‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 35 sur 217 · XXV. — Aux officiers municipaux de Bernav · texte numérisé non relu

XXV. — Aux officiers municipaux de Bernav

Paris^ le 2} janvier 1790.

Messieurs, j'ai relu avec enthousiasme le mémoire que vous m'avez adressé sur les treizièmes (i). J'ignore quand cette matière reviendra sur le bureau. Avant de remettre à l'Assemblée nationale votre mémoire, je le ferai imprimer, parce qu'il doit faire sensation et fortement appuyer une opinion à laquelle je mets beaucoup d'importance, et que j'ai défendue dans quelques occasions avec peu de succès. Le Comité féodal a fait un travail bizarre, qui n'avancera pas infiniment le travail de l'Assemblée. Une seconde question sur les droits féodaux, à laquelle je mets également de l'importance et dont je redoute aussi une solution défavorable : c'est la banalité. Excédés par la longueur des séances^ par la multiplicité des bureaux des Comités, etc., on a difficilement le loisir de rédiger ses idées. Si les vôtres sur ce point

(i) Le mémoire : A nos seigneurs de r Assemblée nationale fut arrêté le ao janvier 1790. Il est Tœuvre de R. Lindet. Il fut imprimé en un in- 80, de 16 p., Paris, MomorOf 1790.

Déjà, le II janvier, les mêmes officiers municipaux avaient rédigé uq premier mémoire démontrant que le treizième était la représentation d*une servitude personnelle et devait être aboli, et Pavaient adressé à Thomas Lindet. 8 p. in-4*, 1790. Sans lieu ni nom d'imprimeur.

étaient analogies aux miennes, je vous inviterais à atta«quer ce genre de privilèges ou de servitude : vous serviriez bien la chose publique en afïranchissant les peuples d*un franchissement ou rachat, pour lequel la noblesse et une partie des grands propriétaires des communes militent de toutes leurs forces ( i ).

Les nouvelles des colonies deviennent de jour en jour plus inquiétantes. L'Assemblée avait rejeté l'idée de s'occuper actuellement de la liberté des nègres. Cette opération exige des préliminaires indispensables; il faut trouver les moyens de cultiver les colonies, ou les abandonner. Les abandonner, c'est un sacrifice — quoi qu'en dise un académicien — auquel il est difficile de se déterminer. Il est impossible de les faire cultiver par les blancs, dont l'épiderme, — couvert même d'habits que le climat ne permet pas de porter, — ne peut résister à l'activité du soleil, qui ne peut rien sur la peau noire et huileuse des Africains.

Les nègfres ne sont pas mûrs pour la liberté; ils en abuseraient contre les blancs, qui seraient sans défense, exposés à la vengeance d'une multitude indignée d'avoir été traitée en bêtes de somme ; ils en abuseraient contre eux-mêmes, ennemis du travail, sans prévoyance, sans industrie; ils laisseraient sans culture ces colonies qui ne doivent leur fécondité qu'à un travail arraché par la crainte du châtiment. Sans doute, aux yeux de la raison, l'esclavage des nègres est une monstruosité, mais aux yeux de cette même raison, l'esclavage doit être aboli avec des précautions. L'enfant qui ne sait pas marcher doit être conduit à la lisière.

L'impuissance où nous avons été, jusqu'à ce jour, de soutenir la concurrence avec les autres nations pour le commerce d'importation n'est que trop démontrée par les lois prohibitives auxquelles sont assujetties nos colo-

(i) Le comité électif avait obtempéré d'avance à ce vœu en arrêtant, le 20 janvier, un mémoire sur cet objet. In-40, la p. On Tadressa à Th. Lindet, le 31 janvier.

nies, et par rétemelle violation de ce régime. Cependant ce n'est pas une raison de réduire les hommes à l'esclavage que de se procurer des denrées à un plus bas prix.

Cette grande question, solennellement débattue en Angleterre, y doit trouver sa solution. Nous devons être moins jaloux de donner un grand exemple que d'en suivre un bon.

Comme vous l'observez bien, et comme il y a longtemps qu'on le dit à l'Assemblée nationale, il faut régler les affaires de la France avant celles de l'Amérique.

La question des gens de couleur, libres ou affranchis, a été bien accueillie : elle devait l'être. Il n'en a pas été de même de celle des esclaves, qu'on a regardée comme prématurée. Cependant, des gens imprudents, ou mal intentionnés, ou fanatiques, ont déjà exposé et exposeront encore nos îles aux plus affi-euses révolutions, et mettront peut-être l'Assemblée dans la nécessité de traiter une question qui ne peut avoir de meilleure solution qu'un ajournement à la prochaine session.

Une considération, qui rend ce renvoi nécessaire, c'est que les députés des colonies, dont la plupart n'a jamais sorti de Paris, représentent bien imparfaitement des commettants qui n'ont eu aucune part à leur nomination.

Il serait malheureux que les circonstances forçassent à traiter cette matière, mais j'ai toujours remarqué un grand éloignement pour l'aborder.

On a dû vous faire part de l'issue des mouvements excités de Paris. C'est un dernier effort de l'aristocratie expirante. Les libelles répandus avec profusion dans les provinces tendaient à exciter une commotion universelle et simultanée. Des lettres anonymes et menaçantes m'annonçaient que Lisieux et Orbec devaient offrir quelque scène violente. C'est ce qui m'engagea à vous écrire une aussi longue lettre, le premier jour libre que je trouvai. On voulait soustraire le parlement de Rennes à

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l'anîmad version. On voulait sauver M. de Favras. On veut empêcher les assemblées administratives de se former. C'est là la dernière ressource. L'Assemblée s'occupe des moyens de réprimer cette licence, et de prémunir les citoyens contre le déluge de libelles incendiaires dont la France est inondée, et qui nous sont dénoncés de toutes parts. (Arch. Bernay.)

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