagesse des ennemis de la Révolution internes ou externes, je lafonde sur leur lâcheté, leur imbécillité, leur impuissance ; mais leur malveillance est extrême, et je n'ai pas assez de crédulité pour croire, ni assez d'impudence pour vouloir persuader que je crois que le roi et les ministres sont devenus ou deviendront jamais les amis de la Constitution. Le nouveau départ tant annoncé peut s'exécuter, mais je voudrais qu'on ne prit pas la route par Varennes.

Je désire que les habitants de Bernay, amis de la Constitution, vous envoient une adresse contre le projet de remplacer sur la caisse nationale les pensions dont on désire décharger la liste civile (i).

MM. de Bayeux arrivent, et je vais faire des prêtres pour M. Fauchet.

J'ai bien de la peine à croire que vous ne deveniez pas un jour Assemblée t:^«5//7«a«/^, malgré les précautions que nous avons eues de vous tracer ce que vous auriez à faire, dans le cas d'une nouvelle émigration.

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