‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 19 sur 217 · V. — Aux mêmes, Paris ^ le 12 novembre J · texte numérisé non relu

V. — Aux mêmes, Paris ^ le 12 novembre J

Messieurs, le décret rendu contre la chambre des vacations de votre parlement n'aura pas de suite (2). Hier, M. de Saint-Priest envoya à l'Assemblée un nouvel arrêté, qui est une rétractation de celui du 6, et une

(i) Le 12 novembre, les officiers municipaux de Bernay répondent à Thomas Lindet pour rendre hommage aux travaux de l'Assemblée. Cepen. dant ils regrettent le peu de clarté du décret ordonnant la convocation des électeurs à Évrcux. « Nous désirons, disent-ils, que M. de Chambray continue de remplir ses fonctions. Vous nous épargnerez un mouvement fatigant et pénible si vous parvenez à faire agréer ce que nous sollicitons. »

Ils sont pénétrés de reconnaissance envers Th. Lindet, pour son attention continuelle sur les subsistances : « Nous aurions plus de confiance dans le plan que vous proposez que dans les traités que Ton se propose de faire avec l'Amérique. Les laboureurs n'y croient pas : ils savent bien d'ailleurs que ceux qui ont fait le commerce des grains ne sont pas moins avides qu'eux, et qu'un agent du gouvernement ou un négociant protégé aime mieux laisser pourrir dans ses magasins des grains avariés que de les vendre à un prix modique. Le blé vaut toujours ici $4 livres le sac pesant jjo ou J40 livres. — 11 valait j8 à 40 livres l'année dernière à la même époque, et c'était le commencement de la cherté.

« Le peuple serait consterné, si le sentiment de ses forces ne le ranimait pas. On murmure, mais on ne s'afâige plus : il semblerait que ce peuple est entièrement changé. Le travail de chaque jour suffit à peine à sa subsistance... Il ne s'en alarme pas, parce qu'il a appris qu'il lui reste encore une autre ressource. On prend ce qu'on ne peut plus payer.

« ... Le parlement de Rouen a tenu une conduite bien différente de celui de Besançon. Il a enregistré le décret concernant la circulation des grains que le peuple ne désirait pas, mais il paraît avoir différé l'enregistrement des autres décrets que le peuple approuve le plus... »

Suivent des observations sur le projet de réforme judiciaire, de la destination à donner à l'abbaye, du rôle supplémentaire pour 1789, des rectifications à y apporter, etc.

Le brouillon de cette lettre est de la main de Robert Lindet.

(2) Le décret fut rendu à la séance du 10 novembre, malgré les observa tionsde M. de Fronde vil le, Moniteur^ II, 178.

CONSTITUANTE (l2 NOVEMBRE 1789) 15

assurance qu'il n'était destiné à avoir et qu'il n'a eu effectivement aucune publication ; cet avis officiel n'avait opéré aucun changement { i ). Aujourd'hui, le roi a écrit de sa main (2) qu'il avait nommé de nouveaux officiers pour la chambre des vacations de Rouen, il a exprimé le désir que cette affaire n'eût pas de suites ultérieures. A la grande majorité, il a été décidé qu'on donnerait au roi cette preuve de déférence. Cependant une partie de l'Assemblée a combattu opiniâtrement cette résolution, qui a donné lieu à des débats très vifs qui ressemblent assez à un surcroît d'humiliation qu'on voulait donner au parlement.

Il n'est pas encore temps de vous occuper des réclamations que vous pouvez faire sur l'abbaye de Bernay et autres communautés de votre ville. Cependant, vous pourrez diriger vos batteries pour le moment où les assemblées de département seront formées. Il est décidé que la France sera divisée en départements au nombre entre 75 et 85. Chaque département sera divisé en 3, 6, 9 districts suivant les localités. Chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne aura une municipalité : il a fallu lire et entendre le développement d'une foule de systèmes scientifiques ou absurdes pour en revenir à ces idées simples... et c'est tout ce qu'il a été décrété sur ce point.

Je ne crois pas que vous deviez négliger les premiers moments où ces assemblées seront en activité, pour vous occuper de ce qui intéresse votre ville. Quoique vous soyez beaucoup plus à portée d'en juger que moi, je me permettrai cependant de vous faire mes observations, c'est un léger tribut que je dois à la cité à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir.

[Suivent des conseils pour que la ville de Bernay tire le meilleur parti des bâtiments de l'abbaye, arrive à la démoli-

(i) Moniteur, II, 180.

(3) Moniteur^ II, 18;. On y trouvera le texte de cette lettre.

l6 CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET

tion des moulins de TÉtang et de Sainte-Croix, à la création d'une prison décente, obtienne un presbytère sans bourse délier, etc.]

J'aurai demain, je n'ai pu l'obtenir plus tôt, une audience de M. le garde des sceaux, pour lui demander une convocation de votre bailliage analogue à nos nouveaux décrets. Le Comité des rapports a été changé précisément au moment de l'arrivée de votre mémoire : je ne sais quels sont les membres qui le composent, mais votre affaire ne peut être rapportée parce qu'elle est dans une espèce jugée.

Le décret que j'ai eu l'honneur de vous adresser est sanctionné.

On a dû vous prévenir que je ne pourrai vous répondre qu'à la fin de la semaine prochaine sur votre demande relative à l'achat des grains. Dans l'impossibilité de faire traiter cette affaire par l'Assemblée, désespérant de procurer une restitution [pour le marché] de M. Le Borgne, je me suis réduit à solliciter une remise absolue de ce que vous devez pour le seigle. Si M. de Segonzac pressait le Parlement, j'ai annoncé... (lacune) par les sacrifices que vous aviez faits pour entretenir les pauvres, pendant l'hiver, exposés à l'insurrection de ces malheureux, dans les mois de juillet et d'août, vous aviez dû, pour prévenir de plus grands accidents, mettre le pain à 2 sous la livre, payer l'excédent du prix, que la chute de vos manufactures et d'autres considérations mettaient votre ville dans l'impuissance de faire les fonds pour remplir les engagements que vous avez contractés...

[Il termine en disant qu'il compte réussir; toutefois, cette remise n'équivaudra pas à celle qu'ils sollicitaient. Mais, dans un moment où il faut tant de sacrifices de la part du gouvernement, et où il est si difficile de faire rentrer des fonds, c'est tout ce qu'on peut espérer.] (Arch. Bernay.)

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