‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 182 sur 217 · CCIX. — Au même, Évreux, le 22 février · texte numérisé non relu

CCIX. — Au même, Évreux, le 22 février

[Th. Lindet transmet à son frère les compliments de M. et M"® Passot. Il continue ensuite :]

Les neiges vont retarder l'arrivée des émigrés.

(i) Allusion à la lettre de Manuel à Louis XVI : « Sire, je nVime pas les rois... ». Sur cette lettre, voir la revue la Révolution française^ t. XXXV, p. 519.

M. Cahier a grand besoin de votre décret concernant les actes de naissance, etc. ; par ce moyen, le trouble intérieur sera porté à son comble dans certaines contrées, et il n*y en a» je crois, aucune qui en ait besoin, ou qui y soit préparée.

La coalition qui menaça la vieillesse de TAssemblée constituante fut sur le point de renverser les clubs. Je remarquai avec douleur que ces assemblées auraient encore plus d'ennemis dans votre législature (i).

Les clubs sont redoutables aux ministères, aux administrations : ils dévoilent, ils attaquent de front les menées, les perfidies, les injustices de ces agents de despotisme ; ils propagent les lumières, ils soutiennent l'énergie et l'amour de la liberté. On sait braver les clameurs d'un individu isolé : on ne saurait braver l'opinion d'une assemblée.

Réduisez le peuple au silence ; ôtez-lui ces gymnases où il s'exerce sur les affaires publiques : il retombera dans l'apathie.

Ajoutez à cela une Chambre haute ; rendez la perpétuité aux administrateurs et aux juges, et vous aurez fait le gouvernement le plus effroyable qui ait été imaginé sur la terre.

On est étonné du petit nombre des votants dans les sections de Paris. Paris n'a-t-il plus d'énergie?

M. de Biron payera-t-il ses dettes à Londres? M. de Périgord fera-t-il un traité ? Quel traité faire avec les Anglais ? Cette nation astucieuse ne nous fera pas la guerre la première.

Le pouvoir exécutif a toujours des apôtres qui demandent qu'on le corrobore : il lui faudrait des médecins pour

(i) Les feuilles girondines à ce moment entretenaient une très vive polémique avec les Feuillants. André Chénicr publiait alors dans le Journal de Paris de violentes diatribes contre les Jacobins. Cf. V Argus patriotique, de Morande, le Logographe, de Barnave et Lameth. Le ministre de l'intérieur, à la séance du i8 février, prenait à partie les sociétés patriotiques et les prêtres réfractaires. Moniteur^ réimpression, XI, 416.

le purger. Tous les ministres de France chez l'étranger sont vilipendés : ne veulent-ils pas l'être? ne veut-on pas qu'ils le soient?

Si Coblentz est bien investi, nous n'aurons pas la guerre. Si on s'échappe de Coblentz, la fuite pourra être funeste aux fugitifs, et dans ce cas, la succession sera difficile à recueillir. La guerre avec l'étranger sera courte, mais vive : si les fugitifs sont heureux et arrivent à terme, je crois à la guerre la plus longue.

L'Allemagne, la Prusse, la Sardaigne, l'Espagne, la Suède resteront tranquilles ; si on ne sort pas de Coblent^, la Russie se contentera d'envoyer des condoléances au pape.

Un grand nombre de politiques voient que, par le dépouillement du clergé, l'assujettissement des nobles aux contributions, il se trouvait un grand moyen dans les mains du gouvernement de faire marcher la machine pendant quelque temps. Cela leur suffisait : une aussi grande secousse se bornera-t-elle là ?

La falsification des assignats, la lenteur de rémission des petits assignats, la non-apparition de la petite monnaie d'argent, de cuivre et de cloches, les difficultés de retirer l'énorme quantité de bons jetés dans le commerce augmentent les terreurs... Quand fera-t-on séquestrer les biens des émigrés?

... Je laisse le directoire du département s'arranger de Tévèché comme il l'entend.

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