‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 34 sur 217 · XXIV. — A R. Lindet. Le 22 janvier ijço · texte numérisé non relu

XXIV. — A R. Lindet. Le 22 janvier ijço

Mon frère, notre séance a été fort orageuse aujourd'hui. La discussion d'un décret de finance en a occa-

sionné une (sic) par reffronterie de l'abbé Maury, qui, dans un de ses élans oratoires, a interpellé et pressé de lui répondre ceux de l'Assemblée à qui la nature a refusé toute espèce de courage, mais qu'elle a dédommagés en leur laissant, au plus haut degré, le courage de la honte. L'impudent orateur est remonté à la tribune pour soutenir qu'on n'est pas responsable de tout ce qui peut échapper en improvisant... Ensuite, dénaturant la phrase, il a prétendu la répéter avec beaucoup de précision, parce que, disait-il, il avait senti la nécessité de retenir littéralement ses expressions, ayant bien prévu qu'on le mettrait dans la nécessité de l'expliquer. On voit par là qu'il improvise avec -réflexion. Il a ajouté qu'on ne pouvait pas critiquer ce que disait un orateur fatigué par les hurlements de la rage d'une partie de son auditoire.

Les hurlements de la rage de ses partisans n'ont pu empêcher l'académicien d'être censuré et la censure inscrite au procès- verbal. Ce jugement prouve combien ses ennemis sont modérés, ou peut-être que quelques-uns sont bien aises de ne pas expulser un homme dont l'impudence et la malignité sont le soutien d'un parti et l'aliment des divisions qui rendent les débats éternels. On avait conclu à charger le président d'écrire à Péronne, pour faire nommer un nouveau député au lieu et place du sieur Maury, auquel l'Assemblée ne pouvait donner son estime et sa confiance. Une intrigue, consistant à rédiger ridiculement ce projet de décret, a fait manquer l'occasion de se défaire du maudit abbé.

Il est résulté de là qu'après neuf heures de séance, le décret de finance a passé, non sans discussion, mais sans être discuté.

Le district des Cordeliers nous donne de temps à autre des preuves d'enthousiasme pour la liberté qui deviennent inquiétantes. Aujourd'hui, 600 hommes se sont mis sous les armes pour empêcher l'exécution d'un décret de prise de corps lancé contre le sieur Marat,

imprimeur d'une feuille dans laquelle il déchire tout le monde. Le président a été chargé d'écrire au district qu'il doit procurer et non empêcher, et qu'il n'a pas droit de viser et examiner les opérations de la justice. Je ne sais quelle suite aura cette aflfaire.

Il est incompréhensible quels mauvais eflfets produit la lenteur dans la division des provinces. Il y a peut-être plus de 3,000 députés solliciteurs : il y aura beaucoup de mécontents, pour avoir mangé leur argent et n'avoir rien obtenu. (Papiers R. Lindet.)

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