‹ Correspondance de Thomas Lindet pendant la constituante et la législativeChapitre 45 sur 217 · XXXVII. — A R. lindet. Le i8 février · texte numérisé non relu

XXXVII. — A R. lindet. Le i8 février

Mon frère, la légalisation ou adhésion de votre municipalité ne peut que donner du poids à l'Adresse des habitants de la campagne. Nous en aurons un assez grand nombre pour que je vous remercie, et que je vous épargne la peine de nous en procurer de nouvelles.

Je vous félicite de ce que les environs de Bernay forment des municipalités, avec un discernement dont ne paraissent pas susceptibles grand nombre de paroisses un peu plus éloignées de vous, dans votre province. J'espère qu'on ne sera pas très difficile dans les formes, quand Topératio;! sera bonne intrinsèquement. Je ne serai pas étonné que toutes les élections occasionnent beaucoup de réclamations, n'y eût-il que pour mettre des bâtons dans la roue. Un M. le baron de Marguerittes (i), député, a été en son absence, nommé maire de sa ville : cinq cents signataires réclament et attestent que tous les bulletins étaient de la même écriture. Une telle réclamation n'est pas agréable, quelle qu'en soit l'issue.

On a fait aujourd'hui la lecture du procès-verbal général de la division des départements et des districts.

(i) Jean-Antoine Tissier, baron de Marguerittes, premier consul maire de Ntmes, député de la noblesse de la sénéchaussée de Nîmes.

8o CORRESPONDANCE DE THOMAS LINDET

On est très peu avancé dans la rédaction des cartes; on l'est encore moins dans la nomination des commissaires ; on intrigue, on cabale. J'espère qu'on ne changera pas ce que je vous ai annoncé (i). Cependant, cela ne porte pas garantie. Il y a longtemps que j'ai déposé mes cartes, que j'ai tracées et lavées, au Comité, qui n'en veut point finir.

L'aristocratie du désespoir a suscité un nouvel orage aujourd'hui. M. de Cazalès, un des chefs de meute, a fait la motion de nous séparer dès que les assemblées de département seraient formées, de supplier le roi d'indiquer le lieu des séances des futures législatures à trente lieues de Paris, et de décréter qu'aucun membre de la législature actuelle ne pourra être élu pour la prochaine. Sur ce, l'on a rappelé le serment du 20 juin. Les députés substitués ont été requis de prêter le serment, et les autres Tont renouvelé, à l'exception du parti de l'opposition, qui a été fort étonné de cette vigoureuse réponse. Un de ces messieurs a observé avec amertume qu'on prodiguait les serments. Demain, on fixera la pension de 17.000 moines. Le clergé a triomphé, en obtenant pour les religieuses, la faculté de rester dans les couvents où elles sont actuellement : il en résultera un embarras pour les pensionnaires; elles en souffriront.

Je reprends cette lettre, que j'écrivais avant-hier au soir, et qui ne peut partir que par la poste d'aujourd'hui. Hier soir, on dénonça les libelles qui inondent la province de Normandie, les projets d'arrêtés et de délibérations : une belle Adresse au roi dans laquelle on se plaint de l'Assemblée, de Paris, et des villes en général ; par laquelle on réclame les états de la province de Normandie, etc., souscrite de quelques habitants de Vaux,

(i) Th. Lindet avait, en effet, annoncé à son frère, par une lettre précédente, que les commissaires du roi, pour la formation du département de TEure, seraient le duc de Bouillon, Letellier, maire d'Evreux, et R. Lindet, maire de Bernay.

CONSTITUANTE (l8 FÉVRIER 1790) 81

prés Laigle, qui ont protesté devant notaire contre la signature qui leur a été surprise : une lettre de M"* d*Epinay Saint-Luc à la municipalité de Rugles,dans laquelle elle la rassure sur la pureté de ses intentions et de celles de son mari, en présentant cette adresse pour le plus grand bien du peuple : une lettre de M. d'Epinay Saint- Luc jointe, pour preuve que l'adresse est écrite de sa main. Ces diverses pièces sont renvoyées au Châtelet, avec injonction au procureur du roi d'en poursuivre d'office les auteurs, fauteurs et adhérents.

Ce nom pourrait inquiéter quelques personnes auxquelles vous prendrez peut-être intérêt. Je crois qu'on fera plus de peur que de mal.

Je voulais vous parler de l'affaire de M. de Favras, mais je ne sais si je serai sûr du jugement avant l'heure de la poste. D'après des conversations avec des membres du Châtelet, j'estimais impossible qu'il fût condamné à mort. Hier au soir, à la fin de la séance, on m'assura qu'il était condamné à être pendu. On me le répète ce matin. Je crois qu'il le mérite bien, personnellement, mais je doute que les juges aient pu l'y condamner.

La garde était commandée cette nuit pour une expédition quia eu du succès : on a arrêté sept contrefracteurs de billets de la Caisse d'escompte et faux monnayeurs. Donc, la police se fait assez bien à Paris; donc aussi il y a bien eu de grandes inquiétudes sur le sort de la Caisse d'escompte, contre laquelle on murmure singulièrement.

Il a été décrété : qu'il y aurait une différence entre Testomac d'un bénédictin et celui d'un capucin; que le traitement des mendiants ne serait pas le même que celui des rentiers ;. mais le taux de leurs pensions n'est pas fixé(i).

L'affaire de Béziers et autres analogues ont occasionné un projet de loi qui a été lu, concernant la réquisition de

(i) Cf. le texte du décret, érdigé par Barnave.

la' force armée, et la responsabilité des officiers municipaux. Ce décret ne vaut rien en lui-même, il a déjà été changé et il coûtera de longues dissertations.

On crie la sentence de M. de Favras sous mes fenêtres (i). (Papiers R. Lindet.)

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